Vie rêvée, par Thadée Klossowski de Rola, Grasset, 311 pages.
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Vie rêvée, par Thadée Klossowski de Rola, Grasset, 311 pages.Je me revois à 6 ans, assis à l'ombre d'un bosquet. Attiré par un livre, je me suis mis à le recopier pendant des heures. Plus que raconter ma vie ou mes amis, j'aime faire des phrases qui sonnent juste. Ecrivain, mais on m'a dit que ce n'était pas un métier. Puis, psychiatre et diplomate, or vu que ça impliquait des études, j'ai trouvé une autre voie. Peut-être un certain sens de la justesse. La beauté serait trop vague... Je l'admirais énormément comme peintre. Dans ses paysages, on peut voir son regard de génie. Mystérieux. Balthus a longtemps été ignoré. J'avais 17 ans quand il a été reconnu, mais j'ai su très tôt ce que représentaient les difficultés liées à l'art. C'est un genre étrange et frustrant. On écrit ce qui nous passe par la tête, sans s'appesantir. Le fil rouge : mon histoire avec Loulou de la Falaise. Loulou a été mon âme soeur. Je suis tout de suite tombé amoureux de cette femme infatigable et poétique. Nous avons eu une vie de rêve, qui a duré trente-cinq ans. Yves était époustouflant comme créateur et comme ami. Il a su réinventer la femme en collant à son époque. Quant à Loulou, elle était la grâce même ! Loulou n'aimait pas ce mot, mais elle l'a inspiré en tant que femme et fantasme. Elle travaillait très dur chez YSL et parvenait à apaiser les angoisses d'Yves. Amusant et généreux, Karl a fait partie de notre bande, jusqu'à ce qu'Yves devienne une star. Ce succès a rendu jaloux Karl car, lui, nul ne le connaissait à l'époque. Tout à fait. J'ai une phobie de l'effort, qui m'empêche d'écrire. Mon journal essaie de combler ce manque. Ce journal constitue un miroir névrotique. Quand c'est devenu un piège, j'ai cessé d'écrire. Le brûler ou le publier revient au même. Dire que je suis devenu un vieux monsieur, c'est inconcevable ! KERENN ELKAÏM" YVES ÉTAIT ÉPOUSTOUFLANT COMME CRÉATEUR ET COMME AMI. "