Les mots des parents dessinent-ils l'avenir de l'enfant ?

Sûrement. Le meilleur copain de mon père m'a dit un jour : " Toi, tu ne seras jamais jolie, mais tu auras toujours quelque chose de plus : le charme. " Ça m'a sauvée.
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Sûrement. Le meilleur copain de mon père m'a dit un jour : " Toi, tu ne seras jamais jolie, mais tu auras toujours quelque chose de plus : le charme. " Ça m'a sauvée. Cette pratique remonte à l'enfance. J'ai appris à lire et à écrire très tôt. Que ce soit dans mes rédactions ou mon courrier d'ado, j'aimais raconter des histoires. Alors que j'ai fait des études de lettres et de journalisme, je ne me rêvais pas écrivain car je ne pensais pas que je pouvais l'être. Médecin, or j'étais nulle en maths. C'était d'autant plus décourageant que je travaillais. Ainsi, j'ai fait l'expérience de l'imbécilité, celle du môme qui fait des efforts, mais qui ne réussit pas. Nous nous sommes connues par une amie. Je savais que son histoire était spectaculaire. La vie des autres est héroïque, romanesque. Quel trésor. Le partage. On en apprend toujours sur soi et sur le monde en écoutant les autres. Son courage. C'est peut-être un don, une attitude devant la vie. Parfois, j'ai pleuré en écrivant son histoire, mais Aya ne pleure pas. Elle est l'héroïne d'un drame, où il se produit des choses terribles et belles. J'aime l'idée que son histoire soit la nôtre. Non, c'est plus compliqué qu'un combat. Il s'agit de tenter l'aventure, même si on peut mourir. Or il n'y a pas d'échelle du malheur. La vie est très violente ! Les combats sont grisants. Ils m'ont donné envie de me lever et de crier. Ça fait remonter des choses primitives. L'idée que les boxeurs puissent mourir est horrible. Sa colère. Elle se révolte contre tout, y compris contre elle-même, mais c'est son moteur. Sa dignité (danbé) est une vertu cardinale, une valeur immatérielle que sa mère met en elle et qui la sauve. À mon enfance, à l'idée qu'on s'en fait et à celle qu'on était. Et à mes amis, sans qui je n'imagine pas ma vie. L'amitié est un pacte renouvelé de fidélité. À Paris, dont j'aime le mouvement, le stress, l'adrénaline, le côté beau et figé. Aya Cissoko, parce qu'elle a vachement du charme, de la gouaille et de l'élégance. Capricorne. Je suis énervée, surexcitée, obstinée, mais pas précoce (rires) ! Danbé, par Aya Cissoko et Marie Desplechin, Points, 185 pages. KERENN ELKAÏMIL N'Y A PAS D'ÉCHELLE DU MALHEUR. LA VIE EST TRÈS VIOLENTE !