"Never change a winning sales!", lance Yamila Idrissi, la directrice générale du MAD Brussels. D'entrée de jeu, elle souligne ainsi qu'elle a voulu inscrire les ventes de stock rebaptisées "Brussels Fashion & Designers Sales" dans une histoire bruxelloise qui date du mitan des années 90, quand Modo Bruxellae faisait battre le coeur de la ville. "Tout le monde s'en souvient, rappelle-t-elle, et nous voulons continuer à faire vivre cette philosophie-là: promouvoir les jeunes créateurs. D'autant qu'ils en ont besoin, surtout après ces longs mois de confinement - on sait qu'ils ont la tête sous l'eau, on veut leur donner des ailes."

Le principe est simple: le temps d'une joyeuse braderie, du 25 au 27 novembre, quelque quarante designers s'installent dans le très beau bâtiment de ce "Home of creators", plateforme locale d'expertise dans le secteur de la mode et du design. Ils y proposent à la vente tout ce qui leur reste d'invendus des saisons précédentes et y ajoutent les prototypes qui ont servi à bâtir leurs collections. Le tout bradé, parfois jusqu'à 70%. Autant dire que cela sent l'affaire du siècle en un win-win qui fait des heureux: les un.e.s craquant pour de belles pièces soldées, labellisées, parfois uniques, les autres faisant place nette avec apport de trésorerie non négligeable.

Pour cette édition post-Covid tant attendue, le territoire s'est un peu élargi: il comprend également le design made in Brussels, les boutiques-ateliers des talents qui bossent et créent dans la capitale et quelques "institutions" qui seront de la partie. La boutique Stijl, par exemple, avec, à sa tête, Sonja Noël, digne figure de proue de la mode enracinée dans le quartier Dansaert. L'occasion est belle de (re)découvrir son lieu avant-gardiste, névralgique, qui prône la mode belge depuis presque quatre décennies, total respect.

Savoir-faire précieux

A deux trottoirs de là, au numéro 8 de la rue Van Artevelde, derrière une grande vitrine où elle a posé son nom en majuscules, Valérie Berckmans, avec pugnacité, prouve depuis quinze ans que oui, Bruxelles est belle. Malgré son côté foutraque et son chaos apparent qui laissent fort heureusement la place à une grande liberté, à la possibilité d'être soi. Dans sa boutique-atelier, la créatrice expose sa collection éthique, durable et zero waste qu'elle mêle à d'autres propositions également engagées, la maille belgo-péruvienne d'Aymara, la maroquinerie de Michael Guérisse O'Leary, la collection de chaussures d'Atelier Content, plus quelques trésors vintage.

Théo Auquière et Valérie Berckmans., sdp
Théo Auquière et Valérie Berckmans. © sdp

Tout ici communique dans une belle et simple fluidité, à son image ; il suffit de descendre les quelques marches qui mènent à son studio, au sous-sol, pour prendre la mesure de sa réalité. Son bureau fait face à un mur punaisé de souvenirs, de galons, de photos, d'étiquettes, de tout minuscules échantillons de matières et de petits mots d'encouragement: "T'en fais pas, on survivra, dans dix ans, on sera toujours là!" Il y a des portants, des étagères où ranger le stock - "Robe T. 38", "3 boutons Top T. 36", "Robe M.C. T. 42", une table à repasser, un moodboard, un calendrier avec photos noir et blanc de pompiers musclés où inscrire non officiellement la grille horaire de Théo Auquière, son tout jeune et récent coéquipier formé à Liège, à l'HELMo. Sa couturière-patronnière est à pied d'oeuvre, dans la pièce adjacente baignée de lumière qui ruisselle de la rue un étage plus haut.

