Tour à tour belle endormie ou hyperfashion, voici que vingt ans après la série culte Miami Vice, la Mecque touristique de la Floride s’offre un lifting culturel très réussi.

Ancien marécage devenu, en cent cinquante ans, un puissant n£ud économique pour les Etats-Unis et l’Amérique latine, Miami, une perle d’architecture du xxe siècle, un moment assoupie, ressuscite aujourd’hui en un dynamique aimant touristique. Exultant l’art du paraître comme nulle autre, la célèbre station balnéaire allie à présent culture physique et culture tout court. En toute compatibilité.  » Miami, c’est la Madonna de l’industrie du tourisme. Elle se réinvente tous les ans « , affirme un habitué.

Ici, le dépaysement est immédiat. L’été toute l’année. La voie rapide qui file vers South Beach, la très exotique presqu’île aux touristes, est suspendue entre nuages gigantesques et mer miroitante. Les grues et les gratte-ciel du centre-ville (Downtown Miami) ont les pieds dans l’eau et le nez au vent, comme des navires impatients de s’élancer. Les immeubles à appartements sont blancs comme des voilures. A leurs portes sont amarrées des yachts pour les excursions du week-end. De grands palmiers complètent cette image de carte postale où se côtoient exotisme et habitat urbain.

Le Miami du xxie siècle a déjà vécu plus d’une existence. Après le 11 septembre 2001, on l’a cru en perte de vitesse. Le glamour s’était terni. Dépassé. Pas pour longtemps.  » Les New-Yorkais passent l’été dans les Hamptons et viennent l’hiver à South Beach. Les Européens viennent en été, pendant leurs grandes vacances. L’ambiance y est moins à la fête et plus familiale « , précise Colleen Graham, responsable marketing de l’hôtel Townhouse, un petit immeuble Art déco sur Collins Avenue. Miami a aussi plus d’un visage. Si ses longues plages de sable blanc bordées d’un océan turquoise et ses superbes hôtels sont en soi un argument de vente séduisant, Miami offre un beau choix au féru d’histoire, d’architecture, d’art et de design. La ville collectionne en effet les résurrections et les heureuses naissances. Depuis une quinzaine d’années, le quartier Art déco de South Beach, le plus grand du monde, et classé depuis 1979, a enfin retrouvé ses lettres de noblesse. Dans un autre registre, depuis sa création en 2002, la foire internationale Art Basel Miami Beach, prolongement de la fameuse foire suisse d’art contemporain de Bâle, draine aujourd’hui plus de 1 500 artistes internationaux et 200 galeries du monde entier (prochaine manifestation du 4 au 7 décembre 2008). Vous l’aurez compris : bien au-delà du cliché des bimbos déshabillées, des beaux pectos et des décapotables rutilantes véhiculé par la série télévisée Miami Vice dans les années 1990, le joyau touristique de Floride se visite aujourd’hui comme un musée à ciel ouvert. En dehors de son côté bling-bling, Miami cache bien des trésors, au-delà des apparences…

Ses multiples existences

Quand les premiers immeubles Art déco de South Beach ont été construits, dans les années 1920, la prohibition battait son plein, les jeux d’argent faisaient alors recette et le gangster Al Capone régnait sur la ville. Ses belles façades face à la mer ont ensuite abrité les retraités de la classe moyenne, les plus aisés préférant eux les plages de Palm Beach, un peu plus au nord. Dans les années 1980, South Beach était devenu le repaire des vendeurs de drogue. Heureusement, certains esprits visionnaires avaient de grandes ambitions pour le quartier et pour son architecture inspirée de la  » French Riviera « .  » Si on voulait attirer les touristes, il fallait d’abord que les jolies filles s’y rendent « , explique Corentin Finot, manager de The Hotel et de son restaurant gastronomique Wish, installés dans un immense Art déco inauguré en 1939. Dans les années 1990, Miami est donc devenu une seconde patrie pour les mannequins, actrices de ce studio géant pour magazines de mode. Plus récemment, de vrais amoureux de l’art, comme Barbara Baer Capitman, ont remis au goût du jour le patrimoine d’origine, via la ligue pour la protection de Miami (Miami Design Preservation League, MDPL). Collins Avenue, qui longe la plage, est une grandiose symphonie d’hôtels (800 paraît-il) dans le plus pur style des années 1930. Les notes de couleurs pâte d’amande évoquent le reflet de la lumière au lever et au coucher du jour, les formes s’arrondissent en fenêtres hublots et sur les pignons en courbe. La géométrie emprunte à la végétation tropicale et à l’art maya. Alors que les rénovations vont bon train sur South Beach, marbre, colonnes, néons, jusqu’au nom d’origine de l’édifice, tout est aujourd’hui classé… au plus grand soulagement des puristes.

