Paul a commencé l'entretien en prenant un peu ses distances, appuyé sur le dossier de la chaise comme pour mieux regarder Coralie, l'écouter surtout, parler de ce projet qui est d'abord le sien, même si elle s'en défend en sortant humblement la carte du collectif. C'est la règle du jeu, et tout à son honneur d'ailleurs. Mais il ne l'a pas laissée dire : la styliste de la bande, c'est elle, cette cinquième capsule, elle planchait déjà dessus lorsque Le Bon Marché est venu les trouver, donnant ainsi à ce nouveau chapitre d'une belle histoire mode une autre envergure. A l'offre de vêtements, plus large que d'ordinaire, s'est ajoutée une ligne Home ainsi qu'une collection de bougies, carnets, tote bags, sans oublier quelques produits de La Grande Epicerie rhabillés pour l'occasion avec des imprimés Mosaert. Le tout emballé dans une formidable installation - 20 vitrines et un espace de plus de 150 m2 -, sorte de " factory " warholienne dans laquelle s'exprimeront les différentes facettes créatives de l'équipe : arts graphiques, vidéos, musique aussi - car oui, pour l'occasion, le maestro a repris la plume. L'univers à la fois dramatique et enchanteur qui nous a bien manqué depuis la fin de l'aventure Racine Carrée sera donc très bientôt de retour, le temps d'une pause parisienne au coeur de la Rive Gauche. L'excitation est là, le plaisir de créer ensemble également, palpable au détour de ces phrases que " Cora " commence et que celui à qui l'on doit Formidable et Papaoutai termine, à moins que ce ne soit l'inverse, difficile de trouver plus belle incarnation du mot complicité.
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Paul a commencé l'entretien en prenant un peu ses distances, appuyé sur le dossier de la chaise comme pour mieux regarder Coralie, l'écouter surtout, parler de ce projet qui est d'abord le sien, même si elle s'en défend en sortant humblement la carte du collectif. C'est la règle du jeu, et tout à son honneur d'ailleurs. Mais il ne l'a pas laissée dire : la styliste de la bande, c'est elle, cette cinquième capsule, elle planchait déjà dessus lorsque Le Bon Marché est venu les trouver, donnant ainsi à ce nouveau chapitre d'une belle histoire mode une autre envergure. A l'offre de vêtements, plus large que d'ordinaire, s'est ajoutée une ligne Home ainsi qu'une collection de bougies, carnets, tote bags, sans oublier quelques produits de La Grande Epicerie rhabillés pour l'occasion avec des imprimés Mosaert. Le tout emballé dans une formidable installation - 20 vitrines et un espace de plus de 150 m2 -, sorte de " factory " warholienne dans laquelle s'exprimeront les différentes facettes créatives de l'équipe : arts graphiques, vidéos, musique aussi - car oui, pour l'occasion, le maestro a repris la plume. L'univers à la fois dramatique et enchanteur qui nous a bien manqué depuis la fin de l'aventure Racine Carrée sera donc très bientôt de retour, le temps d'une pause parisienne au coeur de la Rive Gauche. L'excitation est là, le plaisir de créer ensemble également, palpable au détour de ces phrases que " Cora " commence et que celui à qui l'on doit Formidable et Papaoutai termine, à moins que ce ne soit l'inverse, difficile de trouver plus belle incarnation du mot complicité. Votre cinquième capsule comporte pour la première fois du linge de maison, de la vaisselle, un fauteuil... De quoi faire de Mosaert une vraie marque lifestyle. Une envie qui vous titillait depuis longtemps ? Paul Van Haver : Nous y pensions depuis un petit temps, c'est vrai. Lorsque Le Bon Marché nous a proposé cette carte blanche, nous avons sauté sur l'occasion car c'est un magasin qui vend aussi de la déco et du design. C'était une super vitrine, du coup. Coralie Barbier : Nous voulions que l'installation soit à l'image d'un " projet Stromae " tel que nous les avons toujours faits, même si celui-ci est à plus petite échelle que les albums et concerts. Qu'il y ait une vraie cohérence, que cela raconte une histoire. C'est