Passer le portail de la maison de Philippe Honhon, c'est un peu comme entrer dans une autre dimension. Blottie derrière une muraille, aux confins du Brabant wallon, la demeure en pierre de Gobertange et brique, usée par le temps et annexée au gré des épisodes de son existence, semble tout droit sortie d'un conte. Si l'endroit dévoile d'abord son charme bucolique, il ne faut pas longtemps pour se rendre compte qu'il y a ici quelque chose d'insolite, un je-ne-sais-quoi qui nous pousse à croire que le Lapin blanc et la Reine de Coeur d'Alice au pays des merveilles vont surgir d'un buisson de l'immense jardin qui entoure l'habitation. Dans un coin de la propriété, une étrange voiture-sculpture, bricolée par l'habitant, a été réhabilitée en chambre d'amis. Plus loin, c'est une trancheuse de boucher qui se dore sous le soleil automnal, dans l'attente d'une éventuelle fête pour se remettre au travail. Partout, des mains fichées sur de longues tiges jaillissent des parterres. " Ce sont mes Mathilde, elles sont faites avec d'anciens moules à gants en silicone devenus d'élégantes fleurs saluant d'un geste auguste les visiteurs quand le vent souffle ", plaisante celui qui aime se dire fleuriste-ferrailleur. Sous le porche, une paire de jambes en plâtre " hermaphrodite ", dixit Philippe Honhon, dénichée chez un vide-grenier, accueille et monte la garde. Par-dessus, une passerelle métallique tout en finesse relie deux terrasses. Elle a été dimensionnée pour qu'une personne y passe avec un grand plateau dans les mains, s'évasant vers le haut pour suivre la courbe des hanches. Un geste contemporain mais qui apparaît pourtant complètement intemporel.
...