Sourcils, mon beau souci
Le premier bar à sourcils a ouvert ses portes à Paris. Zoom sur une séduction hautement symbolique : épilés, accentués, atténués… les sourcils illustrent les valeurs d’une époque.
Carnet d’adresses en page 60.
Depuis dix ans, ce concept fait un tabac en Californie. Aujourd’hui, il est à Paris. Sephora Champs-Elysées accueille en exclusivité le premier » brow bar » BeneFit, un » bar à sourcils » où l’on peut débarquer, avec ou sans rendez-vous, pour faire redessiner son arc par une esthéticienne-visagiste. Epilée à la cire ou à la pince, atténuée, ou accentuée par un jeu d’ombres, cette ligne qui architecture le visage » suffit à le changer tout entier « , affirme Arianne Damboise, qui forme les esthéticiennes de BeneFit à cet art. » Dans tous les cas, un tracé adapté agit comme un ô minilift » de l’£il : il l’ouvre, fait paraître le regard plus intense et rajeunit l’expression. Mais il aide aussi à définir la personnalité. »
L’historienne Elisabeth de Feydeau, qui publie » Jean-Louis Fargeon, parfumeur de Marie-Antoinette « , aux éditions Perrin, pense que les cultures sont au c£ur de l’attention que l’on porte û ou non û aux sourcils. » Après tout, il s’agit de poils, et l’on sait que les Anglo-Saxonnes sont acharnées à le traquer, beaucoup plus que les Latines. » C’est pour affirmer sa » mexicanité » que Frida Kahlo conservait ses sourcils en barre et sa lèvre ombrée de duvet.
Hautement symboliques, les sourcils ont toujours fait l’objet d’une codification précise. » Ils marquent d’abord le clivage social, explique Elisabeth de Feydeau, le broussailleux à la plèbe, le travaillé à l’aristocratie. Et leur tracé illustre les valeurs d’une époque. » Au Moyen Age, siècle de l’élévation, » les femmes tirent leurs cheveux sous le hennin pour dégager un front très blanc, et épilent complètement leurs sourcils pour les redessiner avec légèreté « . Virginales, elles font de leur visage le miroir d’une » âme pure et apaisée « . Au xviiie siècle, au contraire, on privilégie l’expression de la passion avec un sourcil généreux, que l’on teint en brun pour se mettre » du feu aux yeux « . Quant aux années 1930, où l’on effaçait l’arc naturel pour le remplacer par un mince trait de crayon, on n’était pas loin… du Moyen Age : » Artificielle, irréelle, la femme redevient une déesse. La différence, c’est qu’elle n’est plus idéale, mais fatale. » Et aujourd’hui ? La tendance » est au naturel soigné, épaisseur moyenne et ligne travaillée « , dit Arianne Damboise. Des canons qui vont s’imposer loin de leur terre d’origine : en même temps qu’une » mondialisation » des formes de la beauté, on remarque une évolution de ses modes de consommation. Là où les Européennes programmaient leurs rendez-vous chez l’esthéticienne longtemps à l’avance, elles se comportent désormais en femmes pressées et adoptent les formules » quick and easy » chères aux Américaines.
Martine Marcowith
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