Chassez le blues de l’hiver

Avec l’arrivée des frimas, l’humeur se fait parfois maussade, le corps lourd et l’esprit chagrin. Pour combattre ce coup de pompe, les recettes ne manquent pas. Comme en témoigne, dans son livre, le psychiatre Laurent Chneiweiss.

Et si on se mettait en mode hibernation ? Si, comme de nombreux mammifères, l’on se roulait en boule sous la couette pour plusieurs mois dans l’attente de jours meilleurs ? Malheureusement inenvisageable, cette hypothèse n’est pas loin de faire rêverà Ces personnes surtout – en grande majorité des femmes – qui, dès l’arrivée des premiers frimas, ressentent une grande lassitude à l’idée même de devoir affronter ces jours courts et ces longs mois froids et gris.  » Si la nature se repose, pourquoi pas moi ? » se disent-elles chaque matin lorsque le réveil sonne et qu’il fait encore nuit. Grande fatigue, moral en berne, repli sur soi, prise de poids, les symptômes du blues de l’hiver sont bien connus des médecins. Moins du grand public, qui vit généralement cette baisse de forme comme une sorte de fatalité, un trait de caractère impossible à corriger. Pourtant, les moyens d’y remédier sont nombreux, au premier rang desquels figure la lumière, qui à cette saison nous fait cruellement défaut. En hiver, le jour occupe seulement huit heures des vingt-quatre heures de la journée. Le soleil devient un astre absent des vies de nombreux individus qui passent, dans l’obscurité, de leur domicile au bureau et inversement. Alors, plutôt que d’enfouir votre tête dans votre col roulé en attendant que l’hiver se passe, plongez-vous de préférence dans le livre écrit par le psychiatre Laurent Chneiweiss, En finir avec le blues de l’hiver et les troubles du rythme veille-sommeil, qui vient de paraître aux éditions Marabout (*). Tout en décrivant les raisons de cette baisse de régime hivernale, il fait le point sur les toutes dernières méthodes pour attaquer cette saison avec un moral d’acier. Entretien.

Weekend Le Vif/L’Express : Comment explique-t-on ce ralentissement à l’arrivée de l’hiver ?

Laurent Chneiweiss : Des études ont démontré que les populations vivant au Nord sont plus affectées par la saisonnalité – à savoir une variation de nos humeurs en fonction des saisons – que celles du Sud. De fait, le manque de lumière est la principale cause des troubles liés à la saisonnalité. C’est une question de chimie interne du cerveau. Chacun d’entre nous a son rythme. Certains sont du matin, d’autres du soir. Nos rythmes sont réglés par notre horloge biologique interne, dont l’un des principaux témoins est la mélatonine. On sait aujourd’hui que la lumière, selon son intensité, sa couleur et l’heure à laquelle on y est exposé peut avancer ou retarder notre horloge interne. De fait, au travers d’une multitude de connexions, la lumière va influencer notre rythme. Pour ceux d’entre nous qui sont les plus vulnérables, la baisse de luminosité va désorganiser les rythmes et accentuer la tendance à l’hibernation bien connue chez les mammifères.

Quels en sont les symptômes ?

Les premiers symptômes de la saisonnalité apparaissent généralement à l’automne pour disparaître au printemps. L’élément déterminant est la fatigue. Les gens sont somnolents, ils ont du mal à se réveiller, ils dorment mal. Ils se traînent toute la journée. La mémoire est molle, l’attention est molle, comme s’ils avaient la grippe. Cette fatigue se conjugue généralement à une prise de poids due au fait que l’on mange plus de féculents et d’aliments sucrés. Parallèlement, on ralentit son activité, on fait moins d’exercices. Un cran plus fort, le  » trouble affectif saisonnier subsyndromal  » : ceux qui en sont affectés prennent souvent plus de stimulants, comme l’alcool ou le café. Enfin, il y a un petit nombre de personnes pour qui le trouble affectif saisonnier est une vraie pathologie pouvant mener à de véritables épisodes dépressifs. Les troubles de la saisonnalité commencent généralement après la puberté et diminuent parfois avec l’âge, notamment chez les femmes. Comme la dépression, la saisonnalité les touche plus que les hommes : elles en sont trois à quatre fois plus affectées.

Quels sont les meilleurs remèdes ?

Pour les individus sensibles à la saisonnalité, il suffit de légers changements dans leur vie quotidienne pour améliorer leur moral. Il faut essayer de garder le même rythme qu’en été. Se coucher et se lever à la même heure et, le matin, s’exposer à la lumière le plus rapidement possible. Cela permet de se mettre dans le bain. On peut régler la sonnerie de son réveil une demi-heure plus tôt afin de pratiquer quelques exercices.

Car le sport est aussi très important, dites-vous.

C’est un excellent adjuvant à la luminothérapie. Faire de l’exercice permet d’agir sur l’horloge biologique interne, quelle que soit l’activité, l’essentiel est qu’elle soit régulière et qu’elle vous plaise. Inutile de s’astreindre à un jogging hebdomadaire si cela ne vous dit rien, d’autant qu’il faudra le pratiquer en plein hiver, par temps froid et pluvieux. Optez alors plutôt pour le vélo d’appartement.

La sieste peut-elle également être un moyen de récupérer ?

Pour certains, la sieste peut devenir une véritable drogue. En fait, lorsque l’on tente de rétablir des rythmes biologiques réguliers et d’opérer une distinction claire entre le jour et la nuit, il est préférable de ne pas faire de sieste, sauf en cas de fatigue extrême et, dans ce cas, elle doit impérativement ne pas dépasser vingt minutes.

L’alimentation peut-elle aussi jouer un rôle ?

Il est important en effet de surveiller d’un peu plus près ses apports alimentaires. Aucune étude n’a pu préciser les modalités d’un régime bien spécifique, mais on sait que la lutte contre les fringales d’aliments sucrés passe par un régime pauvre en glucides et par la luminothérapie.

A ce sujet, en quoi la luminothérapie est-elle efficace contre la morosité hivernale ?

La découverte des effets de la lumière sur le moral ne date pas d’hier. Déjà, Arétée de Cappadoce, un médecin grec du ier siècle de notre ère, préconisait d’exposer à la lumière les  » léthargiques « . Plus près de nous, c’est le chercheur sud-africain Norman E. Rosenthal qui, le premier, a établi, au début des années 1980, le diagnostic des troubles de la saisonnalité. Depuis lors, la luminothérapie est la voie royale pour lutter contre le blues hivernal. Il s’agit de s’exposer quotidiennement à une lampe spécialement étudiée pour faire le plein de lumière. Cela marche dans deux tiers des cas. Une à deux semaines d’exposition pendant environ une demi-heure par jour permettent une nette amélioration.

Les lampes devraient donc être remboursées par la Sécurité sociale ?

Hélas, elles ne le sont pas encore. Et pourtant, la luminothérapie est la première recommandation avant la prise de médicaments antidépresseurs. Aujourd’hui, on trouve des lampes facilement, mais elles sont encore chères, 200 euros en moyenne. L’efficacité de ces bains de lumière est désormais avérée. Pour ceux qui ne peuvent se payer des vacances au soleil pour échapper à l’hiver, c’est une parfaite alternative !

(*) En finir avec le blues de l’hiver et les troubles du rythme veille-sommeil, par le Dr Laurent Chneiweiss et le Dr Claude Gronfier, éditions Marabout.

Propos recueillis par Catherine Robin

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