Barbara Witkowska Journaliste

10, 20, 30, 40, 50, 60, 100… voire 180 ans ! De nombreuses maisons du lifestyle fêtent en 2008 un prestigieux anniversaire. Et rivalisent d’imagination pour le célébrer en grande pompe.

Le génie, c’est de durer, disent les Chinois. Face à un marché débordé par l’offre, face à des lancements de plus en plus éphémères et des rotations de plus en plus rapides, il y a de quoi être fière pour une maison d’avoir un patrimoine stylistique important et des produits iconiques jouissant depuis des lustres d’une aura mondiale. Fêter son anniversaire, c’est une excellente façon de rappeler cette notoriété, de s’assurer un buzz et une publicité maximale pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois et, éventuellement, séduire de nouveaux clients.

Les grands noms rivalisent donc d’imagination pour célébrer l’anniversaire en grande pompe. On réédite ou on revisite, en série limitée, ses best-sellers ou ses classiques incontournables. On lance des objets collectors. On fait appel à un styliste connu pour qu’il apporte sa  » patte  » à une ligne exclusive. Mieux encore, on demande à un people de s’emparer des crayons et de jouer les stylistes éphémères.

LES GRIFFES DE MODE 40 ans pour Ralph Lauren.

En quarante ans, Ralph Lauren a admirablement codifié toute l’iconographie américaine : le glamour sur papier glacé, bien sûr, mais aussi l’esprit chic et casual de la Nouvelle-Angleterre ou le style plus rustique, caractéristique des grands espaces de l’Ouest. Ces valeurs intemporelles et universellement reconnues ont été retranscrites ensuite dans une vision qui lui est propre et continuent à véhiculer à travers le monde le concept de l’  » american way of life  » (1.). Deux temps forts célèbrent les quatre décennies du succès de Ralph Lauren. Un livre de 500 pages égrène, à travers 750 superbes photos, l’univers éclectique et cohérent du couturier (2.). Les collectionneurs choisiront l’édition de luxe, glissée dans un étui en cuir de crocodile. Pour les amateurs d’objets exceptionnels, la maison a imaginé une valise Polo Collector’s Trunk, en verre et en cuir, contenant 40 polos fétiches de la marque, dont les coloris ont été sélectionnés par Ralph Lauren en personne (3.).

20 ans pour Paule Ka.

La griffe de prêt-à-porter Paule Ka fête ses 20 ans en musique. Serge Cajfinger, le fondateur, a grandi entre le Brésil et la France. Il a compilé en personne les 15 morceaux ensoleillés et entraînants du CD Paule Ka Loves Brazil, disponible sur les comptoirs des boutiques. L’autre point fort des festivités est une robe noire (5.), inspirée d’un best-seller de 1988 (4.). Taillée avec la même exigence d’architecture et de féminité, elle arbore des lignes épurées et simplifiées, plus en phase avec les codes vestimentaires en vigueur. La robe noire demeure, en effet, le must absolu de Paul Ka depuis vingt ans. Serge Cajfinger l’a voulue comme  » le trait et le volume en mouvement « . Les jeux des contrastes (comme la rondeur et la géométrie ou l’humour et la séduction), des coloris très recherchés allant des nuances poudrées aux tons plus flashy sont d’autres marques de fabrique du style de la griffe, synthétisant avec maestria la parisienne iconique et l’égérie hollywoodienne.

10 ans pour Narciso Rodriguez.

Pour les dix ans de sa griffe, Narciso Rodriguez propose une collection  » capsule « . Vingt silhouettes noires, issues des défilés présentés depuis printemps 1998, arborent des looks identiques aux originaux pour souligner le caractère intemporel des créations de ce sympathique styliste américain d’origine cubaine (6.).

LES MARQUES D’ACCESSOIRES 100 ans pour Converse.

