San Rafael Swell, désert de l'Utah. Une femme en scaphandre spatial, une astronaute en condition dans sa combinaison virginale toise le paysage étrangement semblable à celui de la planète Mars. Hors cadre, derrière l'objectif, Vincent Fournier, qui la dirige dans l'espace, au talkie-walkie, comme le ferait un metteur en scène rigoureux. L'artiste français ne sait pas encore qu'il s'est inscrit dans le temps, que son odyssée photographique va durer dix ans. On est en 2008, elle a débuté l'année d'avant, à Ha...

San Rafael Swell, désert de l'Utah. Une femme en scaphandre spatial, une astronaute en condition dans sa combinaison virginale toise le paysage étrangement semblable à celui de la planète Mars. Hors cadre, derrière l'objectif, Vincent Fournier, qui la dirige dans l'espace, au talkie-walkie, comme le ferait un metteur en scène rigoureux. L'artiste français ne sait pas encore qu'il s'est inscrit dans le temps, que son odyssée photographique va durer dix ans. On est en 2008, elle a débuté l'année d'avant, à Hawaii, par un tour du monde des observatoires de l'espace qu'il photographie comme on cartographie, la dimension poétique en plus. Au fil du temps, il ajoute à son tableau de chasse, qui est plutôt de l'ordre du terrain de jeu, les centres de lancement et d'entraînement, tous ces lieux les plus emblématiques et les plus symboliques de la recherche spatiale. Sa fascination est intacte, l'enfance ne l'a pas fui, il fait entrer dans ses images, au scalpel, une architecture éminemment futuriste et des paysages immensément bruts, l'émotion l'étreint - et nous de même. Elle tient sans doute aussi à la poésie et à la nostalgie qui s'en dégagent, décuplées par la rigueur de ses cadrages. A cette ambiguïté pratiquement intangible qui sourd de chacun de ses clichés hypnotiques, lesquels questionnent subrepticement la perception et le rapport d'échelle. " J'aime créer une tension dans ce cadre un peu rigide, très organisé, très contrôlé, dit-il. Ce n'est pas du reportage, ces images sont le résultat de ce mélange entre des éléments purement documentaires et une mise en scène très construite où chacun dépend d'une composition générale. " En 198 pages et 115 photographies, son Space Utopia célèbre tout à la fois ses souvenirs intimes nourris de lectures, de séries télévisées et de films de science-fiction, les 60 ans de la NASA, les 50 ans de 2001, l'Odyssée de l'espace et les 55 ans du Major Tom. Mieux, il fait l'éloge du désir, du latin desiderare, qui " signifie la nostalgie de l'étoile, le regret d'un astre perdu ", précise Vincent Fournier qui s'interroge - " Mais comment pourrait-on désirer une chose inconnue ? Se pourrait-il que les poussières d'étoiles que nous sommes se rappellent ce temps primitif où nous flottions dans l'espace ? "