Le timide Lee Alexander McQueen aurait pu être plombier ou maçon, voire chauffeur de taxi, comme son père, quelque part dans l'East London. Il sera créateur, dirigera une maison à son nom, de même Givenchy (1996 - 2001), laissera des empreintes fulgurantes dans l'histoire de la mode avant de se pendre, un soir de février 2010, seul chez lui, à 40 ans, pour ne pas devoir aller enterrer sa mère chérie, et pour tout le reste. La mode était sa vie, il l'infusa d...

Le timide Lee Alexander McQueen aurait pu être plombier ou maçon, voire chauffeur de taxi, comme son père, quelque part dans l'East London. Il sera créateur, dirigera une maison à son nom, de même Givenchy (1996 - 2001), laissera des empreintes fulgurantes dans l'histoire de la mode avant de se pendre, un soir de février 2010, seul chez lui, à 40 ans, pour ne pas devoir aller enterrer sa mère chérie, et pour tout le reste. La mode était sa vie, il l'infusa de son sang, de sa sueur et de ses larmes, de ses fantômes aussi. Ses silhouettes conquérantes, son talent marqué au sceau de Savile Row, ses défilés intenses et jusqu'au-boutistes étaient son théâtre d'ombres macabre, une invitation à entrer dans son monde, une merveille et un enfer à la fois. Comment retranscrire cette violence sublime sur écran, même géant ? C'est d'évidence la question qui tarauda Ian Bonhôte et Peter Ettedgui en s'emparant du sujet. Les deux réalisateurs de ce documentaire titré McQueen, sans fioritures, ont choisi la voie linéaire pour y inscrire au fer rouge l'intime de Lee, il n'était pas nécessaire de tenter une narration contraire, pas avec un tel matériau de base, qui confine au génie. En cinq chapitres crescendo, sur une musique originale de Michael Nyman, ce film déroule le fil d'une destinée sans concession. De sa collection de fin d'études à Central Saint Martins, en 1992, qu'il avait appelée Jack the Ripper Stalks his Victims à son chant du cygne baptisé Plato's Atlantis, de son enfance à sa descente vertigineuse accentuée par la drogue et le mal-être vrillé par la mode, cette ogresse. L'émotion sourd de ces images d'archives, de ces lambeaux de shows où il était toujours question de " sex, drugs and rock'n'roll " et d'où jaillit sa psyché incandescente, de ces confessions face caméra qu'il emmagasinait comme pour rire, en un journal de bord qui annonce déjà la fin. Elle chavire ces interviews cadrées serrées de ceux qui l'aimèrent, travaillèrent avec lui et en souffrirent, car il n'était pas simple d'être à ses côtés. Délicieusement vénéneuse, elle contamine tout sans qu'on veuille jamais lui résister, elle seule peut toucher du doigt les blessures de McQueen, la rançon de la gloire, du génie et de l'extrême, les lacérations de son âme. R.I.P.