SAM TOUZANI : "UNE VISION UNIVERSALISTE DU MONDE""

Il dit que cette rencontre, c'est son héritage, dans le sens le plus pur du mot, celui d'une transmission. Sam Touzani a 4 ans quand sa mère et sa soeur sont violentées au sein du consulat marocain pour avoir refusé un bakchich en échange des papiers demandés. L'affaire s'ébruite au sein de la communauté et Mohamed El Baroudi, exilé politique marocain et intellectuel engagé - c'est lui qui fondera notamment le Collectif Alpha, qui organise des cours d'alphabétisation pour adultes -, offre de venir en aide à la famille. Une fois le procès gagné, le militant aurait pu retourner à ses autres combats. " Mais il était tombé amoureux de ma soeur, se souvient celui qui deviendra alors l'observateur ébloui des premiers pas de leur histoire. Je percevais de l'amour bien sûr, sans pouvoir mettre des mots là-dessus. Pour moi, il faisait partie des sages et cette image ne m'a jamais quitté. J'ai dû attendre mes 20 ans pour enfin oser le tutoyer. " L'enfant qu'il est alors se laisse apprivoiser par ce beau-frère qui deviendra le père fondateur des valeurs laïques, féministes et citoyennes qu'il défend sur scène. " Il m'a outillé, m'a appris à penser par moi-même sans jamais rien imposer. Et il m'a donné une vision universaliste du monde ; c'est magnifique de le regarder avec ces lunettes. Tout à coup, tu penses au pluriel et plus rien n'est noir ou blanc. " Si Sam Touzani, qui se définit comme le produit de l'éducation de femmes - " ma mère et ma soeur m'apprendront tôt à dire non " -, est devenu acteur et auteur de ses textes, c'est parce qu'il a ressenti le besoin de nommer les choses et de remettre en cause ses certitudes. " Je suis loin de la sagesse, même moi parfois je me fatigue car je reviens toujours à la charge, contre le recours au religieux notamment, ce qui ne me vaut pas que des amis, reconnaît-il. Mohamed El Baroudi m'aide à relativiser. Il est né libre, il est mort libre en 2007. Si, comme lui, j'arrive à rester cohérent, cela me va comme vie. "
...

Il dit que cette rencontre, c'est son héritage, dans le sens le plus pur du mot, celui d'une transmission. Sam Touzani a 4 ans quand sa mère et sa soeur sont violentées au sein du consulat marocain pour avoir refusé un bakchich en échange des papiers demandés. L'affaire s'ébruite au sein de la communauté et Mohamed El Baroudi, exilé politique marocain et intellectuel engagé - c'est lui qui fondera notamment le Collectif Alpha, qui organise des cours d'alphabétisation pour adultes -, offre de venir en aide à la famille. Une fois le procès gagné, le militant aurait pu retourner à ses autres combats. " Mais il était tombé amoureux de ma soeur, se souvient celui qui deviendra alors l'observateur ébloui des premiers pas de leur histoire. Je percevais de l'amour bien sûr, sans pouvoir mettre des mots là-dessus. Pour moi, il faisait partie des sages et cette image ne m'a jamais quitté. J'ai dû attendre mes 20 ans pour enfin oser le tutoyer. " L'enfant qu'il est alors se laisse apprivoiser par ce beau-frère qui deviendra le père fondateur des valeurs laïques, féministes et citoyennes qu'il défend sur scène. " Il m'a outillé, m'a appris à penser par moi-même sans jamais rien imposer. Et il m'a donné une vision universaliste du monde ; c'est magnifique de le regarder avec ces lunettes. Tout à coup, tu penses au pluriel et plus rien n'est noir ou blanc. " Si Sam Touzani, qui se définit comme le produit de l'éducation de femmes - " ma mère et ma soeur m'apprendront tôt à dire non " -, est devenu acteur et auteur de ses textes, c'est parce qu'il a ressenti le besoin de nommer les choses et de remettre en cause ses certitudes. " Je suis loin de la sagesse, même moi parfois je me fatigue car je reviens toujours à la charge, contre le recours au religieux notamment, ce qui ne me vaut pas que des amis, reconnaît-il. Mohamed El Baroudi m'aide à relativiser. Il est né libre, il est mort libre en 2007. Si, comme lui, j'arrive à rester