Mercredi 25 novembre, au terme de plus de sept heures de discussions, Angela Merkel et les 16 Etats régionaux ont décidé de se tourner vers l'Europe, dont l'Allemagne assure jusqu'à la fin de l'année la présidence du Conseil. Interdire les séjours au ski fait partie de mesures de restrictions annoncées ou prolongées contre le Covid-19, dont la fermeture des restaurants, bars ou encore lieux culturels et clubs de sports jusqu'à début janvier.

La chancelière s'explique sur cette décision: "Nous devons encore faire des efforts (...) le nombre d'infections quotidiennes se situe encore à un niveau beaucoup trop élevé". Le taux d'infection en Allemagne atteignait ainsi mercredi 139,6 pour 100.00 habitants, loin de l'objectif de 50/100.000. La barre du million de cas officiellement recensés devrait être franchie dans les tout prochains jours.

L'Allemagne plaide pour une interdiction générale en Europe

Dans ce contexte, les Allemands sont fermement invités à ne pas se rendre à l'étranger durant les fêtes de Noël et à proscrire les séjours de ski. "Il convient d'éviter tous les déplacements professionnels et privés non essentiels, en particulier les déplacements touristiques, y compris les déplacements à l'étranger en vue de la saison de ski", stipule le texte négocié par Mme Merkel et les 16 Länder. Mais ce n'est pas tout: "Le gouvernement est invité à travailler au niveau européen pour que le tourisme de ski ne soit pas autorisé avant le 10 janvier", ajoute le texte.

Interrogée sur la démarche que va mener l'Allemagne auprès de l'UE, la chancelière a toutefois reconnu que ce n'était pas gagné

"Je vais être honnête avec vous, ce ne sera probablement pas facile, mais nous allons essayer". Angela Merkel

Concurrence déloyale

La Bavière, dans le sud-est de l'Allemagne, avait devancé cette interdiction mise en garde en annonçant mardi la fermeture de ses stations à Noël.

"Nous ne pouvons tout simplement pas passer des vacances de ski classiques", avait justifié Markus Söder, dirigeant conservateur de cette région, invitant les autres pays européens à faire de même.

Aussi belle sous le soleil que sous la neige., iStockphoto
Aussi belle sous le soleil que sous la neige. © iStockphoto

La Bavière et ses pistes sont particulièrement prisées durant les fêtes de fin d'années par de nombreux vacanciers allemands et étrangers. M. Söder, un des favoris pour succéder en 2021 à Mme Merkel à la chancellerie, avait plaidé dès mardi pour la mise en place d'un accord européen pour éviter une concurrence déloyale pour attirer les skieurs.

"Je préférerais avoir un accord commun au niveau européen: pas de remontées mécaniques ouvertes, pas de vacances (de ski) nulle part", avait-il martelé.

"Je préférerais avoir un accord commun au niveau européen: pas de remontées mécaniques ouvertes, pas de vacances (de ski) nulle part"

France et Italie suivent l'exemple allemand

L'Italie et la France ont pris des mesures similaires, suscitant la colère des professionnels du secteur.

En France, un protocole sanitaire était pourtant peaufiné depuis des semaines en cas de réouverture des stations, un enjeu crucial pour le secteur de l'or blanc - 350 stations en France, 10 milliards de retombées économiques, 120.000 emplois saisonniers - qui réalise 13,5% de sa fréquentation lors de l'avant-saison et 13% environ à Noël.

Mais c'est aussi là qu'un des premiers foyers épidémiques avait été identifié l'hiver dernier, aux Contamines, près de la frontière suisse.

L'Autriche fermement opposée à la fermeture généralisée

"Ce serait absolument catastrophique non seulement pour nous, mais pour le pays tout entier", a déclaré à l'AFP le député conservateur Franz Hörl, directeur de l'Association des exploitants de remontées mécaniques. L'interdiction proposée par l'Allemagne pourrait menacer environ un tiers des revenus annuels de l'industrie des sports d'hiver dans les 250 stations du pays alpin, qui réalisent une grande partie de leurs bénéfices pendant les fêtes de fin d'année.

"Nous vivons du tourisme non pas à 100%, mais à 110%", souligne Andreas Steibl, responsable du tourisme de la station d'Ischgl, qui redoute le spectre d'une saison blanche. Rappelons qu'Ischgl a été un important foyer de contamination en mars dernier, des skieurs venus de toute l'Europe y ont été contaminés.

Station d'Ischgl en Autriche, Getty Images
Station d'Ischgl en Autriche © Getty Images

Selon le ministre conservateur des Finances, le maintien à l'arrêt des infrastructures entraînerait une perte de deux milliards d'euros. "Si l'UE veut vraiment cela, alors elle devra payer", a estimé Gernot Blümel, laissant entendre que son pays réclamerait des indemnisations.

