Ils n'ont pas adopté le dressing chic, noir et fitté de la plupart de leurs confrères et consoeurs. Ils n'aiment pas non plus la lumière des projecteurs et parlent toujours en "nous", mettant en avant leur travail commun, depuis trente ans déjà. Pourtant, mi-mars, c'est ce duo bordelais des plus discrets, composé d'Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, qui a remporté le Pritzker Prize, une récompense souvent assimilée au prix Nobel dans le domaine de l'art de bâtir. A l'actif de ces deux-là: un grand nombre de projets sociaux avec un point commun, celui d'offrir plus que la surface minimale normée à leurs o...

Ils n'ont pas adopté le dressing chic, noir et fitté de la plupart de leurs confrères et consoeurs. Ils n'aiment pas non plus la lumière des projecteurs et parlent toujours en "nous", mettant en avant leur travail commun, depuis trente ans déjà. Pourtant, mi-mars, c'est ce duo bordelais des plus discrets, composé d'Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, qui a remporté le Pritzker Prize, une récompense souvent assimilée au prix Nobel dans le domaine de l'art de bâtir. A l'actif de ces deux-là: un grand nombre de projets sociaux avec un point commun, celui d'offrir plus que la surface minimale normée à leurs occupants. Comment? En utilisant des techniques moins coûteuses mais mises en oeuvre brillamment, ou en refusant de démolir quand ce n'est pas indispensable. Un choix de l'économie de moyens, pas encore assez présent dans le paysage construit actuel, mais qui, pour ce tandem, est... un véritable luxe. Le jour de leur sacre, le journal Le Monde écrivait d'ailleurs: "S'ils se détournent des matériaux dits nobles, c'est, paradoxalement, par goût du luxe. Un luxe qui tiendrait à la qualité de l'air, de la lumière et de l'espace, à la liberté d'appropriation des lieux aussi, tous ces biens gratuits qui se font de plus en plus rares. Un luxe, surtout, qui serait accessible à tous." Si dans l'esprit de certains, le luxe se résume à son aspect commercial ou exclusif... et souvent inaccessible au plus grand nombre - en témoignent certains de nos reportages, présents dans ces pages, pour faire rêver avant tout -, (s')offrir l'excellence est en réalité une notion bien plus vaste, et pas inatteignable, quels que soient nos moyens. Prenez la Génération Z, ces jeunes nés entre 1998 et 2012 et qui déjà donnent le ton dans notre société, "elle modifie la définition même du luxe", affirme dans ce numéro Eric Briones, cofondateur de la Paris School of Luxury et rédacteur en chef du Journal du Luxe. Et de poursuivre: "Pour eux, les objets de luxe sont des totems, des manifestations visibles de leurs valeurs personnelles. Arborer une marque qui ne porte pas préjudice aux personnes ou à la nature est une façon pour eux d'exprimer qui ils sont." Pour d'autres encore, le luxe sera ailleurs, dans les entre-lignes de la vie. C'est ce que raconte, un peu plus loin, notre talentueuse chroniqueuse Lisette Lombé, énumérant "(...) la capacité de transformer la colère en textes poétiques, le silence absolu, la solitude choisie, des parents toujours en vie et leur soutien inconditionnel, le ralentissement (...)"A la suite de ces deux architectes français, de ces jeunes sans tabous, de cette poétesse des temps nouveaux, on vous invite à repenser vous aussi cette notion, à votre pointure, sur mesure, et pas forcément en version papier glacé. Selon une enquête que nous avons réalisée, 43% des sondés estiment que l'un des ingrédients principaux du luxe est la qualité, 43% pointent aussi le plaisir, 39% parlent d'argent et 31% de santé... Et vous?