Le désordre ici est savamment ordonné, chaque chose a sa place, répertoriée, le prix du mètre carré dans la capitale ne permet pas la vacuité. Ni l'amoncellement des archives, voilà pourquoi ces "sales" comptent dans la vie d'un label bruxellois qui entend résolument ne pas ajouter de la pollution à la pollution. Fidèle à sa philosophie, Valérie Berckmans additionne dans chacun de ses vêtements des atouts qu'il faut surligner. Avec elle, il est hors de question de produire en masse, de ne pas réutiliser le moindre centimètre de tissu, d'où sa collection enfant et sa lingerie douce et bio créées à partir de ses chutes. Il est également impératif de sauvegarder les savoir-faire précieux des petites mains basées en Belgique sans qui elle ne serait rien. Enfin, il importe de veiller à ne pas être "élitiste", de permettre à chacun.e de s'offrir une pièce "propre" au sens éthique et écologique, bien pensée et bien cousue localement. Alors pour toutes ces raisons, inscrite dans le parcours des Brussels Fashion & Designers Sales, elle ouvre les portes de son atelier en cette fin novembre de soldes particuliers, pour mieux accueillir les visiteuses d'un jour, et plus si affinités. Be Brussels, be curious.

Brussels Fashion & Designer Sales

--à Bruxelles

"On désire mettre en lumière des marques créatives et qualitatives, durables, inclusives et innovantes, précise Dieter Van Den Storm, directeur artistique au MAD Brussels. Et l'on veut aussi montrer la richesse des ateliers bruxellois. La liste est donc éclectique, à l'image de la capitale." Lors de ces ventes, certains créateurs invitent à pousser la porte de leur atelier: Max & Lola, Slip Belge, Julie Menuge, Janue, Kinju Brussels et Valérie Berckmans. Tandis qu'au MAD, 10, place du Nouveau Marché aux Grains, on retrouvera un peu de design et les collections des saisons précédentes d'une quarantaine de labels à petits prix, allant parfois jusqu'à 70% de réduction. L'occasion de se refaire une garde-robe noir-jaune-rouge avec les archives d'Annemie Verbeke (attention collectors), les manteaux double face d'Ireene, la flamboyance badass des Filles à Papa, la maille belge de Stéphanie Anspach, les lunettes durables de Komono ou les pièces souvent uniques d'Erratum Fashion qui met à l'honneur les textiles africains et apparentés - Delphine de Saxe-Cobourg les a affichés avec panache le 21 juillet dernier.

Brussels Fashion & Designers Sales. Le 25 novembre, de 17 à 21 heures, les 26 et 27, de 11 à 19 heures. Consultez ici la liste des créateurs de mode et de design présents

Designer Sales

--à Anvers

Depuis que les créateurs formés à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers brillent sur la scène internationale, depuis la fin des années 80 donc, la ville portuaire vaut vraiment le détour quand il s'agit de faire du shopping. A fortiori durant les Designer Sales. Du 15 au 21 novembre, 30 maisons y proposent leurs collections des saisons précédentes à prix cassé, jusqu'à 70% parfois. L'occasion d'upgrader son vestiaire avec du Dries Van Noten, fleuron de la mode belge depuis trente-cinq ans, avec les chaussures si bien calibrées d'Ellen Verbeek, l'atemporalité parfaite de Toos Franken, la lingerie sans frontières de La Fille d'O, la maille de Christian Wijnants, le sens des détails subtils de Stephan Schneider, le tailoring impeccable de Tim Van Steenbergen, la poésie de Dirk Van Saene ou l'engagement bigarré de Walter Van Beirendonck.

Designer Sales, du 15 au 21 novembre. Consultez ici la liste des créateurs de mode et de design présents

