En collaboration avec la Tate Modern de Londres, le Centre Pompidou, à Paris, propose une exposition rétrospective de l’ouvre de Louise Bourgeois, une des artistes les plus importantes de notre temps. Et des plus fécondes aussi. La grande dame de l’art contemporain – qui vit à New York depuis la fin des années 1930 – a ouvert à Weekend les portes de sa maison de Chelsea et de son atelier de Brooklyn. Découvrez, en exclusivité, son univers intime.

New York. A Chelsea, à quelques pas de l’Hudson, la 20e rue, plantée d’arbres, est bordée par de petites maisons. L’une d’elles, qui avait autrefois hébergé un photographe, après avoir servi de bureau aux marins du port voisin, est la demeure de Louise Bourgeois. Un home sweet home tout entier voué à l’art, à la création et à la discussionà

Née à Paris, le 25 décembre 1911, Louise Bourgeois vit à New York depuis 1938.  » Son £uvre, entre figuration et abstraction, obéit à une logique subjective basée sur l’émotion, la mémoire, la réactivation de souvenirs d’enfance « , épinglent les organisateurs de la grande exposition qui lui est actuellement consacrée au Centre Pompidou, à Paris (*).  » Quant à Marie-Laure Bernadac, sa biographe, elle souligne que Louise Bourgeois est devenue en quelques années, et malgré elle, un phénomène, un cas particulier de l’histoire de l’art, au point que la légende du personnage a tendance parfois à occulter la portée esthétique de l’£uvre. « 

Septuagénaire, après avoir lentement mûri son £uvre, et n’avoir jusque-là rencontré que des succès modestes, l’artiste gagne enfin la reconnaissance internationale. Elle aura incarné toutes les époques du long siècle qu’elle a traverséà Car cette délicieuse vieille dame s’identifie à l’£uvre inséparable de sa vie : admirable, foisonnante, sans cesse renouvelée.

 » Les gens heureux n’ont rien à dire « , a coutume d’affirmer Louise Bourgeoisà qui se raconte depuis plus de nonante-six ans ! Elle  » dit  » tout ce qui l’anime à travers ses peintures, mais, avant tout, depuis une vingtaine d’années, par ses sculptures, parfois monumentales, et par de savantes  » installations « , genre dont elle a été, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une des pionnières.

Si elle a été l’élève de Fernand Léger (1881-1955),  » le pionnier du cubisme « , si elle a fréquenté les surréalistes, tel Marcel Duchamp, le promoteur du mouvement Dada, et si, à New York, elle a eu l’occasion de côtoyer toutes les avant-gardes, son £uvre est bel et bien l’expression de son histoire personnelle, parfois intime.  » Mon enfance n’a jamais perdu de sa magie, de ses mystères, de ses drames « , confie la grande dame de l’art contemporain. Ses célèbres araignées géantes à huit pattes renvoient elles aussi à cette période : elles symbolisent l’image de la mère dans son ambivalence, à la fois castratrice et protectrice.

De cette longue existence est née une £uvre violente, dérangeante, puissante, singulière, éloignée des modes et des courants, sans concession, souvent émouvante, dans laquelle l’artiste est totalement engagée.  » C’est plus qu’une vie, c’est un monde universel, tonique, riche de fantaisie et d’intelligence, terriblement ouvert et aussi énigmatique qu’une tragédie grecque, écrit Brigitte Ollier dans l’édition du 10 mars dernier du quotidien français Libération. Un paradis de matériaux, marbre, plâtre, terre, écorce d’orange, résine, où le passé ressuscite à chaque instant, comme par enchantement.  »

Le moindre recoin de la maison de Louise Bourgeois témoigne de cette vie et de cette £uvre palpitantes. Mais la résidence de Chelsea est aussi un des centres de la vie artistique new-yorkaise, lieu de réunion, où le dimanche, comme dans un salon littéraire d’autrefois, se retrouvent artistes, écrivains, intellectuels.

L’artiste dispose aussi, à Brooklyn, d’un vaste atelier où s’élaborent ses opus XXL. Depuis quelques mois, son état de santé ne lui permet plus de s’y rendre. Elle y délègue Jerry Gorovoy, son fidèle assistant, et se replie chez elle.

L’espace, succession labyrinthique d’un grand nombre de petites pièces, disposées sur trois niveaux, est aujourd’hui entièrement envahi par les projets, les £uvres en préparation, en attente ou en cours d’élaboration. L’art est partout, de la cave au grenier, dans le moindre réduit. Sur un des murs, la nonagénaire a écrit, à son intention, cette phrase terrible :  » Tu es en train de perdre du temps « . Mais qu’est-ce qui la pousse donc toujours à cette hyperactivité ? Qu’est-ce qui lui donne encore, à 96 ans passés, une pareille énergie créatrice ? C’est sans conteste son £uvre qui lui procure une force et une joie infinies.

(*) Louise Bourgeois, au Centre Pompidou, à Paris. Jusqu’au 2 juin prochain. Tél. : +33 1 44 78 12 33. Internet : www.centrepompidou.fr

A lire : Louise Bourgeois, par Marie-Laure Bernadac, Flammarion, 216 pages.

Reportage : Luxproductions. com

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