Elle travaille sur la dépossession de soi, la présence et la disparition, de sorte qu'elle a pris l'habitude de " traquer des apparitions à chaque coin de rue, chaque recoin du ciel ". Adeline Care est photographe, en questionnement. Née en Dordogne en 1993, diplômée de l'école des Gobelins en 2017, elle trône à la première place du Prix Picto de la Mode, vingt-et-unième édition. Lequel entend " faire émerg...

Elle travaille sur la dépossession de soi, la présence et la disparition, de sorte qu'elle a pris l'habitude de " traquer des apparitions à chaque coin de rue, chaque recoin du ciel ". Adeline Care est photographe, en questionnement. Née en Dordogne en 1993, diplômée de l'école des Gobelins en 2017, elle trône à la première place du Prix Picto de la Mode, vingt-et-unième édition. Lequel entend " faire émerger les jeunes talents dans le domaine de la photographie de mode ". Lequel, par le passé, couronna Louis Decamps (1998), Sofia & Mauro (2002), Marjolijn de Groot (2003), Charlotte Abramow (2014) et Laurent Henrion (2016), qui depuis ont fait leurs preuves. Lequel enfin lui fut remis le 2 avril dernier par la présidente du jury, Miren Arzalluz, directrice du Palais Galliera, Musée de la Mode de la Ville de Paris. Bravo. Car avec Aïth? (je brûle), la lauréate expérimente comme jamais le réalisme magique, elle s'en revendique, ouvertement. Inspirée par des " ambiances cinématographiques ", elle a " appréhendé au travers de paysages volcaniques ce que pourrait être la disparition des derniers êtres vivants sur terre ". Là, dans ce désert volcanique, sur le mont Etna, d'où " ne pouvait émaner aucune forme de présence ", elle s'est rendue à l'évidence : il lui fallait s'attaquer au motif de l'évanescence. " J'ai alors décidé de le développer dans un rapport entre la présence humaine et le vide du paysage en jouant sur les contrastes d'échelles et de textures, écrira-t-elle. En amplifiant cet effacement à l'échelle de l'humanité, j'espère pouvoir faire entrevoir au spectateur un vertige auquel j'ai souvent dû me confronter. " Forcément, ses images impeccablement mises en scène et perceptiblement voilées sont vertigineuses, de même sa liberté de ton et son écriture particulière, foncièrement lucide, surnaturelle intrinsèquement. Sa manière poétique à elle d'" introduire en douceur un questionnement existentiel profond " qui la fascine (autant qu'il la terrifie) sur " le caractère impalpable du réel " - mieux qu'un partage.