Voyager sans bouger : voilà peut-être la suggestion la plus déprimante qu'on ait (trop souvent) pu lire durant ce confinement. Il y a environ deux mois, on le concède, nous avons nous-mêmes relayé l'expression en donnant les conseils de rigueur pour " s'évader depuis son salon " à coups de vidéos, podcasts, livres, recettes ou photos. Mais plus les semaines ont passé, plus on a saisi l'ampleur de l'appel au secours qui, en réalité, se cachait derrière cette cafardeuse invitation à l'inertie. Un berlingot à la mer, lancé par un secteur qui s'apprête à vivre une crise historique. L'Organisation Mondiale du T...

Voyager sans bouger : voilà peut-être la suggestion la plus déprimante qu'on ait (trop souvent) pu lire durant ce confinement. Il y a environ deux mois, on le concède, nous avons nous-mêmes relayé l'expression en donnant les conseils de rigueur pour " s'évader depuis son salon " à coups de vidéos, podcasts, livres, recettes ou photos. Mais plus les semaines ont passé, plus on a saisi l'ampleur de l'appel au secours qui, en réalité, se cachait derrière cette cafardeuse invitation à l'inertie. Un berlingot à la mer, lancé par un secteur qui s'apprête à vivre une crise historique. L'Organisation Mondiale du Tourisme a déjà affirmé qu'on n'avait plus connu de telles prévisions depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et qu'une chute de l'ordre de 80 % du nombre de visiteurs internationaux pourrait être ressentie en 2020. Un véritable uppercut après dix belles années de croissance. Là où beaucoup ont réussi à limiter les dégâts grâce à la vente en ligne, le tourisme s'est retrouvé dans un état de paralysie totale. Le Covid-19 a littéralement coupé les ailes des hôteliers, des propriétaires de camping ou de maisons d'hôtes, des compagnies aériennes, des croisiéristes ou même de certaines villes-musées tout entières qui, face à cela, n'ont désormais qu'un ciel moins pollué et des eaux plus limpides pour se consoler. Le voyageur, lui, n'a que ses yeux pour pleurer... ou pour tourner les pages d'un magazine qui a décidé, aujourd'hui, de regarder vers l'avant. " Partir en restant chez soi ", basta. Certes, ce qu'on voudrait vraiment, dans l'idéal, c'est réserver un ticket pour n'importe où, planifier un circuit et des visites, marcher le long d'un océan qui nous fouette de ses embruns ou sur un chemin de montagne qui nous prête son oxygène, et puis s'asseoir dans un petit resto planqué dans une ruelle pavée d'où s'échappent des saveurs nomades. On voudrait un autre soleil. Celui de là-bas qui brûle un peu plus, dont on profite jusque plus tard le soir, qui se couche derrière le parasol d'une piscine ibérique, dans le fond d'une vallée toscane ou sur les vagues d'une plage provençale. On veut tout ça, et on l'aura. Pas tout de suite, mais on l'aura. En attendant, on repart un peu de là où l'on s'était arrêté, avec nos envies de profiter plus soigneusement de ce qui s'agite et se déploie près de nous. Ici présents, des sentiers forestiers à arpenter en couple ou en famille, des jolies adresses où se sustenter, des logements insolites pour oublier le reste, ou des villes à découvrir d'un autre oeil. Presque tout se trouve à seulement quelques grammes de CO2 de nos chaumières où l'on s'avachit depuis trop longtemps. Au milieu de tout cela, nous avons également proposé à trois écrivains de faire ce qu'ils font de mieux : nous raconter des histoires. Certains ajouteront en ricanant : " et nous faire voyager sans bouger ". Bien sûr, il suffit de s'aventurer entre leurs lignes pour comprendre que c'est tout le contraire qu'ils nous suggèrent.