Il y a exactement cent ans, Converse a révolutionné notre démarche en mettant au point la tennis en toile vulcanisée cuite au four pendant 45 minutes. A la clef de cette invention ? Une souplesse et un confort extraordinaires et jamais égalés. Parmi des centaines de modèles lancés dans le courant du xxe siècle, All Star, Chuck Taylor, Jack Purcell et One Star sont sortis du lot et on les trouve toujours aux pieds des fashionistas de 7 à 77 ans. Le centenaire de la marque est célébré par une nouvelle campagne de pub Connectivity où les  » people  » d’hier et d’aujourd’hui (James Dean, Jane Birkin, Sid Vicious, le bassiste des Sex Pistols, Els Pynoo et Danny Mommens du groupe électro Vive la Fête) tissent le lien entre le passé et le présent (8.). Par ailleurs, cent artistes venant du monde de la musique, des beaux-arts, du sport et de la mode, ont donné, chacun, leur vision propre de la Converse, lui donnant définitivement le statut d’une £uvre  » arty  » (7. ).

50 ans pour le Brillant de Delvaux.

Créé en 1958, à l’occasion de l’Expo universelle, il est aujourd’hui encore le modèle le plus emblématique de la maison Delvaux et caracole toujours en tête des ventes du maroquinier bruxellois. En cinquante ans, le Brillant a subi plusieurs liftings, pour se présenter en version besace, customisé de poches latérales ou même réduit à la taille d’une pochette pour les grands soirs. Le modèle collector édité à l’occasion de cet anniversaire exceptionnel est ultramoderne, en vinyle transparent, et se nomme tout naturellement Noces d’Or.

40 ans pour le  » pavé  » de Dinh Van.

En 1968, le slogan  » révolutionnaire  » fleurit sur toutes les lèvres :  » sous les pavés, la plage…  » Le joaillier Jean Dinh Van, toujours très réactif, s’approprie ce symbole fort et lance le bijou  » pavé « . Réédité pour célébrer quarante ans de liberté, il séduit toujours autant par son étonnante modernité : pendentif ou bague, sur chaîne ou sur cordon…

20 ans pour Kipling.

Kipling n’a  » que  » vingt ans. Son style unique et l’image sympathique du singe se sont taillé tout de même un beau succès mondial avec une présence forte dans 64 pays. Plusieurs modèles en cuir noir très brillant ou argent glamour (Tara, Eden, Sophie et Sophie S.), inspirés de la ligne Club Collection, célèbrent l’anniversaire en beauté et donnent le coup d’envoi à une nouvelle décennie pleine de promesses.

10 ans pour Anonimo.

Dans le domaine de l’horlogerie, on a épinglé deux anniversaires. L’entreprise florentine Anonimo, très apprécié des collectionneurs, lance  » Dix montres pour dix ans « . Leur point commun ? Un traitement artisanal de finition inédit qui confère au boîtier un ton très chaud, rappelant la couleur du titane. On le retrouve, notamment, dans le modèle 2010 Automatico de la série Militare.

10 ans pour la Class One de Chaumet.

Il y a dix ans, le joaillier Chaumet faisait sensation en lançant la Class One, première montre de plongée de la place Vendôme, habillée d’acier, de diamants et de caoutchouc. Trois exclusivités confirment ce succès horloger : le chronographe automatique XXL, la Class One Corail accompagnée d’un bracelet aux couleurs de l’été et la Class One Black Tie, une version sophistiquée pour le soir sertie de 250 diamants.

LES LABELS DE BEAUTÉ 180 ans pour Guerlain.

La maison Guerlain a été créée en 1828 par Pierre-François-Pascal Guerlain. Depuis 180 ans, les compositeurs de parfums successifs ont su se renouveler avec talent, en lançant de beaux succès comme Shalimar, Mitsouko ou L’Heure Bleue. Dans un registre plus  » light  » les Aqua Allegoria écrivent chaque année une nouvelle histoire pleine de fraîcheur. Cette année, on choisira entre Laurier-Réglisse et Figue-Iris. Dès ses débuts, la maison propose aussi des crèmes pour  » adoucir et rafraîchir la peau  » (le terme  » hydratation  » ne sera inventé que plus tard). Ces soins incontournables pour la préservation de la jeunesse n’ont jamais cessé d’évoluer au fil des progrès de la science. Aujourd’hui, la gamme Super Aqua Sérum décline quatre nouveautés pointues, formulées avec le complexe Rose du désert.