cohérent, cela me va comme vie. " I.W. Il a d'abord eu un léger mouvement de recul en entendant le vocable " père spirituel " ; ni dieu ni maître, il s'est fait tout " seul ". A la rigueur, il pourrait parler de mères ou en tout cas des femmes qui comptèrent, elles se reconnaîtront. S'il faut malgré tout en choisir un, Eric Beauduin va chercher loin, en 1994, le nom de Philippe Model, rencontré au Festival international de mode et de photographie à Hyères. Alors tout jeune créateur à peine sorti de La Cambre mode(s), il est déjà auréolé d'un premier prix co-remporté l'année précédente avec Anne Masson et présente, sous son nom, une collection de chaussures qui ne passe pas inaperçue : boutons en guise de fermeture, découpes classiques chères aux bottiers et formes nouvelles " gros nez " ou " bossue ". Le voilà couronné par le jury présidé par l'artiste français. Car c'en est un, " avec panache et plumes ", Eric le découvrira très vite, à le fréquenter, il a gagné un stage chez lui, voire plus, car affinités. " Je l'ai suivi à Paris et en Italie et puis il m'a proposé de travailler avec les fabricants qu'il connaissait, il a été très généreux. Il me laissait également dessiner pour sa collection. Il avait débuté par les chapeaux ; il était fils de modiste. Il avait une clientèle couture et s'était mis à imaginer des souliers. Il travaillait sans cesse, vivait dans son bureau, dormait sur un lit de camp et dépensait énormément d'argent en matériaux. Avec lui, j'ai appris tout ce qu'il ne fallait pas faire quand on est un jeune créateur belge. " Dans sa boutique-atelier bruxelloise qui fête ses 4 ans, Eric Beauduin convoque ces fantômes qui n'ont rien à voir avec des démons - cela sent le cuir, l'émulation, la liberté absolue, la fascination réciproque. Il n'a pas oublié l'étonnement de Philippe Model devant son acharnement à s'enfermer pour crayonner des croquis pendant toute une journée, ni son ravissement à lui devant sa palette de couleurs et sa géniale complétude. A.-F.M. Eric Beauduin, 229, chaussée de Charleroi, à 1060 Bruxelles. www.ericbeauduin.be Sur les murs de son bureau sont punaisées des affiches de films de Roger Corman, cinéaste américain prolifique des années 50. Machine Gun Kelly, une saga de gangsters tournée en huit jours, The Undead pour la catégorie horreur, ou encore Death Race 2000, une course d'action où tous les coups sont permis: des histoires que le chanteur et artiste Benjamin Schoos, un temps connu sous le nom de scène de Miam Monster Miam, a découvertes ado, lorsqu'il traînait au vidéoclub du coin. " C'était un précurseur de l'époque dans laquelle on vit. Sous l'aspect série B, se cache un brûlot politique ", confie celui qui s'est plongé avec délectation dans l'oeuvre de cet homme, né en 1926, maître du cinéma d'exploitation, avec qui des Jack Nicholson, Martin Scorsese ou Ron Howard ont fait leurs armes. Son mode de fonctionnement n'a jamais dévié, pour les 57 projets qu'il a signés et les 395 autres qu'il a produits : fabriquer des films à petit budget, tournés en quelques jours avec un casting inconnu, à destination du marché des teen-agers en pleine expansion. Avec effets spéciaux sommaires, soupçon d'érotisme et scènes de violence. Une recette qui a assuré la rentabilité à son studio indépendant de Hollywood. Un art de la débrouille, une multiplicité de casquettes et une volonté d'autonomie qui résonnent en Benjamin Schoos, à la tête de son studio, Freaksville, depuis dix ans. " Roger Corman a insufflé des idées libertaires, presque anarchistes. Il a oeuvré à une culture de niche, en sachant ce qu'il faisait. Des films tels que Fast and Furious ne sont que des resucées de son travail. Il a bercé la culture populaire et c'est une source d'influence pour l'underground ", applaudit l'artiste originaire de Seraing, qui célèbre cette année ses 20 ans de scène avec un concert aux Francos et deux albums best of. C.PL. Francofolies, le 23 juillet prochain, www.francofolies.be Profession