Au coeur du parc national de Nuuksio, nous sommes accueillis par Annu, qui nous prie de ranger notre ordinateur au fond de notre valise. " Le but, ici, est de se laisser aller à ce que nous appelons la mökki life. C'est un peu l'équivalent de la hygge danoise, mais dans une cabane en bois qui, justement, porte le nom de mökki. " Il faut très peu de temps pour obéir : une détox numérique dans un décor dominé par les lacs et les forêts, c'est presque une évidence. C'est donc assez naturellement que l'on adopte le rythme des lieux, imposé par le calme d'une nature baignée de lumière douce.
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Au coeur du parc national de Nuuksio, nous sommes accueillis par Annu, qui nous prie de ranger notre ordinateur au fond de notre valise. " Le but, ici, est de se laisser aller à ce que nous appelons la mökki life. C'est un peu l'équivalent de la hygge danoise, mais dans une cabane en bois qui, justement, porte le nom de mökki. " Il faut très peu de temps pour obéir : une détox numérique dans un décor dominé par les lacs et les forêts, c'est presque une évidence. C'est donc assez naturellement que l'on adopte le rythme des lieux, imposé par le calme d'une nature baignée de lumière douce. Au bord du lac Kaitalampi, une mer de sapins et de bouleaux s'étale à perte de vue. En quelques minutes, on a le sentiment de faire ici le plein d'oxygène pour au moins une année entière. Avant de partir à la découverte de Nuuksio, un petit détour est suggéré par le Haltia Nature Center, histoire d'approfondir ses connaissances sur la région, se familiariser avec les différents types de paysages de la Finlande - entre l'archipel éparpillé à la pointe sud et les sommets enneigés du Grand Nord, c'est bien plus varié qu'on ne le soupçonne -, mais aussi découvrir le fonctionnement d'un écosystème assez complexe où le jour et la nuit sont des notions hautement élastiques. On le sait, là-bas, les nuits n'existent pas vraiment, tandis que les hivers sont (très) obscurs... Après un rapide plongeon matinal dans un lac gelé, nous filons en randonnée dans le parc national. Accompagnés de Kaisa, la soeur d'Annu, on en profite pour glaner (encore) quelques infos précieuses. Exemples : ici, on compte environ 4,5 hectares de forêt... par habitant (contre 0,07 à peine en Belgique), tandis que le droit à la nature - qui permet à tout le monde d'y circuler librement - est carrément inscrit dans la loi. Laissant derrière nous une immense étendue de conifères, nous nous engageons dans une zone plus marécageuse dont le sol spongieux donne l'impression de marcher sur des coussins. Parfois, l'eau nous monte jusqu'aux chevilles. Ici ou là, nous cueillons des baies et des bourgeons de sapin qui agrémenteront la salade du soir. C'est l'un des plaisirs de la mökki life : la cuisine au feu de bois sur les rives du lac. Au passage, Kaisa promet de nous fabriquer une vihta, un bouquet de branches et feuilles de bouleau avec lequel on " frappe " les flancs de notre corps afin de stimuler la circulation sanguine. Une pratique très courante dans les plus de 3 millions de saunas que compte le pays. Autre denrée à dénicher pour le repas : l'inévitable saumon. Hélas, nous attendrons deux heures au bord de l'eau avant d'abandonner. Matti, le frère de la famille, jouera le bon Samaritain en nous rapportant un colosse pêché le matin même. Et qui n'attend plus que son fumage. Un jeu d'enfant : il suffit de jeter sur le feu de bois une boîte en métal avec une poignée de copeaux de bois, un morceau de sucre, de l'huile et quelques bourgeons de sapin, et le tour est joué. Une demi-heure plus tard, on se régale. En contemplant le lac, assis sur un tronc d'arbre, nous commençons doucement à comprendre la philosophie et les bienfaits de la mökki life. Le vent est calme, l'eau est impassible et, autour, il n'y a pas âme qui vive. A 21 heures, la lumière est plus belle que jamais, et c'est avec bonheur que l'on plonge les yeux dans les reflets des flots. Puis nous rejoignons notre cabane avec, déjà, de jolies images plein la tête... Le lendemain, notre itinéraire traverse un paysage ondoyant d'un vert vif qui, à certains endroits, offre une étroite ouverture sur le gigantesque lac Saimaa - le plus grand de Finlande, entend-on souvent, même s'il s'agit en réalité d'un ensemble de plusieurs centaines de lacs plus petits. Nous sommes ici en Carélie, une région qui s'étendait jadis jusqu'au gigantesque lac Ladoga, avant d'être en grande partie absorbée par la Russie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les routes semblent à l'abandon. Les fenêtres grandes ouvertes, nous nous octroyons une sorte de séance de méditation gracieusement offerte par le silence de la nature... Jusqu'à ce que, soudainement, notre rêverie soit interrompue par une multitude d'oiseaux s'égaillant dans une cacophonie de cris. Effrayés par un glouton ? Un lynx ? Des loups ? La réponse arrive quelques secondes plus tard, lorsque nous apercevons la