Pour contrer la noirceur de ses nuits blanches, l’ex-Premier ministre français convoque à son chevet les poètes qu’il aime, dans son Hôtel de l’insomnie. La littérature en guise de somnifère.

Vos nuits insomniaques sont-elles plus belles que vos jours ?

L’insomnie est un devoir ! Dans ces moments particuliers de la nuit, où le monde et la vie font silence, elle nous permet de reconstituer le puzzle de nos vies. Même si elle est parfois douloureuse, cette faille épouvantable dont parle Borges, où nous avons le sentiment d’une terrible immortalité…

La poésie, art de vivre ou exutoire ?

C’est l’outil le plus révolutionnaire pour changer la vie. Et c’est une charge de dynamite absolument formidable. D’ailleurs, tous ces poètes ont des itinéraires souvent tragiques parce qu’on ne prend pas ce risque-là sans péril.

La plume ou l’ordinateur ?

La plume ou le bic. Je choisis des outils simples, parce que je les égare facilement. Et puis le contact avec le papier et l’encre rend le poème plus charnel, permet de l’enraciner, y compris sur la feuille blanche.

La littérature ou la politique ?

Je ne sépare pas les deux. Quand on avance dans la vie, il faut une inspiration et une expiration. Si l’expiration est le champ de la politique, il faut une inspiration qui lui donne un sens.

Votre rêve d’enfant ?

Vivre d’aventures, dans l’exploration des peuples et des contrées.

Que vous autoriseriez-vous dans Second Life ?

Je n’ai aucun goût pour le monde virtuel. Je préfère les hommes et les femmes et les rêves que l’on peut toucher et réaliser à ceux qui ne s’accomplissent qu’à travers des écrans.

Votre fille Marie, mannequin, fierté ou frayeur ?

Un peu des deux. Mais fierté pour ce qu’elle est parce qu’elle aime la vie. Elle aime la découvrir et l’approfondir. Et je lui fais confiance !

Que craindre le plus, comme vous l’écrivez, l’effroi de l’âme ou le combat des hommes ?

Les deux sont à craindre. Mais le combat des hommes est plein de vanités, ce n’est donc pas celui qui m’effraie le plus ! Il faut savoir se concentrer sur l’essentiel, sur cette capacité que l’on a à pousser plus loin son aventure, pas dans ces combats mesquins, de pouvoir et d’ego qui nous humilient, nous avilissent et nous rapetissent.

Si vous deviez vous réincarner…

Oh, il y a l’embarras du choix, j’aime cette idée que l’on puisse se métamorphoser. J’adorerais vivre plus près de la terre, être un paysan en Patagonie, cela me plairait.

Hôtel de l’insomnie, Dominique de Villepin, Plon,

195 pages ( lire notre critique en page 65).

Propos recueillis par Anne-Françoise Moyson

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