On a parfois tendance à l'oublier : la création engage le corps tout entier, elle le mobilise avec intensité. Dans une société dominée par l'hémisphère droit, il n'est pas illogique que cette amnésie survienne. L'intelligence de la main est souvent négligée, tout autant que celle de la peau ou de la bouche et du nez. Le fait est que nous aimerions nous croire purs esprits ...

On a parfois tendance à l'oublier : la création engage le corps tout entier, elle le mobilise avec intensité. Dans une société dominée par l'hémisphère droit, il n'est pas illogique que cette amnésie survienne. L'intelligence de la main est souvent négligée, tout autant que celle de la peau ou de la bouche et du nez. Le fait est que nous aimerions nous croire purs esprits déconnectés de toute compromission charnelle. Il suffit pourtant de plonger son regard au coeur de l'oeuvre de certains plasticiens pour dissiper le malentendu. Par exemple, Jean-Michel Basquiat, qui est exposé en ce moment à la Fondation Vuitton, à Paris, illustre à merveille cette tension. Comète disparue à 27 ans, il n'a rien fait d'autre que de se colleter avec la toile. Sa pratique est à rapprocher de celle d'un boxeur engagé de tous ses organes dans un combat sans retour, une guerre des poings. Cette dimension à proprement parler physique de l'art est également le sujet d'une exposition qui se déroule jusqu'en janvier prochain aux Anciens Abattoirs de Mons. Next to the skin se présente comme un " corps-à-corps dans lequel les perceptions sensorielles sont les engrenages du processus de création ". Au centre de cette proposition, les organisateurs ont noué l'intimité avec la matière. Ils expliquent ce rapport fort et impudique : " Créer est un travail que l'on fait sur soi-même. On se dénude, d'une certaine façon, car c'est une partie de soi qu'on dévoile. L'intime est ce secret que nul ne peut percer mais qu'on aime parfois dévoiler. " Une dizaine d'artistes belges et internationaux - Romina Remmo, Julien Dutertre, Katja Koditz... - ont répondu par autant d'installations à cet appel murmuré au creux de l'oreille.