Aux rythmes de la techno

Signe du renouveau, tous les grands hôtels de New York ouvrent à présent une adresse à Miami. Ian Shrager propose le très élitiste Shore Club et son désormais célèbre Delano, entièrement rénové par Philip Starck sur le thème d’Alice aux Pays des Merveilles, avec colonnades monumentales dans le lobby et son traditionnel mobilier aux bras tordus. Aux abords de sa piscine, entourée de palmiers vertigineux dignes d’un palais saoudien, les petits déjeuners se prennent en talons aiguilles et les nuits se terminent les pieds dans l’eau aux rythmes de la techno. Preuve de l’esprit caméléon, le Florida Room, au sous-sol du Delano, vibre de notes cubaines et jazzy, dans une ambiance censée rappeler le Miami des années 1920 ou le Cuba des années 1950. Ce dernier lounge à la mode a été conçu par le chanteur Lenny Kravitz sur le modèle des  » speakeasy « , ces établissements confidentiels en vogue à l’époque de la prohibition justement…

A deux pas de là, André Balazs, propriétaire du Mercer Hotel à New York, a rendu toute sa patine colonial-chic au Raleigh Hotel, en s’inspirant de photos des années 1940 pour un plus grand respect du style d’origine de ce mini gratte-ciel. Le brillant hôtelier voulait toutefois aller plus loin que la seule rénovation en usant de couleurs et matières de l’époque pour ces 104 chambres aux belles proportions jouant ainsi sur une note rétro-moderne chaleureuse. Sa magnifique piscine en forme de fleur de lys, qui a notamment accueilli les chorégraphies aquatiques d’Esther Williams, est considérée, à juste titre, comme l’une des plus belles des Etats-Unis. Au fond de son jardin exotique, une petite porte s’ouvre directement sur l’océan…

Reconversions réussies

Le style Miami Modern (Mimo) de l’après-guerre trouve aussi sa place au c£ur de ce bel ensemble. L’architecte Morris Lapidus (1902-2001) fut le fer de lance de ce mouvement. En s’inspirant des préceptes du Bauhaus et d’architectes comme Le Corbusier, Lapidus lui a donné un tour ludique et lumineux, plus adapté à l’environnement festif du lieu. A l’inverse du  » Less is More « , sa devise est  » Trop n’est jamais assez « . Que rêver de mieux pour les vacances ? Le Standard Hotel, construit en 1953, avec sa façade toujours revêtue du néon  » Lido Spa « , son nom d’origine, est l’exemple du travail de ce maître incontesté du Mimo. Son architecture simple fait songer à celle d’un motel, les chambres spartiates donnant sur un jardin luxuriant. L’essentiel du Standard Hotel réside toutefois dans son Spa haut de gamme, qui propose notamment des bains de boue thérapeutiques.  » Le thème offert est celui des thermes scandinaves, la dernière chose que vous vous attendez à trouver sous un climat tropical « , explique André Balazs, concepteur de cette autre reconversion réussie. Donnant directement sur la baie, la piscine du Standard est à couper le souffle. Pendant le lunch, on assiste ici à un défilé de yachts, de scooters des mers et de canots à moteur, venus s’extasier devant les belles naïades.

De l’autre côté de la baie, le Wynwood District, avec ses entrepôts désaffectés, vit actuellement une transformation radicale. Au milieu de l’hiver, des milliers d’amateurs d’art, d’artistes et de galeristes s’y rencontrent pour la foire d’art contemporain Art Basel Miami Beach, version exotique de l’événement bâlois. A l’origine du projet, le développeur, promoteur et collectionneur d’art contemporain Craig Robins, déjà à la base du renouveau de South Beach, et Rosa de la Cruz, qui dirige le Moore Space, un vaste lieu d’exposition dédié à l’art contemporain international. The Margulies Collection, du nom du collectionneur, est devenue en quelques années incontournable. S’y exposent des £uvres de Judd, LeWitt, Lichtenstein, Miro, Noguchi, Serra, Warhol… Une voiture s’impose toutefois pour parcourir ce large damier de rues qui couvre ce quartier un peu en marge.  » Ici, au coin de la rue, l’armée du salut. Un sans-abri a dormi sur le trottoir cette nuit. Là-bas, dans ce jardin, sont exposées des sculptures à un million de dollars « , explique Neil Somerfield, du showroom de meubles contemporains Imoderni. Par ailleurs, il ne faut pas hésiter à pousser les lourdes portes métalliques plutôt anonymes des anciens entrepôts. Ils dissimulent en effet aujourd’hui les £uvres d’artistes reconnus ou émergents. Plus de 70 galeries ont ainsi élu domicile ici toute l’année, dont certaines de renommé internationale, comme Fredéric Snitzer, Kevin Bruk et le Français Emmanuel Perrotin.  » Ce que l’on montre à Miami est plus contemporain qu’à New York « , souligne Pablo Dona, de la galerie Praxis. Frédéric Snitzer permet lui à de jeunes artistes locaux, comme Herman Bas ou Alex Sweet, de jouir d’une visibilité internationale. Quelques  » blocs  » plus au nord, le Design District accueille la fine fleur du design international. En plus de la Foire, une vingtaine de salons satellites contribuent eux aussi à faire de Miami la capitale mondiale de l’art contemporain. Pas toujours pour le meilleur.  » Il y a beaucoup de bonnes choses, mais aussi beaucoup de mauvaises, car certains opportunistes essaient de tirer avantage de l’événement « , souligne Pablo Dona. La foire Art Basel Miami Beach souffre-t-elle déjà de son succès ?

Elodie Pérodil

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content