Qui dit été, dit festival. Moutons, pelouse et décibels. Flaques, fric et bouse. Comme tout le monde, j'organise " mon " festival. C'est la moindre des choses de nos jours. Citez-moi le moindre patelin perdu qui ne possède pas son " Machin Chose Rock Festival " ? Je fais pareil. Lorsque chauffent les nuits trop épaisses pour les draps, j'improvise des nuits musicales. Mon site est imparable ...

Qui dit été, dit festival. Moutons, pelouse et décibels. Flaques, fric et bouse. Comme tout le monde, j'organise " mon " festival. C'est la moindre des choses de nos jours. Citez-moi le moindre patelin perdu qui ne possède pas son " Machin Chose Rock Festival " ? Je fais pareil. Lorsque chauffent les nuits trop épaisses pour les draps, j'improvise des nuits musicales. Mon site est imparable : une terrasse de 12 mètres carrés dans les toits couverts d'ardoises naturelles, rafraîchie par les hauts arbres proches et les champs infinis qui tutoient l'horizon. Espace VIP : quelques profonds coussins et la gaieté des guirlandes lumineuses multicolores. Le bar, à trois pas, rempli de vraies boissons dans de vrais verres. Il y a du raisin frais et des Haribo. Mon chat, grand amateur de musique ambiante devant l'éternel, délivre quelques fois des animations divertissantes. Enfin le light-show : la voûte céleste, les constellations, les avions qui font la course aux satellites espions. Rien qu'avec ça, Werchter et compagnie peuvent aller se rhabiller. Mon festival à moi n'a pas de nom, pas de pub à la télé, pas de files, pas de capotes gratuites, pas de bouchons d'oreilles, pas de bouffe du Guatemala et pas de Volkswagen à gagner. Pas non plus de promiscuité gênante. La programmation est aléatoire et n'intéresse personne en dehors de moi. Et mon chat. J'y écoute donc ce que je veux quand je veux et au volume que je veux. C'est un gros travail de préparation, surtout en ce qui concerne les têtes d'affiche. Cette année, ce sera Tengen, artiste ambiant venu de Chine. Aucune info, pas de page Facebook, aucun " like " nulle part. Rien. Un rêve. Le mystère parfait. Son album Blue Queen n'est écoutable que sur BandCamp et, de surcroît, il est gratuit. En plus, il est sublime. J'aurais bien lancé un concours du genre : trois fois deux places à gagner en répondant à une question idiote. Mais mon festival est archi-complet depuis des lunes... JÉRÔME MARDAGA