60 ans pour l’Air du Temps de Nina Ricci.

L’Air du Temps, ce superbe classique de Nina Ricci, est né en 1948. Robert Ricci, le fils de la couturière, avait un nez, il détestait les études de marché et affirmait que  » le parfum n’est pas une marchandise « . Pour oublier les horreurs de la guerre et célébrer une nouvelle féminité, heureuse et assumée, Robert Ricci a demandé au parfumeur Francis Fabron de créer une fragrance légère et d’avant-garde pour rompre avec la mode des parfums lourds et capiteux en vogue avant la Seconde Guerre mondiale. Son accord exceptionnel £illet épicé-gardénia et son bouquet subtil d’essences naturelles (rose et jasmin) font appel à des matières de qualité exceptionnelle, triées sur le volet. Pour le 60e anniversaire, ce jus extraordinaire se pare d’une édition couture, créée par Olivier Theyskens, inspirée par l’une de ses robes aux couleurs délicieusement fraîches et toniques.

50 ans pour RoC.

La marque RoC (créée par la pharmacie parisienne Rogé Cavaillès) fête son demi-siècle d’existence. Dès le début, les produits sont formulés avec la complicité de dermatologues à partir d’ingrédients sélectionnés pour leur parfaite tolérance. La cosmétique hypoallergénique est née. L’autre innovation ? Le lancement, dans les années 1960 du tout premier écran total. Plus tard, la marque se focalise sur les soins antiâge. Le rétinol (forme de vitamine A pure) devient son cheval de bataille. Une batterie de soins ultrapointus pour le visage et pour le corps voit le jour au fil des ans. Si les galéniques sont régulièrement reformulées,  » l’ADN  » des recettes, le rétinol, lui, est toujours présent.

30 ans pour Anaïs-Anaïs de Cacharel.

En 1978, lorsque Jean Bousquet, créateur de la marque de prêt-à-porter Cacharel, décide de lancer son premier parfum Anaïs-Anaïs, il met tous les atouts dans son panier : un nom magique résonnant comme un écho (inspiré d’Anaïtis, la déesse de l’amour dans l’ancienne Perse), un écrin original mais  » juste  » (réplique parfumée des robes à fleurs qui ont fait le succès de la marque) et une superbe campagne de pub, éthérée et mystérieuse, orchestrée par Sarah Moon. Le jus est très bien réussi, lui aussi. Frais et suave, le bouquet mêle le lys, le jasmin, la jacinthe, la fleur d’oranger, le santal et l’ambre.

20 ans pour Carolina Herrera.

Carolina Herrera est une grande dame de la couture américaine, adepte de l’élégance pure et du classicisme intemporel. Femme singulière, elle a conçu son propre parfum, à base d’huiles de jasmin et de tubéreuse. En 1988, lors d’un cocktail mondain à New York, cette fragrance ultraféminine a séduit le PDG de la maison espagnole Puig. Il a proposé à la couturière de la commercialiser à grande échelle, en la retravaillant légèrement. Résultat ? Une brassée de pétales frais et fruités en tête et un sillage chaud de bois de santal et d’ambre enveloppent un superbe c£ur de jasmin et de tubéreuse. Vingt ans plus tard, ce bouquet lumineux fait partie des classiques intemporels.

20 ans pour les  » sent beau  » de Kenzo.

En juin 1988, il fait sensation avec son  » Kenzo, Ça sent beau « . Le visuel publicitaire de ce floral fruité – une petite fille qui se penche sur un flacon géant – est encore dans bien des mémoires. Un nouvel opus, très musqué, mêlant fève tonka et fleur d’héliotrope, célèbre la double décennie de Kenzo dans le monde des parfums. Des volutes bariolées, des fleurs stylisées, des inscriptions  » peace and love  » tracées à la main : Patrick Guedj, directeur artistique de Kenzo Parfums, a fait une véritable plongée dans les années hippies pour concevoir les quatre emballages différents de Vintage Edition.

Barbara Witkowska

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