comme cela que nous est venue l'idée de la Mosaert Fabrique, une sorte de " behind the scenes " d'une usine fantasmée. P.V.H : ... Un peu à la Homer Simpson, avec des panneaux de contrôle, des clins d'oeil plus surréalistes... C.B. : ... Et dans cette fabrique, cela nous semblait intéressant de jouer avec d'autres objets que des vêtements. Nous sommes allés au salon Maison & Objet, à Paris, pour rencontrer des fournisseurs. La vaisselle sera produite à Séville, le linge de maison et les coussins, au Portugal. Pour la mode, tout, à part les chaussettes qui viennent de France, est fabriqué en Belgique. C'est un élément essentiel de notre business model. De quoi s'inspire cette capsule ? C.B. : J'avais déjà commencé à dessiner la collection avant que Le Bon Marché ne nous contacte. Les imprimés s'inspirent de l'Art déco et de l'Art nouveau qui ont façonné Bruxelles. J'avais envie de changer un peu la manière dont nous avions traité les prints jusqu'ici. Me détacher de cette wax africaine des premières capsules où l'on voyait comme des coups de pinceaux dans les motifs. Je suis partie de l'idée des carrelages Art déco, je voulais travailler la brillance, les dorures, proposer une vraie délimitation des motifs. Ce qui s'est avéré très cohérent lorsque nous avons imaginé le service de table. P.V.H. : Pour le linge de maison, on s'est un peu lâché dans les couleurs. C.B. : En même temps, c'est la signature de Mosaert, il n'y avait pas de raison de changer. Au-delà de cet univers visuel et de l'arrivée de la ligne Home, en quoi cette capsule se différencie-t-elle des autres ? C.B. : En mode aussi, nous proposons pas mal de nouvelles pièces, des shorts, des teddys, des tee-shirts, même des claquettes en velours brodé en collaboration avec Notify. Les trois premières capsules avaient encore un lien, même diffus, avec Stromae. La collaboration de l'an dernier avec Repetto nous a aidés à prendre peu à peu nos distances. Cette fois, c'est comme si le rapport s'était inversé : au début, le rêve de Paul, c'était d'avoir des vêtements customisés pour ses clips et sa tournée. La première capsule est venue ensuite de la réflexion que nous avons eue sur le merchandising. L'idée de vendre des tee-shirts bas de gamme aux concerts ne correspondait pas à nos valeurs. Nous voulions proposer quelque chose de différent, de qualitatif. Cette fois, c'est la collection qui a inspiré Paul, qui a composé un morceau qui servira de bande-son au défilé du 6 avril. P.V.H. : Nous sommes plus à l'aise avec la griffe aujourd'hui. Au début, il y avait un lien direct entre les capsules et l'album Racine Carrée. Nous voulions dans le même temps créer une césure, je n'apparaissais pas sur les campagnes par exemple... alors que je portais ces créations sur la scène ou dans les clips. C'était un peu schizophrénique. L'Europe a tendance à enfermer ses artistes dans des cases : un chanteur ne peut pas être acteur ou designer, sinon il y a comme un malaise. Aux Etats-Unis, ce n'est pas comme ça. C.B. : Là, c'est même tout le contraire : une ligne de vêtements pour un artiste, c'est un véritable levier de réussite. N'est-ce pas un peu utopique de penser que vous pourriez vraiment vous détacher un jour de l'avatar Stromae ? Après tout, Mosaert est son anagramme... P.V.H. : Vous avez raison : quand je me balade dans la rue, c'est toujours lui qu'on voit... C.B. : Et c'est très bien, même si au sein de l'équipe, tu es Paul. Bien sûr, Stromae n'a pas disparu, et nous lui sommes reconnaissants. C'est grâce à lui que nous sommes tous là aujourd'hui. P.V.H. : Mais je suis désormais dans une position où j'ai le droit d'être libre de ne plus l'utiliser si je veux et cela me convient. C'est ce qui me plaît dans les collaborations mises en place avec d'autres artistes. Pour ces morceaux - avec Orelsan, Disiz La Peste, Vitaa, Bigflo et Oli -, je pouvais prendre le train en marche, travailler deux jours en studio et c'était plié. Je ne devais plus, comme le