Le souhait des propriétaires ? Changer radicalement de style… tout en restant dans la même maison. Le rêve est devenu réalité grâce au talent de l’architecte d’intérieur bruxelloise Anne Derasse qui a fait du piano noir sa petite musique créative.

Un des problèmes majeurs que posait cette maison résidait dans la difficulté pour les propriétaires de profiter pleinement de l’espace du rez-de-chaussée. Les deux salons, qu’une différence de niveau de deux marches sépare, étaient aussi littéralement encombrés par une grande avancée à 45° qui abritait un feu ouvert. Et dans la partie plus basse, seul trônait le piano.  » Dans ses plans de transformation, Anne Derasse décide de respecter la structure existante, de conserver toutes les ouvertures vers l’extérieur. Mais elle supprime ce  » triangle  » qui empêche les volumes de respirer.  » J’ai voulu créer une unité entre les deux salons, explique l’architecte d’intérieur. Eluder visuellement les deux marches, en remplaçant le revêtement de sol en pierre par du chêne, bien plus chaleureux. « 

Pour accroître la perspective, Anne Derasse a disposé un tapis gris anthracite dans la longueur du premier salon, là où elle a déplacé le piano.  » Le propriétaire des lieux est musicien, comme d’autres membres de sa famille et quelques amis, souligne-t-elle. Il me semblait donc fondamental de créer un espace ample, habité par deux grands canapés Modénature. Cette pièce est devenue une sorte de salon de musique. « 

Deux autres canapés, signés Minotti, ont pris place dans le salon en contrebas, alors que la transition entre les deux espaces est, elle, marquée par deux sièges en acier inoxydable et en osier de Poul Kjærholm. L’un des deux canapés, adossé à un muret (une bonne idée : on peut y déposer objets, tableaux, éclairages) est équipé d’un dossier. L’autre, simple banquette plate, laisse le regard s’évader de la salle à manger au jardin. A ses côtés, on trouve deux tables basses Zanotta designées par Carlo Colombo.

La longue table en chêne massif de la salle à manger (2,80 m sur 1,20 m) a été dessinée par Anne Derasse, tout comme le meuble de rangement niché dans la large encoche que forme la pièce. Ces deux opus tranchent, par la clarté de leur bois, sur le mur du fond peint en gris anthracite.  » J’ai voulu conserver cette cloison qui marque la séparation avec la cuisine, explique l’architecte d’intérieur. J’ai simplement imaginé deux socles sur lesquels on peut poser des fleurs ou des plantes ; socles qui sont aussi des meubles de rangement. La couleur foncée que j’ai appliquée est aussi présente dans l’habillage des chaises B&B Italia, réalisé en cuir tressé.  » Le piano noir a inspiré le choix de ces teintes foncées qui viennent émailler un ensemble voulu assez clair, tant pour le sol que pour les mobiliers, tous finis en chêne.

Anne Derasse a également dessiné les deux tables basses du salon haut, ainsi que la table et le meuble de la salle à manger. En les examinant de plus près, on constate qu’elle accorde beaucoup d’attention aux finitions, aux dessins naturels que l’on peut créer en usant du fil du bois. Dans le long meuble composé de cinq sections, des décrochements permettent d’ouvrir tiroirs et portes, sans utiliser de poignées. Un tel dépouillement se retrouve par ailleurs dans la paire de larges tables basses. Une grande rainure centrale permet de faire coulisser un plateau mais aussi de ranger livres et objets et de circonscrire ainsi leur présence à une petite surface du mobilier.

Ce même souci du détail se retrouve dans les chambres, à l’étage. A nouveau, les structures et parois n’ont pas été modifiées. Tout au plus, Anne Derasse a-t-elle ménagé un muret en tête de lit dans la chambre des propriétaires. Elle a, en revanche, manifesté une extrême attention dans la sélection des tissus qui habillent les lits. Ayant passé une partie de leur vie active dans le secteur textile, les propriétaires de la maison ont été sensibles aux choix de leur architecte d’intérieur. Tour à tour, elle a en effet utilisé du velours de soie ou de la soie double face (Sahco Hesslein). Quant à la tête de lit, elle est capitonnée avec du tissu Dedar. Un travail d’aménagement haute couture, en quelque sorte.

Reportage : Jean-Pierre Gabriel

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