Il a fait ce métier pour être libre. Si Elvis Pompilio est modiste, c'est parce que ce mode d'expression lui est viscéral. Car l'enfance laisse toujours des traces, qu'il a transcendées. Petit, ce fils de mineur italien venu en Belgique par la grâce, si grâce il y avait, des accords passés entre les gouvernements d'ici et de là-bas, avait choisi le camp du silence et de l'observation - surtout ne pas faire de bruit ni prendre trop de place dans une famille qui n'avait guère attendu cet enfant...

Il a fait ce métier pour être libre. Si Elvis Pompilio est modiste, c'est parce que ce mode d'expression lui est viscéral. Car l'enfance laisse toujours des traces, qu'il a transcendées. Petit, ce fils de mineur italien venu en Belgique par la grâce, si grâce il y avait, des accords passés entre les gouvernements d'ici et de là-bas, avait choisi le camp du silence et de l'observation - surtout ne pas faire de bruit ni prendre trop de place dans une famille qui n'avait guère attendu cet enfant né par hasard, pour ne pas dire par accident et prénommé ainsi parce que l'une de ses soeurs était fan d'Elvis Presley. Patiemment, il s'était constitué un bagage doublé d'un vocabulaire qui ne tient qu'à lui. Il avait des prédispositions pour le dessin, il étudiera les arts plastiques sans oser rêver d'une école de stylisme, il n'en avait pas les moyens. De tout temps, il a soigné ses tenues, chapeaux compris : à 7 ans, il avait demandé à sa mère de lui coudre un pantalon de golf et de lui tricoter un pull-over assorti qu'il avait soigneusement casquetté, Tintin n'avait qu'à bien se tenir. Puis, il avait grandi, quitté Liège, était monté à Bruxelles et avait ouvert son premier workshop avant d'installer son atelier-boutique dans le centre-ville de la capitale. Cela remonte à 1987, faites le calcul. Depuis, il a coiffé Madonna et Axelle Red, Arielle Dombasle et Amélie Nothomb, les dames des cours d'Europe et les silhouettes de Chanel, Véronique Leroy, Veronique Branquinho et Ann Demeulemeester, plus la cohorte des anonymes épris de ses chapeaux souples qui, dès le début, jouent la transformation et se glissent dans les poches. Il s'est même vu décorer de l'Ordre de Léopold ii, catégorie officier, la preuve orne l'un des murs dans son atelier, parmi tant d'autres images, Polaroids, souvenirs, lettres manuscrites, listes et objets d'inspiration. C'est désormais au 437 de l'avenue Louise qu'Elvis Pompilio vit, crée et reçoit dans l'intimité celles et ceux qui font appel à ses services. Il en a profité pour revenir à ses racines, l'artisanat patient, les yeux dans les yeux. Façonnant tout de ses mains habiles, du moule jusqu'aux quelques points qui fixent sa signature sur ses couvre-chefs d'oeuvre, il ralentit le temps devenu ainsi unique. Et n'oublie pas de partager son savoir en accompagnant les étudiants du master Accessoires de La Cambre mode(s) ou des jeunes sur le chemin de la réinsertion, la transmission par capillarité. Respect.