dit Cora, être le porte-drapeau de quoi que ce soit. Même chose pour les clips pour Dua Lipa, Major Lazer ou Yael Naim. C'est à eux que revient la responsabilité de garder le fil conducteur de l'album, que cela fasse sens. Pourtant, lors du défilé au Bon Marché, on assistera bien au retour de Stromae ? P.V.H. : Je n'ai jamais cessé de composer, de la musique en tout cas. La sortie de la quatrième capsule s'accompagnait déjà d'un instrumental. Cette fois, je chante aussi, je suis d'ailleurs en train d'enregistrer le morceau. Mes collaborations dans l'ombre m'ont redonné envie d'écrire. Jusque-là ça bloquait, un peu comme si je n'avais plus rien à dire. Ici, j'ai le sentiment de redécouvrir l'écriture. C'était une sorte d'exercice imposé : je m'étais donné l'obligation d'intégrer la dimension " défilé et création textile " dans le texte sans que ce soit littéral. C.B. : Je lui avais préparé un mood board narratif, une liste de mots et d'expressions autour de la mode. En un sens, le processus créatif était complètement inversé. Avant, il faisait une chanson qui disait " Papaoutai " et nous dessinions des bonshommes. Cette fois, c'est la capsule qui a servi de base. P.V.H. : Nous sommes partis de la musique, je lui ai fait écouter, elle aimait bien, heureusement, sinon... C.B. : Je ne sais pas si je suis toujours la plus objective. P.V.H. : Il y avait plusieurs morceaux, c'est Luc Junior Tam, mon petit frère et notre directeur artistique, qui a tranché. Le but, c'était de trouver le bon son qui serve la collection, pas de sortir un E.P. de Stromae. D'ailleurs, je ne performerai pas en live, je n'y crois pas trop pour un défilé. Mais nous apparaissons sur la campagne et nous viendrons bien sûr saluer à la fin du show. Entre un concert et un défilé, il y a plus de points communs qu'on ne le pense... P.V.H. : Je préfère parler de performance que de spectacle mais nous voulons en tout cas proposer autre chose qu'un défilé conventionnel. C.B. : Depuis la fin de la tournée, c'est le premier projet que le collectif reprend de A à Z. Nous travaillons avec la chorégraphe Marion Motin et ses danseurs, avec nos graphistes du studio Bold at Work, car en marge du show, il y a aussi l'habillage de toutes les vitrines du Bon Marché ainsi que les 150 m2 du rez-de-chaussée que nous devons faire vivre. C'est là, finalement, que l'on verra cette fabrique imaginaire ? C.B. : Nous allons jouer avec des codes industriels détournés. Des tuyaux d'usines peints en blanc avec des motifs dorés, des vendeurs en salopettes, des vêtements exposés comme s'ils étaient sur une ligne de production. Le visiteur pourra aussi se plonger dans l'univers de Mosaert - car c'est à notre collectif que Le Bon Marché a offert cette carte blanche - à travers une installation vidéo. Nous voulions profiter de l'occasion pour mettre en scène de façon ludique notre fonctionnement. Avec, en toile de fond, ce qui nous définit et fait notre fierté : la création artisanale. Même avec une gamme aussi diversifiée que celle que vous proposez aujourd'hui, c'est une ligne que vous arrivez à tenir ? C.B. : Les bonnes conditions de production, la qualité, tout cela reste essentiel. Nous sommes très fiers de pouvoir produire pratiquement tout le textile en Belgique. Bien sûr, cela a un coût, nous en sommes conscients. Nous essayons de pratiquer les prix les plus justes. C'est pour cette raison que, sur notre site, nous avons voulu être les plus transparents possible. Notre marque est encore jeune, ce n'est pas toujours facile, cela reste du textile mais nous sommes contents de son évolution. Cette collaboration avec Le Bon Marché nous offre une vitrine formidable, une opportunité pour le client de toucher un produit vendu normalement surtout en ligne. P.V.H. : Il n'est pas exclu qu'après l'aventure du Bon Marché nous venions montrer le projet et la captation du défilé en Belgique. Dans un pop-up store, pourquoi pas, dont nous serions les vendeurs, le temps d'un week-end.