En journalisme, on appelle ça du name dropping, une manoeuvre - à éviter - qui consiste à énumérer des noms, parfois méconnus, dans un article... et à endormir le lecteur par la même occasion. Il n'empêche, il est parfois utile de coucher noir sur blanc une tirade de patronymes, afin de valoriser ces personnes méritantes et leur apport à notre monde.

A fortiori s'il s'agit de femmes pratiquant l'architecture ou le design, des jobs trop souvent réputés masculins. Car ces dernières ont été invisibilisées au cours de l'histoire alors même que leur regard est crucial pour créer des villes plus inclusives.

Saviez-vous par exemple que Claire-Lucile Henrotin (1908) fut la première femme belge diplômée architecte, à La Cambre, en 1930? Elle travailla à repenser la cuisine de manière plus fonctionnelle, ce qui mena au développement du fameux système Cubex - avec le souci de libérer ses paires des contraintes domestiques. Mais les livres ne retinrent souvent que son confrère Louis-Herman De Koninck, en tant qu'initiateur de cette nouvelle manière d'envisager nos fourneaux.

Simone Guillissen-Hoa (1916-1996), elle, fut l'une des premières, dans notre petit pays, à remporter des concours publics. Elle réalisa des dizaines de maisons, mais seules celles qu'elle signa avec Jacques Dupuis, dont l'oeuvre a déjà été largement commentée, sont aujourd'hui mises en lumière... parfois même en oubliant de la citer, elle.

Les architectes femmes ont été invisibilisées au cours de l'histoire alors même que leur regard est crucial pour créer des villes plus inclusives.

Et côté international, les frustrations ne manquent pas non plus! En 1992, l'Américain Robert Venturi reçut le Pritzker Prize, un équivalent à un Nobel en art de bâtir, sans aucune mention de son épouse, Denise Scott Brown (1931), travaillant à ses côtés.

Vingt ans plus tard, ce fut au tour de la Chinoise Lu Wenyu (1966) d'être éclipsée lors de la remise de la prestigieuse récompense à son mari et associé Wang Shu. On pourrait encore citer Florence Knoll (1917-2019) qui reprit l'entreprise au décès de son compagnon, Hans, et parvint à convaincre Mies van der Rohe de lui donner les droits de la fabrication de sa chaise Barcelona. Une avant-gardiste qui ne bénéficia des projecteurs... qu'à sa mort. Ou Charlotte Perriand (1903-1999), qui resta longtemps derrière Le Corbusier, celui-ci s'attribuant même des mérites qui ne lui revenaient pas...

A l'instar de ces cas, nombreuses sont celles qui ont marqué et continuent à modeler nos espaces, souvent dans l'indifférence la plus totale. Comme Anne Rondia, Laura Muyldermans, Li Mei Tsien, Sabine Leribaux, Delphine Péters, Arlette Baumans, Perrine Ernest, Léone Drapeaud... La liste pourrait être très longue et chaque nom dropé ici mérite d'être googlé et découvert.

D'autant que ces conceptrices peuvent susciter des vocations, comme nous le suggère l'architecte nigérienne Mariam Kamara dans ce magazine. "Je ne me vois pas comme une femme architecte. Ce qui m'intéresse, c'est l'architecture. De la même manière, je ne me considère pas forcément comme une architecte africaine. Néanmoins il est très important d'avoir des exemples pour les générations à venir. Le fait de voir un architecte burkinabé comme Francis Kéré avec le succès qu'on lui connaît est la raison pour laquelle je me suis dit que je pourrais faire ce métier. C'est en cela que la représentation est importante." Et le name dropping bien nécessaire aussi. On espère ne pas vous avoir endormi...

LeVif Weekend Black DESIGN ARCHITECTURE est en kiosque à partir du 21 octobre 2022

En journalisme, on appelle ça du name dropping, une manoeuvre - à éviter - qui consiste à énumérer des noms, parfois méconnus, dans un article... et à endormir le lecteur par la même occasion. Il n'empêche, il est parfois utile de coucher noir sur blanc une tirade de patronymes, afin de valoriser ces personnes méritantes et leur apport à notre monde. A fortiori s'il s'agit de femmes pratiquant l'architecture ou le design, des jobs trop souvent réputés masculins. Car ces dernières ont été invisibilisées au cours de l'histoire alors même que leur regard est crucial pour créer des villes plus inclusives. Saviez-vous par exemple que Claire-Lucile Henrotin (1908) fut la première femme belge diplômée architecte, à La Cambre, en 1930? Elle travailla à repenser la cuisine de manière plus fonctionnelle, ce qui mena au développement du fameux système Cubex - avec le souci de libérer ses paires des contraintes domestiques. Mais les livres ne retinrent souvent que son confrère Louis-Herman De Koninck, en tant qu'initiateur de cette nouvelle manière d'envisager nos fourneaux. Simone Guillissen-Hoa (1916-1996), elle, fut l'une des premières, dans notre petit pays, à remporter des concours publics. Elle réalisa des dizaines de maisons, mais seules celles qu'elle signa avec Jacques Dupuis, dont l'oeuvre a déjà été largement commentée, sont aujourd'hui mises en lumière... parfois même en oubliant de la citer, elle. Et côté international, les frustrations ne manquent pas non plus! En 1992, l'Américain Robert Venturi reçut le Pritzker Prize, un équivalent à un Nobel en art de bâtir, sans aucune mention de son épouse, Denise Scott Brown (1931), travaillant à ses côtés. Vingt ans plus tard, ce fut au tour de la Chinoise Lu Wenyu (1966) d'être éclipsée lors de la remise de la prestigieuse récompense à son mari et associé Wang Shu. On pourrait encore citer Florence Knoll (1917-2019) qui reprit l'entreprise au décès de son compagnon, Hans, et parvint à convaincre Mies van der Rohe de lui donner les droits de la fabrication de sa chaise Barcelona. Une avant-gardiste qui ne bénéficia des projecteurs... qu'à sa mort. Ou Charlotte Perriand (1903-1999), qui resta longtemps derrière Le Corbusier, celui-ci s'attribuant même des mérites qui ne lui revenaient pas... A l'instar de ces cas, nombreuses sont celles qui ont marqué et continuent à modeler nos espaces, souvent dans l'indifférence la plus totale. Comme Anne Rondia, Laura Muyldermans, Li Mei Tsien, Sabine Leribaux, Delphine Péters, Arlette Baumans, Perrine Ernest, Léone Drapeaud... La liste pourrait être très longue et chaque nom dropé ici mérite d'être googlé et découvert. D'autant que ces conceptrices peuvent susciter des vocations, comme nous le suggère l'architecte nigérienne Mariam Kamara dans ce magazine. "Je ne me vois pas comme une femme architecte. Ce qui m'intéresse, c'est l'architecture. De la même manière, je ne me considère pas forcément comme une architecte africaine. Néanmoins il est très important d'avoir des exemples pour les générations à venir. Le fait de voir un architecte burkinabé comme Francis Kéré avec le succès qu'on lui connaît est la raison pour laquelle je me suis dit que je pourrais faire ce métier. C'est en cela que la représentation est importante." Et le name dropping bien nécessaire aussi. On espère ne pas vous avoir endormi...