Est-ce un contrepoint au tsunami d'images brutales que nous impose l'actualité ? Une riposte au rythme effréné induit par le digital ? Difficile de motiver rationnellement l'émergence - et le succès - de tendances qui se positionnent volontairement en dehors de toute utilité, au sens premier du terme. Or, c'est bien le dénominateur commun de divers phénomènes curieux sur le Net et les réseaux sociaux depuis quelque temps. C'est le cas par exemple de l'unboxing, qui consiste à se filmer en train de déballer un o...

Est-ce un contrepoint au tsunami d'images brutales que nous impose l'actualité ? Une riposte au rythme effréné induit par le digital ? Difficile de motiver rationnellement l'émergence - et le succès - de tendances qui se positionnent volontairement en dehors de toute utilité, au sens premier du terme. Or, c'est bien le dénominateur commun de divers phénomènes curieux sur le Net et les réseaux sociaux depuis quelque temps. C'est le cas par exemple de l'unboxing, qui consiste à se filmer en train de déballer un objet, de luxe ou hautement désirable, nouvellement acquis : cosmétiques, vêtements de marque, sacs ou accessoires griffés, sneakers - de préférence en éditions limitées... Les spectateurs qui suivent cela avec assiduité sur YouTube s'offrent ainsi une sorte de plaisir par procuration. Et ça cartonne : 20 millions de vidéos uploadées sur l'année écoulée, pour près d'un milliard de vues ! Au point que des chaînes consacrées à certaines catégories d'articles ont surgi. A titre indicatif, Toy Candy, dédiée aux jouets, réunit 3 millions d'addicts... Dans un genre différent, mais sur un créneau identique si l'on considère sa futilité, on pointera les petites séquences montrant des mains qui malaxent du Slime, cette pâte colorée et gluante revenue à la mode chez les kids. Ou encore le tiny cooking, soit la préparation de microrecettes dans de microcuisines façon maison de poupées. A lui seul, le compte Instagram @tinykitchentm rassemble 2,2 millions d'abonnés, son meilleur score caracolant à 1 728 521 vues pour le banh mi en version lilliputienne. Des pratiques qui n'ont d'autre prétention que de détendre celui qui observe. Il en va de même pour l'ASMR, ou Autonomous Sensory Meridian Response, lancée en 2008 mais qui a réellement trouvé son public beaucoup plus récemment, et surtout parmi les ados. Chuchotements, froissements de tissus, bruit répétitif d'une brosse passée dans les cheveux ou de doigts tapotant délicatement un micro... Autant de sons étranges censés amener celui qui les écoute à un état de relaxation profonde - une étude a d'ailleurs démontré que cela fonctionnait pour 98 % des cobayes soumis à l'expérience - qui n'est pas sans évoquer celui résultant d'une séance d'hypnose. Les convaincus vont jusqu'à parler " d'orgasme auditif ". De là à prohiber ces stimulations sonores et visuelles, comme la Chine l'a envisagé ? Nous avons fait le tour de la question avec des experts en neurologie et en sciences du langage. Tous nous ont répondu haut et fort.