Chaque hiver, les pentes enneigées de la province du Tyrol attirent à elles seules plus de six millions de touristes. Les acteurs locaux et le gouvernement ont investi plusieurs millions d'euros pour sécuriser sur un plan sanitaire la saison 2020/2021, après l'émergence d'un foyer de contaminations en mars à Ischgl, l'un des villages huppés de l'ouest du pays.

"Si l'Allemagne nous place en zone à risque, alors c'est même pas la peine de penser à rouvrir"

Bien que l'Autriche soit à nouveau confinée jusqu'au 7 décembre, ses remontées mécaniques prévoyaient de redémarrer à temps pour Noël, à l'inverse de leurs concurrentes françaises et italiennes.

Alors que les touristes originaires d'Allemagne génèrent à eux seuls 50% des nuitées dans le Tyrol, la chancelière Angela Merkel a exhorté ses concitoyens à renoncer aux plaisirs de la glisse cette saison. Une déclaration "potentiellement fatale" pour Anna Griesser, responsable des relations publiques du domaine skiable sur le glacier du Pitztal."Si l'Allemagne nous place en zone à risque, alors c'est même pas la peine de penser à rouvrir" , a-t-elle estimé.

Fermer les stations de ski? Pas question pour la Finlande

L'idée proposée par la chancelière Angela Merkel de fermer cette année les stations de ski en Europe pour éviter un nouveau rebond des contaminations de Covid-19 serait "fatale" pour certains secteurs de l'économie finlandaise, a protesté vendredi le ministère finlandais de l'Economie.

"Ici en Finlande, la majorité des personnes qui fréquentent nos stations de ski sont des gens du pays. Ce serait très bizarre de fermer ces stations alors que la situation dans notre pays en ce qui concerne le virus est loin d'être aussi mauvaise que dans d'autres pays européens", a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère Mika Lintila.

A la frontière finlandaise, Belga
A la frontière finlandaise © Belga

Une telle décision serait "un coup mortel" pour l'industrie du tourisme en Laponie, où se trouvent les stations les plus populaires. "Il est tout à fait possible de respecter les distances nécessaires sur les pistes et dans les remonte-pentes. Il y a beaucoup d'endroits plus dangereux que les stations de ski", a affirmé de son côté le responsable de l'Association finlandaise des régions de ski, Harri Lindfors.

La Suède plutôt pour ne pas fermer

En Suède, un épidémiologiste des services de santé de l'Etat, Anders Tegnell, a également estimé que son pays n'avait pas besoin de fermer ses stations de ski. "Il faut se souvenir qu'il y a une grande différence entre les stations de ski que nous avons dans le nord et celles que vous avez dans les Alpes", a-t-il déclaré.