silhouette imposante d'un élan qui nous fixe depuis la lisière des arbres. Nous avançons encore un peu plus vers l'est, où l'influence russe est plus palpable dans l'humeur décontractée et joviale de la population. L'occasion de se rappeler que la Finlande, avant d'être indépendante, est restée durant six siècles sous le joug de la Suède, puis une centaine d'années sous celui de la Russie. Nous rencontrons Sirpa, propriétaire de la ferme vinicole d'Ollinmäen, à Anttola. En guise d'accueil, elle décide de nous faire goûter " un peu " de vin... et pose d'emblée plusieurs bouteilles sur la table. La dame nous explique que l'absence de raisins n'empêche pas les Finlandais de s'essayer à la viticulture. La technique : appliquer le savoir-faire du sud de l'Europe aux baies et aux pommes issues de leur propre terroir. Ainsi, à Ollinmäen, depuis 1995, on produit des vins de fruits qui ne sont pas du tout désagréables au palais. Surprenant, mais savoureux. Sirpa rigole quand on lui explique que l'on doit conduire, avant de débarquer avec des liqueurs de bourgeons de sapin et de résine - que nous ne goûterons pas afin de n'abîmer aucun arbre à notre retour. Le chalet étant à la mökki life ce que l'aneth est au saumon, tout Finlandais qui se respecte possède - à tout le moins en rêve - sa propre maisonnette au bord d'un lac. Dans la mesure où aucune loi n'interdit d'en faire des hébergements 5-étoiles, ce ne sont pas les choix de nuitées qui manquent, et certains d'entre eux possèdent un véritable cachet au design aussi cosy que soigné. La majorité des locaux adorent y passer leurs propres vacances d'été, enfilant leur chemise de bûcheron - ce n'est pas du tout un cliché - pour savourer les petits et grands bonheurs de la vie en plein air. Généralement, près des enseignes touristiques, les activités ne manquent pas. Ce jour-là, Tina nous emmène en kayak, avec pour objectif de profiter intensément du spectacle du soleil couchant, en se rendant au milieu du lac afin d'observer la pleine lune nimbée d'une aura orangée sur fond de ciel bleu. On a alors l'impression de se plonger dans un tableau de Paul Delvaux. Les rayons caressent le miroir de l'eau et, tandis que nous laissons paisiblement dériver notre embarcation, notre reflet nous accompagne entre les îlots. La bouche bée, nous confions notre chemin aux cieux, qui n'en finissent pas d'inventer des nuances et des teintes. Lorsque nous reprenons notre pagaie en mains, c'est pour écouter le chant des oiseaux qui s'égosillent et, avec regret, nous rappellent qu'à un moment donné, il faut quand même rentrer se coucher. En Finlande, tout le monde a son propre bateau ou, en tous cas, un ami qui en possède un. Harri, notre guide pour la journée, nous propose de découvrir les joies du sport le plus pratiqué du pays : la pêche. Il nous propose même de choisir : au leurre, à la mouche ou au chalut. Nous optons pour la ligne, qui semble assez proche de notre tranquillité convoitée depuis quelques jours. Nous en profiterons pour partir à la recherche des phoques annelés, l'une des seules espèces vivant en eau douce après s'être retrouvée à une époque accidentellement coupée de la mer. Sachant qu'il n'en reste que quatre cents environ, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Notre ligne, elle, n'a pas de chance : les gros brochets se cachent, et nous devrons nous contenter d'un menu fretin qui ne mérite même pas une photo-souvenir. Mais c'est cela aussi, la mökki life : apprécier l'attente, savourer la patience, pique-niquer sur le bateau, et écouter les histoires de pêcheurs à dormir debout. Tout cela en savourant un bon " petit noir ", les Finlandais figurant parmi les plus grands buveurs de café au monde. Ce fut une heureuse surprise d'apprendre que la Finlande compte pas mal de châteaux médiévaux. Pour la visite, nous avons choisi le mieux conservé de toute l'Europe du Nord : la forteresse d'Olaf, à Savonlinna. Construit en 1475 sur un îlot du lac Saimaa, l'édifice se dresse à un ancien point stratégique, à un jet de pierre de la Russie. Chaque année, en juillet, s'y tient un prestigieux festival d'opéra où se ruent les célébrités, transformant soudain la modeste ville attenante en l'un des lieux les plus branchés de l'est du pays. Après une promenade parmi les remparts et les douves, c'est un plaisir culinaire qui nous attend : la dégustation d'un muikku (corégone), un petit poisson d'eau douce frit dans une généreuse dose de beurre. Une sorte de junkfood locale, mais réputée riche en Oméga-3. Et surtout, il paraît que personne n'a le droit de quitter la Finlande sans l'avoir goûtée. On s'exécute. Puis nous décidons d'achever notre aventure lacustre du côté d'Ukko-Koli, le plus haut sommet du parc national de Koli. Une magnifique découverte, puisque c'est sans doute là que nous admirons le plus beau panorama du voyage : celui du lac de Pielinen, avec ses innombrables îles qui sommeillent au large et, comme nous, s'accrochent fermement à la beauté du décor.