Maître tailleur, la tendance du deux-pièces s’impose dans les défilés

Gigue © National
Katrien Huysentruyt Journaliste

Il a fait un retour en force lors des dernières Fashion Weeks. Le deux-pièces s’émancipe des bureaux d’avocats poussiéreux et s’offre un relooking tendance, entre cuir, métal, minijupe et autres ourlets effilochés.

Plus récent qu’on ne le pense, le tailleur ne servait pas, à l’origine, à donner une apparence habillée ou professionnelle. Au contraire, inspiré des costumes portés par les femmes du XIXe siècle pour des activités sportives comme l’équitation, le tir à l’arc et la randonnée, il était purement fonctionnel.

Au siècle suivant, le deux-pièces faisait partie intégrante de la garde-robe de tous les jours. Coco Chanel en a alors fait sa marque de fabrique. En 1914, il consistait la plupart du temps en une veste assortie d’une jupe s’arrêtant à la cheville. Dans l’entre-deux-guerres, les vêtements devaient avant tout être pratiques. Cette tenue est donc restée en vogue, mais dans des tissus «masculins» plus robustes et moins chers, et la jupe a été revue pour remonter jusqu’au genou.

Véritable emblême du vestiaire féminin

Lady Di
Lady Di © GETTY IMAGES

Depuis, de nombreux tailleurs ont marqué l’histoire de la mode. Le Chanel rose de Jacky O., taché de sang lors de l’assassinat de John F. Kennedy en 1963 ; les jupes crayon des héroïnes d’Alfred Hitchcock, Kim Novak dans Sueurs froides et Tippi Hedren dans Les Oiseaux ; les deux-pièces portés par Michelle Pfeiffer dans Scarface (1983) ou Melanie Griffith et Sigourney Weaver dans Working Girl (1988).

Julia Roberts a, elle, reçu son premier Golden Globe en 1990 habillée d’un modèle à rayures. L’ensemble à carreaux jaunes emblématique arboré par Alicia Silverstone dans la scène d’ouverture de Clueless (1995) reste, lui aussi, gravé dans les mémoires. Sans oublier les nombreuses pièces revêtues par Lady Di à la fin des années 90.

Michelle Pfeiffer dans Scarface.
Michelle Pfeiffer dans Scarface. © GETTY IMAGES

A cette époque, l’arrivée de nouveaux créateurs a donné à la mode un second souffle, plus individualiste et créatif. Il restait alors peu de place pour les tailleurs guindés et uniformes. Karl Lagerfeld a essayé d’y associer des bijoux volumineux, des bas résille et des gants en cuir, mais rien n’y a fait: cet habit avait acquis une image ringarde, réservée aux femmes d’affaires et aux mamys fortunées lors d’événements caritatifs.

Duo iconique

Diana − redevenue désormais une icône fashion grâce à la série The Crown – et ses contemporains sont sans nul doute une source d’inspiration pour les créateurs d’aujourd’hui, enclins à revisiter le style d’alors, dans la lignée du revival des années 90 que nous traversons.

Mais les couturiers ne sont pas les seuls à se laisser séduire. En temps de crise, le fait de se réfugier dans ses souvenirs d’une époque meilleure ou plus stable est un mécanisme de survie. Ceci, associé aux considérations économiques et à une quête de qualité, nous pousse à reprendre des classiques qui ont fait leurs preuves dans le passé.

Julia June
Julia June © SDP

A noter que le tailleur a amorcé son come-back au printemps dernier, en même temps que le retour au bureau après la crise sanitaire. C’est que le deux-pièces partage de nombreux avantages avec son cousin, le costume féminin: il permet de choisir une tenue complète sans stress le matin, en garantissant un look classe et réfléchi. De plus, le blazer donne aux pantalons et aux jupes un côté puissant sur le lieu de travail. L’heure est au power dressing.

Un air de revanche

Audrey Wyckmans, créatrice de la marque belge Gigue, voit également dans cette tendance un contre-mouvement après le confinement: «Pendant la pandémie, nos clients ont souvent opté pour le modèle de pantalon le plus confortable, généralement en combinaison avec un pull.

Aujourd’hui, l’envie de composer de nouvelles silhouettes pour sortir revient, avec une préférence pour les pièces polyvalentes. Un blazer se porte aussi bien pour aller travailler que de manière plus décontractée le week-end. Cette tenue vous garantit d’être habillé sans l’être trop. Les tissus d’aujourd’hui sont également plus confortables et beaucoup moins rigides. La demande augmente considérablement, et le public est vaste. Il ne se limite plus aux femmes de plus de 40 ans.»

Un ensemble mis au gout du jour

Les tendances en ce début d’année font la part belle à des matières comme le cuir ou le métal (Prada, Versace), des ourlets effilochés ou asymétriques (Dior, Stella McCartney), des mélanges d’imprimés, des coupes moins formelles (Hermès, Christian Wijnants) ou sans manches (Dries Van Noten, Raf Simons). Le blazer s’accorde à la perfection avec une jupe ou un short ultramini. Le minimalisme est parfois poussé si loin que la veste devient la tenue à elle seule (Ganni, Alexander McQueen).

Mais la jupe plus longue est également plébiscitée, notamment chez Chanel. «Cette saison, nous misons principalement sur l’association jupe ou short et blazer, avance Audrey Wyckmans de Gigue. L’ourlet du bas descend juste un peu en dessous de celui du haut. Nous proposons également le duo blazer et jupe longue fluide. Les possibilités sont si nombreuses…. Vous pouvez aussi opter pour un ensemble de la même couleur ou pour un mélange de tissus, de textures et d’imprimés.»

Quant au style plus audacieux, avec des brassières et des crop tops, des semelles compensées ou des bottines, il semble parfois plus adapté à une soirée en boîte de nuit qu’à une réunion professionnelle, tandis que les combinaisons avec des bombers ou des shorts cargo donnent un air combatif, prêt pour l’apocalypse. Mais c’est précisément dans cette innovation que réside la force du tailleur moderne: il est créatif et ne se cantonne plus aux heures de bureau.

Alexander McQueen

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Christian Wijnants

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Christian Wijnants

Stella McCartney

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Stella McCartney

Alexander McQueen

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Christian Wijnants

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Christian Wijnants

Stella McCartney

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Stella McCartney

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