"Never change a winning sales!", lance Yamila Idrissi, la directrice générale du MAD Brussels. D'entrée de jeu, elle souligne ainsi qu'elle a voulu inscrire les ventes de stock rebaptisées "Brussels Fashion & Designers Sales" dans une histoire bruxelloise qui date du mitan des années 90, quand Modo Bruxellae faisait battre le coeur de la ville. "Tout le monde s'en souvient, rappelle-t-elle, et nous voulons continuer à faire vivre cette philosophie-là: promouvoir les jeunes créateurs. D'autant qu'ils en ont besoin, surtout après ces longs mois de confinement - on sait qu'ils ont la tête sous l'eau, on veut leur donner des ailes." Le principe est simple: le temps d'une joyeuse braderie, du 25 au 27 novembre, quelque quarante designers s'installent dans le très beau bâtiment de ce "Home of creators", plateforme locale d'expertise dans le secteur de la mode et du design. Ils y proposent à la vente tout ce qui leur reste d'invendus des saisons précédentes et y ajoutent les prototypes qui ont servi à bâtir leurs collections. Le tout bradé, parfois jusqu'à 70%. Autant dire que cela sent l'affaire du siècle en un win-win qui fait des heureux: les un.e.s craquant pour de belles pièces soldées, labellisées, parfois uniques, les autres faisant place nette avec apport de trésorerie non négligeable. Pour cette édition post-Covid tant attendue, le territoire s'est un peu élargi: il comprend également le design made in Brussels, les boutiques-ateliers des talents qui bossent et créent dans la capitale et quelques "institutions" qui seront de la partie. La boutique Stijl, par exemple, avec, à sa tête, Sonja Noël, digne figure de proue de la mode enracinée dans le quartier Dansaert. L'occasion est belle de (re)découvrir son lieu avant-gardiste, névralgique, qui prône la mode belge depuis presque quatre décennies, total respect.A deux trottoirs de là, au numéro 8 de la rue Van Artevelde, derrière une grande vitrine où elle a posé son nom en majuscules, Valérie Berckmans, avec pugnacité, prouve depuis quinze ans que oui, Bruxelles est belle. Malgré son côté foutraque et son chaos apparent qui laissent fort heureusement la place à une grande liberté, à la possibilité d'être soi. Dans sa boutique-atelier, la créatrice expose sa collection éthique, durable et zero waste qu'elle mêle à d'autres propositions également engagées, la maille belgo-péruvienne d'Aymara, la maroquinerie de Michael Guérisse O'Leary, la collection de chaussures d'Atelier Content, plus quelques trésors vintage. Tout ici communique dans une belle et simple fluidité, à son image ; il suffit de descendre les quelques marches qui mènent à son studio, au sous-sol, pour prendre la mesure de sa réalité. Son bureau fait face à un mur punaisé de souvenirs, de galons, de photos, d'étiquettes, de tout minuscules échantillons de matières et de petits mots d'encouragement: "T'en fais pas, on survivra, dans dix ans, on sera toujours là!" Il y a des portants, des étagères où ranger le stock - "Robe T. 38", "3 boutons Top T. 36", "Robe M.C. T. 42", une table à repasser, un moodboard, un calendrier avec photos noir et blanc de pompiers musclés où inscrire non officiellement la grille horaire de Théo Auquière, son tout jeune et récent coéquipier formé à Liège, à l'HELMo. Sa couturière-patronnière est à pied d'oeuvre, dans la pièce adjacente baignée de lumière qui ruisselle de la rue un étage plus haut. Le désordre ici est savamment ordonné, chaque chose a sa place, répertoriée, le prix du mètre carré dans la capitale ne permet pas la vacuité. Ni l'amoncellement des archives, voilà pourquoi ces "sales" comptent dans la vie d'un label bruxellois qui entend résolument ne pas ajouter de la pollution à la pollution. Fidèle à sa philosophie, Valérie Berckmans additionne dans chacun de ses vêtements des atouts qu'il faut surligner. Avec elle, il est hors de question de produire en masse, de ne pas réutiliser le moindre centimètre de tissu, d'où sa collection enfant et sa lingerie douce et bio créées à partir de ses chutes. Il est également impératif de sauvegarder les savoir-faire précieux des petites mains basées en Belgique sans qui elle ne serait rien. Enfin, il importe de veiller à ne pas être "élitiste", de permettre à chacun.e de s'offrir une pièce "propre" au sens éthique et écologique, bien pensée et bien cousue localement. Alors pour toutes ces raisons, inscrite dans le parcours des Brussels Fashion & Designers Sales, elle ouvre les portes de son atelier en cette fin novembre de soldes particuliers, pour mieux accueillir les visiteuses d'un jour, et plus si affinités. Be Brussels, be curious.