Une ferme dans le quartier des Marolles, c'est une plaisanterie ? Pas du tout. URBI Leaf se découvre comme un projet bruxellois tout ce qu'il y a de réaliste, pour peu que l'on se pose la question de comment nourrir les 9,5 milliards d'individus qui peupleront notre planète en 2050. Située au rez-de-chaussée du Palais du Vin, un magnifique bâtiment Art nouveau construit en 1909, " l'exploitation agricole " en question déroute quiconque a en tête une configuration rurale. Nul tracteur, pas de champ et encore moins de basse-cour derrière les deux grandes vitrines cernées par des châssis vert bouteille. L'agriculture telle que la pratique Anne Colonval (50 ans), épaulée par son compagnon Vincent Stein...

Une ferme dans le quartier des Marolles, c'est une plaisanterie ? Pas du tout. URBI Leaf se découvre comme un projet bruxellois tout ce qu'il y a de réaliste, pour peu que l'on se pose la question de comment nourrir les 9,5 milliards d'individus qui peupleront notre planète en 2050. Située au rez-de-chaussée du Palais du Vin, un magnifique bâtiment Art nouveau construit en 1909, " l'exploitation agricole " en question déroute quiconque a en tête une configuration rurale. Nul tracteur, pas de champ et encore moins de basse-cour derrière les deux grandes vitrines cernées par des châssis vert bouteille. L'agriculture telle que la pratique Anne Colonval (50 ans), épaulée par son compagnon Vincent Steinmetz (57 ans), s'est inventée verticale, elle se compte en mètres cubes plutôt qu'en mètres carrés. Depuis la rue, on la voit s'épanouir dans trois grandes structures métalliques faisant place à des centaines de barquettes, de dimension 14,2 x 9,4 cm, en PET 100% recyclable. Quel est ce nouvel or vert qui grandit à la lueur de lampes LED, à basse consommation, dont le spectre lumineux est calibré au plus proche des besoins des semis ? Des micropousses. " Ce sont des petites plantules, dont le stade de croissance se situe entre la graine germée et la plante adulte, au moment où les premières feuilles apparaissent. On peut les cultiver à partir de la plupart des semences de légumes, de plantes aromatiques, de fleurs comestibles, de légumineuses ou de céréales. Le grand public ne connaît en général que la cressonnette, ce qui est bien dommage ", explique la fondatrice du projet. Pour appuyer son propos, Anne Colonval propose une dégustation. Elle tend une petite tige échevelée. Du pois vert. En bouche, c'est le choc, la madeleine de Proust... cette impression venue en direct de l'enfance de descendre au potager de grand-mère pour y grignoter un petit pois cru. Mais d'autres sensations sont au programme, trente-cinq variétés étant ici cultivées. Il y a les notes douces et fruitées du chou rouge, le piquant de la moutarde wasabi (" Green Frills "), les nuances de noisette du tournesol, le piquant et le poivré de la roquette... On comprend pourquoi 85% de la clientèle d'URBI Leaf sont des chefs. " Certains m'ont même demandé d'installer des étagères de production au sein de leurs restaurants, afin de rétrécir au maximum la distance entre production et dégustation ", commente l'agricultrice. Il reste que l'ambition d'Anne Colonval est de toucher le plus large public possible. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle a fait le choix de s'exposer en toute transparence à la faveur de Food for the Future, un magasin de 70 m2 qui a supplanté la cave en parpaings dans laquelle elle a débuté son activité. En plus d'y proposer sa production et des aliments d'autres artisans 2.0 comme elle, l'intéressée entend organiser des formations en agriculture urbaine. Il est vrai qu'en cumulant avantages nutritionnels - les pousses sont un concentré de saveurs et de nutriments quatre à quarante fois plus riches que leur version adulte - et environnementaux - absence de traitements chimiques, capacité à redonner leur caractère nourricier aux villes... -, les micropousses s'affichent comme la nourriture de demain.