Le rendez-vous est donné dans une jolie ferme carrée du village de Kester, petite localité comptant cinq fois plus de vaches que d'habitants, au coeur du Pajottenland, cette " Toscane belge " où notre glorieux houblon se substitue aux vignes à chianti. Pour nous accueillir dans la cour fleurie, un comité composé de Gustave et Tatani, couple de braques allemands dont la maîtresse des lieux tente de canaliser les affectueux débordements. C'est par hasard que l'on a découvert son travail, en tombant sur son Oh my David lors d'une recherche d'images sur Google. " C'est mon tout premier portrait. Pourquoi David Lynch ? Je l'aime bien, il a une bonne tête ", nous avoue-t-elle en toute simplicité.
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Le rendez-vous est donné dans une jolie ferme carrée du village de Kester, petite localité comptant cinq fois plus de vaches que d'habitants, au coeur du Pajottenland, cette " Toscane belge " où notre glorieux houblon se substitue aux vignes à chianti. Pour nous accueillir dans la cour fleurie, un comité composé de Gustave et Tatani, couple de braques allemands dont la maîtresse des lieux tente de canaliser les affectueux débordements. C'est par hasard que l'on a découvert son travail, en tombant sur son Oh my David lors d'une recherche d'images sur Google. " C'est mon tout premier portrait. Pourquoi David Lynch ? Je l'aime bien, il a une bonne tête ", nous avoue-t-elle en toute simplicité. Au départ, Nina Minnebo se voyait plutôt dans la mode, mais très vite, la théorie l'ennuie : " Je n'avais pas envie d'étudier le coton, je recherchais un résultat plus direct. " Réorientée vers le graphisme, elle achève son cursus et lance sa boîte dans la foulée, Bo and the gang. Une affaire qui roule, à un détail près : sa fibre artistique la démange. Un héritage de son père qui, quand elle était petite, lui procurait toiles et gouaches pour des séances d'action painting juvéniles, dont subsistent d'ailleurs de nombreux souvenirs grand format, disséminés un peu partout. Si, pendant des années, Nina est parvenue à réprimer ses élans créatifs, son entrée dans la vie professionnelle fait d'elle une cocotte en ébullition, qui " n'en peut plus d'être coincée derrière un ordi, de ne pas toucher de " vraies " matières ". Alors, elle craque, et retrouve crayons, feutres et pinceaux, d'abord en secret. " Durant cette période, je regardais beaucoup de conférences TED super inspirantes, dont les speakers ne font que répéter d'oser, de foncer. Alors, j'ai foncé. " Elle décrète que le jardin d'hiver " un peu délabré " de son père sera son atelier et se retrousse les manches. Au début, Nina fait " de tout ", effigies acidulées de célébrités, illustrations d'animaux et commandes diverses, ainsi qu'une première série : les 180 seconds portraits, réalisés comme leur nom l'indique en trois minutes chrono. " L'air de rien, tout ça m'a mis une certaine pression, que j'ai dû relâcher avec une nouvelle série de cent toiles, intitulée No fucking clue, " aucune idée ". Je n'avais aucune idée d'où j'allais, ça m'a vraiment libérée ", dit-elle en esquissant un geste vif, poing serré sur un pinceau imaginaire. Rayon inspiration, Nina ne se réclame d'aucun courant, n'envisage aucune filiation particulière - " J'ai pu me lancer le jour où j'ai arrêté de me comparer aux autres ", résume-t-elle. Elle qui estime n'avoir " jamais trouvé son style " pratique aussi la photo et le collage, s'exprime sur écran, mur entier ou chevalet, et admet néanmoins une intense fascination pour les expériences chromatiques : " Je n'ai pas de couleur préférée, j'aime quand ça interagit, quand ça vibre. Je ne suis pas fan d'orange, à moins qu'il soit à côté d'un bleu marine très profond. C'est le choc qui m'intéresse. " A propos de choc, elle n'oubliera pas de sitôt sa première expo, sur la Grand-Place de Bruxelles, cette année : " Sur le Net, on ne voit pas les visages. Là, observer l'expression de gens intéressés par mon travail, ça m'a bouleversée. J'ai vendu dès le premier jour, je n'y aurais jamais cru. " Et pourtant, ses oeuvres trouvent acquéreur, et sont disponibles à la fois sur son site et sur Saatchi Art, leader mondial des galeries en ligne. Pas encore de quoi abandonner son autre job, mais l'idée fait déjà son chemin. " Si je pouvais en vivre, je liquiderais ma boîte du jour au lendemain ", conclut Nina. Inutile de préciser qu'on la croit. ninaminnebo.com www.instagram.com/ninaminnebo PAR MATHIEU NGUYEN" Observer l'expression de gens intéressés par mon travail, ça m'a bouleversée. "