A l'issue de la projection privée de Vinyan, sorti l'an dernier en salles et distribué cette semaine en DVD, Emmanuelle Béart confia qu'elle ne s'était jamais vue comme ça. Racée, sauvage, à dire vrai, plus belle que jamais. Si le compliment revient à son réalisateur, le Belge Fabrice du Welz, il s'adresse aussi à Benoît Debie, son directeur photo, aujourd'hui courtisé par Michaël Mann, le réalisateur de Collateral et Alan Ball, le créateur de Six Feet Under. " Directeur photo, chef opérateur, les termes m'ont toujours semblé un peu prétentieux. Sur un film, je suis responsable de tout ce qui touche à l'image : la lumière, le cadre, les mouvements de caméra, avec la complicité du réalisateur ", s'amuse ce technicien surdoué, qui nous accueille dans s...

A l'issue de la projection privée de Vinyan, sorti l'an dernier en salles et distribué cette semaine en DVD, Emmanuelle Béart confia qu'elle ne s'était jamais vue comme ça. Racée, sauvage, à dire vrai, plus belle que jamais. Si le compliment revient à son réalisateur, le Belge Fabrice du Welz, il s'adresse aussi à Benoît Debie, son directeur photo, aujourd'hui courtisé par Michaël Mann, le réalisateur de Collateral et Alan Ball, le créateur de Six Feet Under. " Directeur photo, chef opérateur, les termes m'ont toujours semblé un peu prétentieux. Sur un film, je suis responsable de tout ce qui touche à l'image : la lumière, le cadre, les mouvements de caméra, avec la complicité du réalisateur ", s'amuse ce technicien surdoué, qui nous accueille dans sa maison bruxelloise, à Forest, également le siège de sa société, Ethiopia, dont le nom se réfère au pays d'origine de ses deux enfants adoptifs. Natif de Liège, venu au cinéma après avoir hésité entre une école hôtelière et une carrière d'architecte d'intérieur, Benoît Debie reçoit aujourd'hui vingt propositions de long-métrage par an dont la moitié provient des Etats-Unis, via son agent à Los Angeles. Il en refuse dix-huit, faute de temps ou d'affinités. " J'aime les réalisateurs qui ont un univers visuel fort ", résume cet ancien élève de l'IAD (Institut des Arts de Diffusion), à Bruxelles, qui confie préférer les atmosphères aux belles lumières. Parmi ses fidèles, on compte Gaspar Noé qui lança sa carrière en lui confiant l'image de son Irréversible, le film scandale avec Vincent Cassel et Monica Bellucci. Un tournant inespéré. En 2001, après plusieurs années passées à RTL-TVi et à Canal+, Benoît Debie n'a aucun long-métrage de fiction à son actif. Mais le court-métrage dont il a signé l'image dans un esprit de lumière minimale accroche le regard du cinéaste français. Irréversible sera réalisé dans la même veine, sans HMI, ni Kinoflo, ces sources d'éclairage qui inondent d'ordinaire les plateaux de cinéma. " Gaspar souhaitait filmer où bon lui semble, à 360 degrés, ce qui excluait toute présence de projecteur ou de panneaux réflecteurs sur le plateau. J'avais à ma disposition un camion rempli d'ampoules d'éclairage domestique et une échelle, c'est tout. " Pour une pub Coca-Cola stupéfiante à la poursuite d'un couple en pleine lévitation, courant sur les murs et les plafonds d'un appartement ( à voir sur www.benoitdebie.com), il remplace au pied levé deux techniciens qui ont jeté l'éponge. " Le réalisateur ne voulait aucun truquage quand les comédiens grimpent à la verticale. En réalité, c'est tout le décor de l'appartement, monté sur d'énormes vérins hydrauliques, qui bascule par à-coups de 45 degrés. Mais le décorateur n'avait prévu ni la place pour l'éclairage, ni la question de résistance aux chocs. " Deux nuits d'insomnie dans une chambre d'hôtel praguois lui donneront la clé de l'énigme : une forêt de néons ultraplats accrochés derrière les fenêtres et retenus avec des sandows pour amortir l'impactà " C'est dans les contraintes que Benoît est le plus créatif, s'enthousiasme Fabrice du Welz. Il prend des risques, ne recule devant rien. " Depuis qu'il a entamé une carrière aux Etats-Unis, dont un film de 15 millions de dollars (quelque 11,7 millions d'euros) pour la Paramount, Benoît Debie est membre de l'Union, le syndicat américain des techniciens de cinéma qui ouvre la voie royale. " Quand vous tournez pour une major, le directeur photo dispose d'une équipe de 60 personnes, un budget quasi illimité et l'interdiction de toucher un trépied, la profession est très réglementée. " En moins d'une décennie, Benoît Debie a illuminé quelques-uns des plus beaux visages féminins dont Julie Christie, Monica Bellucci ou le mannequin Lily Cole pour une pub Swarovski. La prochaine star inscrite à son calendrier sera Marilyn. Marilyn ? Manson, bien sûr, pour une biographie de Lewis Carroll que le sulfureux chanteur de metal mettra lui-même en scène. " Ce sera un film prototype ", annonce Benoît. Mais au fait, comment éclaire-t-on l'enfer ? Antoine Moreno