Mercredi 25 novembre, au terme de plus de sept heures de discussions, Angela Merkel et les 16 Etats régionaux ont décidé de se tourner vers l'Europe, dont l'Allemagne assure jusqu'à la fin de l'année la présidence du Conseil. Interdire les séjours au ski fait partie de mesures de restrictions annoncées ou prolongées contre le Covid-19, dont la fermeture des restaurants, bars ou encore lieux culturels et clubs de sports jusqu'à début janvier.La chancelière s'explique sur cette décision: "Nous devons encore faire des efforts (...) le nombre d'infections quotidiennes se situe encore à un niveau beaucoup trop élevé". Le taux d'infection en Allemagne atteignait ainsi mercredi 139,6 pour 100.00 habitants, loin de l'objectif de 50/100.000. La barre du million de cas officiellement recensés devrait être franchie dans les tout prochains jours.Dans ce contexte, les Allemands sont fermement invités à ne pas se rendre à l'étranger durant les fêtes de Noël et à proscrire les séjours de ski. "Il convient d'éviter tous les déplacements professionnels et privés non essentiels, en particulier les déplacements touristiques, y compris les déplacements à l'étranger en vue de la saison de ski", stipule le texte négocié par Mme Merkel et les 16 Länder. Mais ce n'est pas tout: "Le gouvernement est invité à travailler au niveau européen pour que le tourisme de ski ne soit pas autorisé avant le 10 janvier", ajoute le texte.Interrogée sur la démarche que va mener l'Allemagne auprès de l'UE, la chancelière a toutefois reconnu que ce n'était pas gagnéLa Bavière, dans le sud-est de l'Allemagne, avait devancé cette interdiction mise en garde en annonçant mardi la fermeture de ses stations à Noël."Nous ne pouvons tout simplement pas passer des vacances de ski classiques", avait justifié Markus Söder, dirigeant conservateur de cette région, invitant les autres pays européens à faire de même.La Bavière et ses pistes sont particulièrement prisées durant les fêtes de fin d'années par de nombreux vacanciers allemands et étrangers. M. Söder, un des favoris pour succéder en 2021 à Mme Merkel à la chancellerie, avait plaidé dès mardi pour la mise en place d'un accord européen pour éviter une concurrence déloyale pour attirer les skieurs."Je préférerais avoir un accord commun au niveau européen: pas de remontées mécaniques ouvertes, pas de vacances (de ski) nulle part", avait-il martelé.L'Italie et la France ont pris des mesures similaires, suscitant la colère des professionnels du secteur.En France, un protocole sanitaire était pourtant peaufiné depuis des semaines en cas de réouverture des stations, un enjeu crucial pour le secteur de l'or blanc - 350 stations en France, 10 milliards de retombées économiques, 120.000 emplois saisonniers - qui réalise 13,5% de sa fréquentation lors de l'avant-saison et 13% environ à Noël.Mais c'est aussi là qu'un des premiers foyers épidémiques avait été identifié l'hiver dernier, aux Contamines, près de la frontière suisse."Ce serait absolument catastrophique non seulement pour nous, mais pour le pays tout entier", a déclaré à l'AFP le député conservateur Franz Hörl, directeur de l'Association des exploitants de remontées mécaniques. L'interdiction proposée par l'Allemagne pourrait menacer environ un tiers des revenus annuels de l'industrie des sports d'hiver dans les 250 stations du pays alpin, qui réalisent une grande partie de leurs bénéfices pendant les fêtes de fin d'année."Nous vivons du tourisme non pas à 100%, mais à 110%", souligne Andreas Steibl, responsable du tourisme de la station d'Ischgl, qui redoute le spectre d'une saison blanche. Rappelons qu'Ischgl a été un important foyer de contamination en mars dernier, des skieurs venus de toute l'Europe y ont été contaminés.Selon le ministre conservateur des Finances, le maintien à l'arrêt des infrastructures entraînerait une perte de deux milliards d'euros. "Si l'UE veut vraiment cela, alors elle devra payer", a estimé Gernot Blümel, laissant entendre que son pays réclamerait des indemnisations.Chaque hiver, les pentes enneigées de la province du Tyrol attirent à elles seules plus de six millions de touristes. Les acteurs locaux et le gouvernement ont investi plusieurs millions d'euros pour sécuriser sur un plan sanitaire la saison 2020/2021, après l'émergence d'un foyer de contaminations en mars à Ischgl, l'un des villages huppés de l'ouest du pays.Bien que l'Autriche soit à nouveau confinée jusqu'au 7 décembre, ses remontées mécaniques prévoyaient de redémarrer à temps pour Noël, à l'inverse de leurs concurrentes françaises et italiennes. Alors que les touristes originaires d'Allemagne génèrent à eux seuls 50% des nuitées dans le Tyrol, la chancelière Angela Merkel a exhorté ses concitoyens à renoncer aux plaisirs de la glisse cette saison. Une déclaration "potentiellement fatale" pour Anna Griesser, responsable des relations publiques du domaine skiable sur le glacier du Pitztal."Si l'Allemagne nous place en zone à risque, alors c'est même pas la peine de penser à rouvrir" , a-t-elle estimé. L'idée proposée par la chancelière Angela Merkel de fermer cette année les stations de ski en Europe pour éviter un nouveau rebond des contaminations de Covid-19 serait "fatale" pour certains secteurs de l'économie finlandaise, a protesté vendredi le ministère finlandais de l'Economie."Ici en Finlande, la majorité des personnes qui fréquentent nos stations de ski sont des gens du pays. Ce serait très bizarre de fermer ces stations alors que la situation dans notre pays en ce qui concerne le virus est loin d'être aussi mauvaise que dans d'autres pays européens", a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère Mika Lintila.Une telle décision serait "un coup mortel" pour l'industrie du tourisme en Laponie, où se trouvent les stations les plus populaires. "Il est tout à fait possible de respecter les distances nécessaires sur les pistes et dans les remonte-pentes. Il y a beaucoup d'endroits plus dangereux que les stations de ski", a affirmé de son côté le responsable de l'Association finlandaise des régions de ski, Harri Lindfors.En Suède, un épidémiologiste des services de santé de l'Etat, Anders Tegnell, a également estimé que son pays n'avait pas besoin de fermer ses stations de ski. "Il faut se souvenir qu'il y a une grande différence entre les stations de ski que nous avons dans le nord et celles que vous avez dans les Alpes", a-t-il déclaré.