Barbara Witkowska Journaliste

Enchâssé dans un lingot d’or, la nouvelle fragrance masculine  » 1 Million  » renoue avec la passion du couturier pour le métal. Rencontre avec un homme qui bouscule le monde de la mode et de la parfumerie depuis quarante ans… et qui n’a pas dit son dernier mot.

« Après le succès des parfums noirs, surgit l’or, explique d’emblée Paco Rabanne. Je le trouve très actuel. De plus, il s’inscrit bien dans les codes de la maison. Il symbolise l’alchimie qui m’est très chère et évoque les dominos carrés ou rectangulaires avec lesquels j’ai construit mes premières robes.  » Simple, glamoureux et épuré, l’écrin est signé Noé Duchaufour-Lawrence, designer et sculpteur de formation. Le nom  » 1 Million  » ne doit pas être compris au premier degré. Il n’est pas question de monnaie sonnante et trébuchante, mais d’un million de fantasmes, de désirs ou de rêves.

Après une période de doute et de flottement, l’homme a envie de réaffirmer son identité masculine, son goût pour les belles voitures, les jolies filles, les plaisirs, tout ce qui brille et fait chavirer les sens. Christophe Raynaud, Olivier Pescheux et Michel Girard ont traduit cette quête de luxe et de séduction, en revisitant un accord cuiré.  » Nous avons abandonné l’idée de travailler avec des notes classiques et anciennes comme le styrax, par exemple, note Christophe Raynaud. On voulait un cuir blanc,  » propre  » comme le daim.  » Paco Rabanne aime que ses parfums soient d’abord frais, puis architecturés. Les trois parfumeurs ont donc imaginé une tête à base de mandarine sanguine et de menthe poivrée et ont structuré le c£ur et le sillage avec la rose épicée saupoudrée de cannelle et un accord cuiré ambré. Le résultat, charnel et très présent, a été validé par le maître.  » C’est un parfum étrange avec de bonnes vibrations « , dit-il.

La mode… à nouveau

 » En 2000, il fallait arrêter la mode car j’étais trop vieux ! Auriez-vous osé dire à Picasso de tout arrêter à 70 ans ? s’amuse Paco Rabanne dans un grand sourire. Cela dit, je ne me suis pas vraiment arrêté. J’ai beaucoup dessiné, des portraits d’hommes et de femmes que j’ai exposé à l’étranger. J’ai créé des éditions limitées dans le domaine de la décoration et de la gastronomie ce qui est nouveau pour moi. A 74 ans, je déborde d’énergie. « 

Aujourd’hui, la mode est de nouveau à l’ordre du jour. La maison souhaite innover et expérimenter une approche moins conventionnelle et plus alternative, toujours dans l’esprit  » rabanesque « . L’idée consiste à s’écarter de la dimension industrielle, revenir aux sources de l’artisanat et éditer des petites collections via Internet, par exemple.  » Les jeunes générations veulent découvrir et porter des choses à leur image, souligne le couturier. Je veux inventer d’autres choses, toucher d’autres univers, avoir un autre regard et interpeller le public différemment. Je serais donc ravi de participer à ce projet malgré mon âge. « 

Un créateur de choc

Originaire du Pays basque espagnol, Paco Rabanne est  » né  » dans la mode, sa mère était première main chez Balenciaga. Pourtant, il choisit d’étudier, pendant douze ans, l’architecture,  » un art majeur et difficile qui demande une rigueur absolue « . La mode le rattrape dans les années 1960.  » A l’époque, la mode était en total décalage : alors que le mouvement artistique était fascinant, elle produisait des silhouettes inspirées des années 1930. Jolies mais démodées. Pour moi, la mode était donc un bon moyen de créer un événement, de déclencher un choc. « 

Le choc s’est effectivement produit, le 1er février 1966 lorsque des mannequins blacks (du jamais- vu !) ont présenté douze robes importables en Rhodoïd et métal. Dans le monde feutré de la couture ce fut le tollé.  » Mademoiselle Chanel m’a surnommé délicatement  » le métallurgiste  » et m’a fait exclure de la corporation des couturiers « , se souvient Paco Rabanne. Qu’à cela ne tienne, les artistes et les people se l’arrachent. Jane Fonda lui demande de créer des costumes pour le film Barbarella, Françoise Hardy monte sur scène parée d’une robe en métal pesant 16 kilos. Le métal ne disparaîtra jamais des collections mais s’assouplira avec le temps. Il flirtera aussi avec le cuir, le tissu ou la fourrure tricotée.

Dans les années 1960, Paco Rabanne bouscule aussi l’univers des parfums. Il a des idées olfactives novatrices et audacieuses qu’il fait interpréter par les meilleurs parfumeurs. Lui-même s’implique surtout dans la conception des flacons qui reflètent sa passion pour les matériaux contemporains, tels le verre, le plastique et des accents métalliques. En 1969, Calandre, fragrance chyprée, est une révolution pour l’époque. Paco Rabanne pour Homme, initie les fougères aromatiques. XS met l’accent sur une overdose des bois, tandis que Ultraviolet, premier parfum mystique, est conçu comme un message de sérénité. Il y a aussi de la place pour la séduction torride. Black XS est un parfum pour les  » durs au c£ur tendre « , Black XS for Her s’adresse aux jeunes filles rebelles. En apothéose,  » 1 Million  » exauce tous les fantasmes. Au masculin. Et bientôt sans doute au féminin.

Barbara Witkowska

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