Carnet de voyage en page 82.
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Carnet de voyage en page 82.Chaque année à la même époque, Noa passe une semaine aux Fermes de Marie. " Cela fait partie de mon équilibre ", explique-t-elle. Ce jeune mannequin suédois de 22 ans a craqué il y a cinq ans pour l'hôtel le plus en vue de Megève. " Le froid et la montagne ont toujours fait partie de ma vie. Ils sont tous deux indispensables à mon bien-être. La majeure partie de mon temps, je le passe à Paris. Après plusieurs mois de grisaille et de pollution, je sature. Il me faut un bol d'air. C'est ce que je viens chercher ici. Dans cet établissement, la montagne a été érigée en art de vivre. " L'exemple de Noa n'est pas isolé. Depuis quelques années maintenant, Les Fermes de Marie, un établissement créé par Jean-Louis et Jocelyne Sibuet, attire un nombre conséquent de voyageurs venus du monde entier. Le public est choisi : people, hommes d'affaires, personnalités en vue... La recette fait mouche surtout depuis qu'elle s'est enrichie d'un spa d'altitude, La Ferme de Beauté, complété par une gamme de soins et de produits considérés comme étant à l'avant-garde de la cosmétique. Stone thérapie, gommage à la cassonade et au miel, masque Fleurs de Givre ou bain d'hydratation en apesanteur sont quelques exemples du bien-être développé sur place. Jocelyne et Jean-Louis Sibuet font valoir une belle succes story à la française. En 1989, ils ont imaginé et construit ce nouveau concept d'hébergement de charme à la montagne rompant radicalement avec une certaine vision de l'hôtellerie tout en standards. Ce, à un moment où personne n'aurait misé sur cette idée folle qui consistait à démonter huit chalets d'alpages et à venir les reconstituer dans un parc de deux hectares à Megève. " Mégalomane " et " inadapté " étaient les termes qui revenaient dans la bouche des détracteurs. Quinze ans plus tard, le village de Megève tout entier rend hommage aux Sibuet qui ont régénéré le tourisme de la station. Les grandes marques de luxe façon Hermès, Prada, Hugo Boss ou Façonnable ne s'y sont pas trompées en y ancrant leur griffe. Preuve de ce succès considérable, le couple mégevan a depuis ouvert quatre autres établissements qui sont considérés comme les musts en la matière. A tel point que ces endroits associés à d'autres dans le sud de la France constituent une marque, La Compagnie des Hôtels de Montagne, devenue un label de qualité sur les cinq continents. La revue de presse s'affiche volumineuse : du Côté Sud au Condé Nast Traveller britannique, pas un magazine qui n'ait consacré leurs projets. Outre Les Fermes de Marie, construites comme une variation autour de cinq éléments û pierre, bois, eau, feu et terre û les journalistes du monde entier ont encensé l'esprit trappeur canadien du Lodge Park et l'atmosphère feutrée, rehaussée d'une fresque murale de Cocteau, propre à l'hôtel Mont-Blanc. Sans oublier, l'hôtel Coin du Feu et ses allures de petit chalet entre amis. Forts de leur expérience, les Sibuet ont multiplié les concepts en lançant dans la foulée Hauteluce et Chatel, deux propriétés à louer, personnel compris. Meubles ancestraux, poutres anciennes et sol en terre cuite, on plonge dans une véritable atmosphère savoyarde. Une diversification qui démontre le souci de ce label d'offrir à ses clients toujours plus d'authenticité. Un souci en phase avec les lois du marché " upmarket " : la location de telles propriétés s'inscrit comme la dernière tendance du moment auprès de la clientèle aisée. Mais les Sibuet ne sont pas les seuls bienfaiteurs de Megève. Plusieurs autres facteurs sont à l'origine du succès de cette station véritablement différente. L'un de ceux-ci réside dans sa situation en altitude. Il est en effet prouvé médicalement que 1113 mètres est une altitude propice à la multiplication des globules rouges dans le sang. De fait, on se sent ici dans une forme olympique. Le cadre naturel ajoute aussi à cette sensation de bien-être : Megève n'a rien à voir avec ces stations qui sont des transpositions de la ville à la montagne. La verdure présente sous forme d'épicéas, de