Au-delà des apparences: Frida Kahlo, une icône fashion résolument moderne

Frida Kahlo e1940 © Getty Images

Il y a ses célèbres corsets en plâtre peint, ses tenues de Tehuana, ses médicaments, ses cosmétiques, mais aussi des créations Givenchy ou Erdem inspirées par elle: jamais une exposition à Paris n’a fait revivre autant l’univers de Frida Kahlo.

Que reste-t-il encore à découvrir sur cette artiste superstar à l’image souvent (sur)exploitée? Le Palais Galliera, musée de la mode, présente à partir de jeudi, et jusqu’en mars 2023, Frida Kahlo, au-delà des apparences, avec pour ambition de tisser des liens entre les objets personnels de l’artiste (plus de 200) et son art.

« Nous voulons nous éloigner de l’exotisme qui l’entoure, et que les gens puissent voir qu’elle est bien plus qu’une simple commodité ou image », affirme à l’AFP la commissaire de l’exposition, Circe Henestrosa.

Frida fashionista

Cette exposition est inédite à Paris, où l’artiste s’est rendue en 1939 suite à l’invitation de son ami André Breton. Mais elle a déjà voyagé à Londres, San Francisco, New York et à chaque fois, la commissaire l’adapte en fonction de la ville.

Pour « la capitale de la mode », sont présentées des créations signées Alexander McQueen, Jean-Paul Gaultier ou encore Valentino directement inspirées du style Frida.

Frida Kahlo par Antonio Kahlo, 1946. Collection privée. © Diego Rivera and Frida Kahlo archives, Bank of México, fiduciary in the Frida Kahlo and Diego Rivera Museums Trust

On retrouve une robe avec une cape rappelant le « resplandor », cette coiffe d’inspiration religieuse portée par les femmes de Tehuantepec dans l’Etat mexicain d’Oaxaca; ainsi que des jupes, tuniques, combinaisons ornées de fleurs, tulles et strass et même des corsets en métal.

Modèle Comme des Garçons

Mais le clou de l’exposition reste les effets personnels, que le public français pourra voir pour la première fois.    

Avec d’innombrables photos, télégrammes et lettres, ils avaient été exposés pour la première il y a dix ans à la Casa Azul, sa maison natale, où pendant 50 ans son mari, le peintre Diego Rivera, les avaient gardés dans une malle. 

Prothèse de jambe avec botte en cuir et
soie brodée de motifs chinois.
© Museo Frida Kahlo - Casa Azul collection
- Javier Hinojosa, 2017
Prothèse de jambe avec botte en cuir et soie brodée de motifs chinois. © Museo Frida Kahlo – Casa Azul collection Javier Hinojosa, 2017

Une jambe prothétique avec une botte ornée de broderies chinoises –portée après l’amputation de sa jambe droite–; un corset orthopédique qui ressemble fortement à celui dans son tableau « La Colonne brisée », des corsets peints, dont l’un portant la faucille et le marteau, rappelant ses convictions communistes–, des colliers précolombiens mais aussi des médicaments, témoins de ses souffrances physiques après sa polio et un grave accident de bus.

Frida Kahlo par Florence Arquin, vers 1951.
Collection privée © Diego Rivera and Frida
Kahlo archives, Bank of México, fiduciary in
the Frida Kahlo and Diego Rivera Museums
Trust
Autoportrait
Frida Kahlo par Florence Arquin, vers 1951. Collection privée © Diego Rivera and Frida Kahlo archives, Bank of México, fiduciary in the Frida Kahlo and Diego Rivera Museums Trust Autoportrait

« On ne montre rien que Frida Kahlo n’a pas voulu montrer elle-même », explique la commissaire qui dit avoir voulu s' »éloigner du discours dans les années 80 qui insistait plus sur la victimisation de Kahlo et de son corps ».

« Elle a bien sûr souffert beaucoup physiquement mais on voit à travers cette exposition comme elle utilisait la peinture comme un moyen de convalescence et de production créative », ajoute-t-elle.

« Elle se peignait comme elle s’habillait, elle se faisait photographier comme elle se peignait », poursuit Circe Henestrosa. « Les corsets peints, c’est un acte de rébellion, elle les a convertis en une seconde peau… et pourquoi porter une prothèse laide? Elle allait en faire une botte esthétique, c’est tellement moderne ».  

Frida Kahlo par Julien Levy, vers 1938. Collection privée. © Diego Rivera and Frida Kahlo archives, Bank of México, fiduciary in the Frida Kahlo and Diego Rivera Museums Trust

L’héritage ethniquen une fierté revendiquée

De nombreuses tenues, notamment ses célèbres jupes brodées traditionnelles et ses huipils (tuniques sans manches), sont exposées, aux côtés d’une poignée de tableaux, dont « Le Cadre », première acquisition par l’Etat français d’une oeuvre d’un artiste mexicain.

Frida Kahlo (1907-1954) se serait-elle « appropriée » les tenues originaires de l’isthme de Tehuantepec, où elle n’a pourtant jamais mis les pieds? 

Manteau en coton guatemalais, huipil Mazatec brodé à la main et rubans de satin. © Museo Frida Kahlo – Casa Azul collection Javier Hinojosa, 2017

« Non, c’est son propre héritage, du côté maternel », explique la commissaire en référence à la mère de Frida, une métisse d’origine espagnole et indigène de Oaxaca (proche de l’isthme).

Non seulement elle en était fière, mais elle « a choisi les robes de Tehuana qui viennent d’une société matriarcale (dans l’isthme, ndlr), pour évoquer une femme forte (…) alors que la mode au Mexique dans les années 30, c’était Paris », ajoute encore Mme Henestrosa.

Huipil en coton brodé, jupe en coton impri- mé, galon, volant de dentelle. © Museo Frida Kahlo – Casa Azul collection Javier Hinojosa, 2017

Féministe, cultivant son côté androgyne, « elle perdure car elle a pu briser beaucoup de tabous à travers son corps; évoquant handicap, convictions politiques et son identité +non-binaire+ bien avant les débats d’aujourd’hui », dit-elle.

Frida Kahlo, au-dela des apparences

Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris

10, Avenue Pierre Ier de Serbie, Paris 16e

www.palaisgalliera.paris.fr

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