par florence hainaut

" Et quoi, t'es plus Charlie ? "
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" Et quoi, t'es plus Charlie ? " Cette question, qui n'en est pas une, arrive généralement après qu'une personne se soit offusquée d'une blague qu'elle ne trouve pas drôle ou pas très à-propos. Ou qui la heurte. Ou qui pourrait heurter. Bref, aussi sympa à recevoir qu'un glaviot en plein visage, elle est fréquemment adressée à celui ou celle qui ne rigole pas et qui se demande si c'est adéquat de le faire. On n'attendrait pas qu'on ait identifié toutes les victimes avant d'écrire un article parodique sur un attentat ? " Et quoi, t'es plus Charlie ? " Piéger de jeunes homosexuels et se moquer d'eux devant des millions de téléspectateurs, vraiment ? " Et quoi, t'es plus Charlie ? " Se ruer pour être le premier à poster, sur Twitter, un jeu de mots à propos de la mort de quelqu'un, c'est réellement utile ? " Et quoi, t'es plus Charlie ? " Mais c'est quoi " être Charlie " ? C'est ne pas être attentif aux autres avant de s'esclaffer publiquement ? " Non mais des gens sont morts pour le droit à la caricature. " Non, non. Des gens sont morts parce que des demi-débiles ont estimé qu'ils n'avaient pas le droit de caricaturer. Nuance. Et on ne fait pas porter de combat aux défunts. Surtout pas les faux combats derrière lesquels on se cache pour mieux déverser le rire qui rabaisse et qui exclut. Celui qui montre du doigt pendant que la gorge déployée salit. Celui qui se fout des sensibilités parce que la liberté d'expression, c'est sacré, et tant pis si tu souffres, nous on peut légitimement se bidonner. " Et quoi, t'es plus Charlie ? " Nan, je suis pas ce Charlie-là qui utilise l'humiliation comme ressort comique. Je ne suis pas Charlie non plus parce que les slogans polysémiques, je m'en méfie. Et encore un truc : c'est pas parce que c'est important de pouvoir tout dire qu'il faut se sentir obligé de le faire. Et vos articles parodiques cruels et vos nouilles dans le slip, c'est pas Charlie, c'est juste pathétique. PAR FLORENCE HAINAUT