Elle avait d'emblée placé sa petite boutique- atelier bruxelloise sous le signe de l'éco- responsabilité. Valérie Berckmans, créatrice de mode, rêvait de s'exprimer par le vêtement, lequel serait pensé, dessiné, coupé, cousu dans le respect des êtres humains et de la planète, elle ne comptait pas en faire un argument en soi, pour elle, cela coulait de source. Elle avait ouvert son magasin locavore, avec un entêtement certain et une joie contagieuse. Malgré les moquer...

Elle avait d'emblée placé sa petite boutique- atelier bruxelloise sous le signe de l'éco- responsabilité. Valérie Berckmans, créatrice de mode, rêvait de s'exprimer par le vêtement, lequel serait pensé, dessiné, coupé, cousu dans le respect des êtres humains et de la planète, elle ne comptait pas en faire un argument en soi, pour elle, cela coulait de source. Elle avait ouvert son magasin locavore, avec un entêtement certain et une joie contagieuse. Malgré les moqueries : " Une collection en coton bio, ça se mange ? " Elle avait feint de les ignorer, elle se savait juste, c'était il y a treize ans. Depuis, le vert a tout teinté, en ce compris le greenwashing, ce n'est plus une tendance, mais un vrai courant de fond. Il faut dire que sous le regard sourcilleux des adolescents écolo-activistes, il n'est plus possible désormais de remplir les Caddies comme le faisaient les baby- boomers biberonnés aux Trente Glorieuses. Face à une génération tourmentée, mais engagée, face à ces jeunes devenus prescripteurs, alors que traditionnellement la transmission était descendante, les adultes non conscientisés ne peuvent plus faire semblant. Ils font donc assaut de promesses et de gestes qui prouvent leur mobilisation pour la défense du climat, la restauration de la biodiversité et la sauvegarde des océans. Si les cyniques savent que faire du business durable, c'est tout de même faire du business, d'autres tentent l'exemplarité. Ainsi la créatrice Stella McCartney, fille de Paul, qui a épousé la cause comme on hérite, depuis longtemps déjà prône le no-fourrure, le no-cuir, le no-machine-à-laver, le no-sèche-linge ou presque. Les écosystèmes s'en trouvent bouleversés, sommés de se réinventer, sans ignorer qu'il est impossible de faire devenir durable quelque chose qui n'a pas été conçu pour l'être. Les hôtels ont beau bannir les mini-gels douche, les clubs de randonnées les bouteilles en plastique, les maisons de mode signer un Fashion Pact ou s'engager à diminuer leurs émissions de CO2, consommer, voyager, se chausser luxe ou se vêtir fast fashion fait partie intégrante de nos identités modernes. Nos actes ont un coût écologique, quelle évidence, la survie de l'espèce humaine passera peut-être par une certaine sobriété heureuse.