sorbiers et d'érables sycomores renforcent l'esprit très village de montagne de l'endroit. Si Megève est devenue ce qu'elle est, elle le doit surtout à plusieurs visionnaires qui ont auréolé la station de gloire. La première est incontestablement la baronne Noémie de Rothschild. C'est elle qui en 1916 a mandaté son professeur de ski norvégien pour qu'il lui trouve un endroit en France où créer une station de ski qui soit l'équivalent de Saint-Moritz en Suisse. But de la man£uvre : pouvoir skier entre gens aisés en évitant les clientèles allemandes et autrichiennes devenues infréquentables pour cause de Première Guerre mondiale. Cinq ans plus tard, le premier palace mégevan voit le jour. Le fameux Palace Hôtel Mont d'Arbois, dont la clientèle compte ce qui se fait de mieux à l'époque : les Citroën, les familles Hachette et Michelin et même le roi Albert Ier de Belgique. Henry-Jacques Le Même est un autre personnage clé qui a laissé son empreinte sur le village. Cet architecte, originaire de Paris et aujourd'hui décédé, a réussi le tour de force de créer une véritable identité architecturale à Megève. Entre 1927 et 1972, il a travaillé sur plus de 1 000 projets dans la station. Avec sa touche unique, il a séduit des clients aussi exigeants et fortunés que Noémie de Rothschild ou l'industriel Marcel Dassault. Là où tant de stations déclinent le béton, Megève possède une série de magnifiques chalets de bois et de pierre. Loin de céder à un caractère rustique brut de décoffrage, Le Même a réussi une synthèse entre des éléments urbains et les composantes décoratives propres à l'univers de la montagne. Sa maison qui se situe à l'orée du village n'a pas bougé d'un iota : elle fait toujours office de manifeste d'architecture contemporaine. Briques roses du dallage, chêne de Hongrie ciré des garde-corps, pierre et tuileaux de la cheminée, la décoration intérieure signe la rencontre entre montagne et l'Art déco. Dans la galerie de portraits des figures de Megève, on ne peut évidemment pas passer à côté de Marc Veyrat, l'un des chefs les plus médiatisés du moment. A la façon des Sibuet pour le bien-être, il s'est servi des richesses de la Haute-Savoie, pour en faire une gastronomie, un art de manger. Le tout sans se laisser embourber dans les travers qui sont parfois ceux de la cuisine régionaliste. Au travers de son restaurant La Ferme de mon Père, Veyrat innove sans cesse : cubisme de foie chaud, sève de sapin, plat au crocus du Mont Charvin... Avec son style unique basé sur les herbes, les racines et les fleurs sauvages, l'assiette Veyrat agit comme un condensé de Megève. Un condensé qui tient pourtant compte de l'air du temps, sa cuisine est diététique qui fait fi du beurre, de la farine et de la crème dans les sauces. Veyrat û c'est sans doute le fil rouge de Megève û cuisine dans une optique de bien-être. Son leitmotiv " La cuisine environnementale est un message de bien-être " le prouve largement. Après lui, la relève est déjà assurée car Emmanuel Renaut, le jeune chef qui monte, a ouvert deux établissements dans le village : le Flocon de Sel qui affiche une étoile au Michelin ainsi que la Brasserie Puck qui propose une nourriture inspirée en version plus décontractée. Megève est tellement riche d'un patrimoine varié qu'on en oublierait presque l'aspect ski. Ce serait dommage car la station décline plus de 420 kilomètres de pistes entre sapins et fermes d'alpage. Si l'on n'est pas au c£ur du plus grand espace de ski européen, on découvre néanmoins 600 hectares de poudreuse en prise directe avec la nature. Le ski s'y veut encore artisanal loin des grosses stations industrielles. Preuve de cette authenticité, Megève a reçu le fameux label " Best of Alps " qui est attribué aux stations des Alpes qui n'ont pas oublié la qualité au détriment de la quantité. Dynamique quant à l'accueil, l'office du tourisme a mis sur pied un sympathique principe d'ambassadeurs. Ces bénévoles qui se trouvent sur les pistes et dans le village sont présents pour pouvoir renseigner les vacanciers à tout moment. Devant tant d'attentions, comment ne pas se sentir bien ? Michel Verlinden