Barbara Witkowska Journaliste

Le plus célèbre TGV européen fait peau neuve. Axel Enthoven, spécialisé dans le design des transports publics, apportera quelques retouches dans l’aménagement intérieur du train… Tandis que la jeune styliste allemande Eva Gronbach a dessiné des uniformes dans l’air du temps.

Fluidité et raffinement. L’ensemble du personnel de Thalys se glissera dans de nouveaux habits dès le 1er décembre prochain. Leurs points communs ? Des lignes fluides symbolisant la vitesse, des matières high-tech ainsi que des détails raffinés, tels des découpes et piqûres horizontales ou encore des ceintures et des boutons gravés. Quelques différences se remarquent en revanche au niveau des uniformes des  » train managers  » et des  » train attendants « . Autorité oblige, les tenues des  » chefs  » sont plus sobres et plus structurées. Elles conjuguent le gris anthracite et le bordeaux, les couleurs extérieures du train. A l’intérieur, le personnel de bord évoluera dans des vêtements aux dominantes prune, plus fashion, plus décontractés et donc plus en phase avec le confort et la convivialité du train.

L’allure générale de ces nouveaux uniformes s’inscrit parfaitement dans la philosophie de Thalys, une entreprise pionnière dédiée à la vitesse, multiculturelle, dynamique et urbaine. Le choix d’Eva Gronbach est le fruit, à la fois, d’un hasard et d’une évidence. La rencontre s’est effectuée à Cologne, en été 2007, lors du Festival du Design  » Rein-Rhein  » (un jeu de mots qui renvoie à la pureté et au fleuve Rhin). Cet événement important qui a pour but de faire connaître l’énorme potentiel créatif de la ville rhénane est sponsorisé, notamment, par Thalys.  » Les événements organisés dans les pays desservis par Thalys drainent beaucoup de gens passionnés. Passionnés par la culture, par la mode, par le sport et par l’architecture, explique Patricia Baars, chargée des relations publiques chez Thalys. Or, parmi toutes nos destinations, Cologne est la plus méconnue. Nous nous sommes donc associés, tout naturellement, au Festival du Design. « 

La visite de l’atelier d’Eva Gronbach figurait parmi les moments forts du Festival. La suite des événements a coulé de source. Thalys cherchait une styliste pour ces nouveaux uniformes. Originaire de Cologne, Eva a fait les études de stylisme à La Cambre, à Bruxelles, suivies de stages à Paris. Connaissant les trajets entre sa cité rhénane, Paris et Bruxelles par c£ur, elle s’est imposée comme une vraie  » Madame Thalys « , capable d’interpréter au mieux son esprit dans les uniformes.

Pureté et sobriété. Eva Gronbach puise ses idées dans la culture de la mode de son pays. Ses idoles ? Jil Sander et Helmut Lang. Sa marque de prêt-à-porter est née en 2000. Ses collections évoluent tout doucement et gagnent au fil des saisons en pureté et en sobriété. Son attention se focalise sur la coupe : architecturée, ajustée, irréprochable. La recherche de l’essentiel et de l’expression de la profondeur bannit tous les détails superflus ou anecdotiques. Les coloris demeurent classiques, le blanc et le noir prédominent. Plus récente, sa marque German Jeans s’attache davantage au concept de la récupération. Ici, l’allure est brute et patinée, dans un esprit unisexe.

Actuellement, la jeune créatrice planche sur une ligne d’accessoires :  » Eva de Cologne « . Dynamique et boulimique, elle caresse aussi d’autres projets, plus ambitieux.  » En Allemagne, la mode doit être avant tout pratique, elle doit  » marcher  » et faire tourner l’économie et l’industrie, souligne-t-elle. En Belgique, en revanche, la mode a une connotation plus artistique. Je crois que c’est une question d’éducation et de culture. C’est la raison pour laquelle je voudrais faire entrer la mode dans les musées. Depuis quelques années, j’assure le commissariat des expositions dédiées à la mode. La dernière a eu lieu à Düsseldorf. Nous avons présenté les travaux des jeunes stylistes, représentant 52 académies de mode dans le monde entier ! Je voudrais continuer dans cette voie et contribuer à hisser, en Allemagne, la mode au niveau de l’£uvre d’art. « 

Technique et style. Née dans une famille de  » visionnaires « , adeptes de l’anthroprosophie de Rudolf Steiner (1861-1925, créateur des écoles Waldorf dispensant un enseignement très libre), Eva Gronbach apprend à coudre à 12 ans et réalise ses propres vêtements, un mix entre l’allure punk et l’esprit de Thierry Mugler. De la couture  » home made  » à la vocation de créatrice de mode, il n’y a qu’un pas. Pour commencer, elle acquiert de bonnes bases techniques à l’école de couture à Düsseldorf. Après un bref passage par l’Académie d’Anvers, elle s’inscrit à La Cambre et décroche son diplôme en 2000.

Aujourd’hui, Eva Gronbach ne tarit pas d’éloges sur l’enseignement de l’école bruxelloise.  » C’est très dur, on nous met tout le temps sous pression. Mais La Cambre m’a permis de trouver mes racines. Pendant longtemps, j’ai vécu  » entre-deux « , fascinée par le style minimaliste de Yamamoto et l’esprit british et déjanté de Galliano. Grâce à La Cambre, je me suis restructurée et j’ai décidé d’explorer ma propre culture.  » Alors, comment se reflète l’identité allemande dans les vêtements ? Pour Eva Gronbach, elle mélange un aspect fonctionnel et brut,  » qui peut être génial  » et un côté très pur, délicat et excessivement romantique. Ce qu’elle démontre avec talent dans son travail actuel.

Barbara Witkowska

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