Chanteur, chez Freaksville. Cette table fut dessinée par l'architecte portugais Eduardo Souto de Moura, et relie Pablo Lhoas à Marcel Pesleux, qui l'avait achetée pour son bureau : " Il était directeur de La Cambre avant la fusion avec l'Institut Victor Horta et m'a accompagné tout au long de mon parcours, tant académique que professionnel ; ce qui crée un renvoi d'histoire assez incroyable, puisque son bureau est aujourd'hui le mien - alors que je n'étais pas du tout destiné à devenir doyen ", explique l'architecte. Cela fait pourtant sept mois qu'il occupe la fonction suprême avec un enthousiasme communicatif, et l'exerce conjointement à son activité au sein de l'atelier Lhoas & Lhoas, fondé avec son frère, Pierre. Une double casquette qui lui permet " de relativiser, de ne pas être trop absorbé par l'un des deux rôles " et occasionne quelques coïncidences cocasses, notamment lors de l'inauguration du nouveau rez-de-chaussée du bâtiment de la faculté, en avril dernier, que le Bruxellois avait lui-même réalisé : " C'est un concours de circonstances incroyable, mais la commande date de plus de douze ans, donc in tempore non suspecto ", plaisante-t-il. Ouvrant enfin l'école sur la place Flagey, dont les flâneurs sont désormais invités à fréquenter restaurant, librairie ou espace d'exposition flambant neuf, le projet s'avère à l'image de son concepteur : convivial, moderne et ambitieux - pas à titre personnel, mais à l'égard de son secteur. " Je suis frustré de constater que l'architecture reste la discipline artistique ou culturelle la moins débattue, la moins publiée, alors qu'elle impacte tout le monde. Nous devons davantage toucher le grand public, il faut s'en donner les moyens. Notre université côtoie des écoles d'art comme La Cambre, des lieux de culture comme Flagey, et de cette rencontre peut naître un pôle unique à Bruxelles, susceptible de questionner le mariage des arts et des sciences, d'y réfléchir de manière sophistiquée et d'en chahuter les certitudes. " M.N. Gaston personnifie les pères spirituels de Frédéric Jannin, d'abord Yvan Delporte, rédac' chef de l'âge d'or de Spirou, et bien sûr Franquin : " Petit, j'ai appris à lire dans Spirou, j'y ai découvert le monde des adultes - c'est-à-dire ceux qui empêchent Gaston de vivre sa vie. Plus tard, quand j'ai rencontré Delporte, j'ai compris : c'est lui qui avait insufflé cet esprit, c'était un grand enfant, qui voulait s'amuser, sans cynisme ni stratégie. " Car si c'est Franquin qui tient le crayon, sans Delporte, Gaston serait peut-être resté au fond d'un carton. " Son rôle, c'était de mettre des picots dans les fesses des auteurs. Et de pousser Franquin à faire bouillir le journal, alors que certains lui répétaient: "Tu peux te faire de l'or en barre, pourquoi tu perds ton temps avec ces couillonnades ?". " Amené à côtoyer " ses dieux ", le jeune Fred Jannin a décidé d'en écouter l'un plus que l'autre : " Delporte m'a vu trouillard, et il m'a aussi mis un coup de pied au cul en me disant : " Vas-y, tu feras le point à la fin de ta vie ! " A l'inverse, Franquin trouvait que je me dispersais et aurait préféré que j'arrête ce qui me détournait de la BD. " Quelques décennies plus tard, devenu expert-praticien de l'humour teinté de dérision anglo-saxonne passé à la moulinette brusseleire, Jannin a fait " trop de tout ", comme l'avait résumé la rétro que le Musée de la BD avait eu la bonne idée de lui consacrer : bande dessinée avec Germain et nous, télé avec les Snuls, chanson avec les Bowling Balls et Zinno, radio avec Le Jeu des Dicos... Et il vient de rendre un bel hommage à ses mentors avec la splendide remasterisation de l'intégrale Lagaffe - " C'était comme les avoir à mes côtés. " Car, comme l'illustre gaffeur, Fred fête ses 60 ans cette année - non pas qu'il vieillisse, il est simplement jeune depuis longtemps - et demeure le héros modeste d'une belgitude dont il écrivit certaines des plus belles pages. Et des plus drôles, " bien entendu ". M.N.