Que la fashion soit une planète à part, autour de laquelle gravitent des esprits avant-gardistes, voire futuristes, n'a rien d'une révolution copernicienne. Depuis toujours, dessiner des vêtements a plutôt été le fait d'individus novateurs, cherchant à surprendre, voire à choquer... tout en devant résoudre cette équation à multiples inconnues qui veut que leurs propositions se vendent. Etre frondeur et rassembleur à la fois, en somme. Et pour cela, quoi de mieux que de faire appel à des codes connus de tous, mais utilisés à contre-courant ? Le dressing de cet hiver, dans la lune mais les pieds bien sur terre, ne dit pas autre chose quand il puise ses références dans les classiques du cinéma de science-fiction, parfois remis au goût du jour sous forme de séries télé dont les Millennials sont fans - on sait que, dans ce secteur comme celui de la beauté et des parfums, cette génération née à l'aube du troisième millénaire représente une cible particulièrement convoitée. Au tout premier plan, Star Wars, dont l'épisode VIII est attendu pour le 13 décembre prochain, ou Star Trek et son spin-off Discovery, diffusé depuis la rentrée ; autant d'opus dont les tenues des personnages principaux ne détonneraient pas avec les vestes métallisées, boots en vinyle ou minaudières évoquant un engin spatial vues lors des défilés de cet hiver 17-18 et même de l'été prochain. Mais, peut-être plus encore, ce sont les constellations et les figures empruntées à l'astrologie qui donnent le ton cette saison. " Je pense que la mythologie et le ciel sont de grandes sources d'inspiration pour beaucoup d'entre nous, a confié l'artiste Philippe Baudelocque à notre journaliste Catherine Pleeck, partie explorer les confins de cette adoration du cosmos dont font preuve les créateurs. Et ce parce que ce sont des sujets sans âge et universels. " Car, plus que la nouveauté à tout crin, ne seraient-ce pas ces symboles franchissant l'espace-temps sans perdre de leur fulgurance qui nous séduisent dans ces collections ? Ainsi du cheval ailé, gimmick récurrent chez Alexander McQueen, ou des étoiles filantes qui reviennent régulièrement chez Prada. Mais aussi de l'oeil, que l'on retrouvait déjà dans le vestiaire d'Elsa Schiaparelli au siècle dernier, avec lequel aime également jouer le duo de Kenzo ou qui inspira Riccardo Tisci, en son temps directeur artistique de Givenchy, et dont les origines remontent à l'Egypte ancienne. En misant sur notre attirance pour le mysticisme, la mode n'aurait finalement rien inventé. Juste tout transformé.

DELPHINE KINDERMANS

La mode de cet hiver, dans la lune mais les pieds bien sur terre.