Parce que c’est là que les tendances se créent, que les noms se font, que les protos d’hier deviennent les icônes de demain, Weekend a épinglé pour vous le pire et le meilleur du Salon du meuble de Milan. Et vous livre un concentré exclusif de tout ce qui agite en ce moment la planète design. Name dropping.

Le snobisme >>

Parce que s’il compte vraiment arrêter le design –  » cette activité totalement inutile « , avait-il confié il y a peu à un magazine allemand – soit d’ici à deux ans, Philippe Starck a toutefois trouvé une manière hypissime de pousser son chant du cygne : enregistrer sur un iPod shuffle – gracieusement offert aux journalistes – le speach de présentation de sa nouvelle gamme d’articles de salle de bains pour Axor (1). On pouvait donc se promener dans Milan en écoutant le maître vous parler avec enthousiasme de sa nouvelle douche  » haute couture « . Mais s’il a beau se dire à deux pas de la retraite, Starck n’a pas du tout ralenti la cadence : le canapé Volage chez Cassina (4) ; une table et deux chaises chez Kartell, dont la version baby baptisée Lou Lou de la célèbre Ghost ; neuf nouveaux produits chez XO, dont la chaise Mi Ming (3), et ces miroirs façon Dali surnommés L’Oreille Qui Voit (2).

Le buzz >>

Parce que ce qui est rare et cher attise sans peine la curiosité, c’est chez Meta, le nouveau label britannique lancé à Milan par le dealer en antiquité Mallett, qu’il fallait à tout prix se précipiter. L’idée ? Proposer à une clientèle qualifiée de  » new young money  » – autrement dit les jeunes fortunés issus des pays émergents – des produits aussi exceptionnels que des meubles précieux du xviiie siècle mais signés par des grands noms du design contemporain (Matali Crasset, BarberOsgerby, Tord Boontje et Hani Rashid, le frère de Karim). Ici, pas de  » série limitée « , même si cette tendance n’a rien perdu de sa vigueur – on pouvait ainsi voir à la Triennale, les 15 prototypes de la Vitra Edition -, mais bien des meubles et accessoires fabriqués sur simple demandeà à condition d’y mettre le prix. Soit, au minimum 15 000 (environ 19 000 euros) pour une lampe de BarberOsgerby (1). C’est en suivant la même logique que Royal Tichelaar Makkum a demandé à 4 créateurs de réinterpréter au départ d’une réplique les traditionnels vases pyramidaux en céramique de Delft très populaires aux Pays-Bas aux xviie et xviiie siècles. Des pièces exceptionnelles qui ne seront produites qu’à sept exemplaires (2 et 3)à

L’objet >>

Parce que même perdu dans un océan de meubles, l’accessoire reste roi quand il arrive à surprendre ou mieux encore à faire rêver. Comme les figurines de Lladro, revisitées par le génial Jaime Hayon (1) plus prolifique que jamais cette année et que l’on retrouvera avec bonheur dans le rôle du Guest of Honor lors d’Interieur, la Biennale du design de Courtrai, en octobre prochain. La même fantaisie habite aussi les créations de la première collection d’articles de la table présentée par le Belge Christophe Coppens (2 et 3). Des objets qui racontent tous une petite histoire comme ce service à thé hanté ou ce vase blessé par un couteau de cristal réalisé en collaboration avec Val Saint Lambert. On n’a pas fini, non plus, de parler des accessoires du Belge Vincent Van Duysen pour When Objects Work (4). Une ligne pure et élégante pour des objets inspirés de ceux que l’on retrouve dans les tableaux des maîtres primitifs flamands.

<< Le bide

Parce que personne, pas même Marcel Wanders, n’est à l’abri d’un faux pas. Déjà, l’idée de créer un  » chandelier-douche  » pour l’exposition du Swarovski Crystal Palace (lire aussi page 69) nous paraissait douteuseà Mais obliger, en prime, trois pin-up à poser en maillots sous les pommeaux – fussent-elles couvertes de cristaux – dans l’attente de se faire doucher pour la démo sous le regard goguenard des VIP invités à la soirée Swarovski, ça avait franchement un petit côté concours Miss tee-shirt mouillé du camping Cosmos (photo).

Le conte de fées >>

Parce que se retrouver édité par une grande maison reste le rêve de tout jeune créateur venu un jour tenter sa chance au Salone Satellite ou dans les petits studios de Zona Tortona, fief du salon off. Cette année, c’était au tour de Shay Alkalay et de notre compatriote Sylvain Willenz, invités à présenter leurs premiers produits chez Established & Sons – Stack, un étonnant dispositif de tiroirs empilés (2) et le lustre Torch – d’être sur un petit nuage. Chez Moooi, Nika Zupanc était très fière de ses lampes Lolita, véritables archétypes de la fashion victim. Coup de c£ur de Giulio Cappellini, les tables basses et vases éco-design de Stephen Burks (1), fabriqués en Afrique à partir de papiers et de morceaux de verre recyclés focalisaient toute l’attention sur le stand de l’éditeur italien. Enfin, invités pour la deuxième fois à travailler pour Moroso, le délicieux duo de Doshi & Levien avait imaginé un divan de princesse moderne qu’on aurait cru destiné à un palais de conte des Mille et Une Nuits.

<< Le style

Parce que, suivant le principe du balancier des tendances, l’excès de rococo bling-bling ne pouvait que générer une envie urgente de simplicité, de retour aux formes essentielles, à une certaine  » normalité  » si chère à Jasper Morrison, présent sur tous les fronts cette année. Chez Cappellini bien sûr où il présentait une chaise et un banc, chez Vitra aussi où il réveillait, juste ce qu’il faut, avec sa Basel Chair (1), la classique chaise de bistrot, chez Established & Sons surtout où l’on pouvait découvrir le troisième volet de la collection Crate (2) inspirée du design des boîtes en bois utilisées pour la vente des bouteilles de vin. Chez Swedese, la bibliothèque Libri du Belge Michael Bihain (3) s’inscrivait, elle aussi, parfaitement dans le cadre de cette idée de retour au naturel.

Le fashion show >>

Parce que mode et design font tellement bon ménage qu’on ne dénombre plus les collaborations entre ces deux univers longtemps imperméables l’un à l’autre. Poursuivant sa collaboration avec Vivienne Westwood, Molteni a demandé à la styliste britannique de lui dessiner de nouveaux tissus qui habilleront ses classiques. Cassant son image de produit technique abonné au blanc clinique, Corian ® s’est associé à Missoni pour imaginer une maison tout en couleur. Cedri Martini tout comme Gaia et Gino choisissait d’exposer leurs nouveautés dans les boutiques de Roberto Cavalli et de Paul Smith. Quant au Sacco de Zanotta (2) qui fêtait cette année ses 40 ans d’existence, il s’est vu offrir une garde-robe haute couture : 40 tenues d’exception – éditées chacune en neuf exemplaires – scénographiées dans une exposition d’exception qui après Milan s’envolera pour New York et Paris. En vraie fashion victim, lui aussi, l’Egg de Arne Jacobsen (1), édité par Fritz Hansen, s’exposait dans des patchworks uniques créés par l’artiste danois Tal R, inspiré par les théories psychanalytiques de Sigmund Freudà

<< L'icône

Parce que les mythes, pour mieux survivre, doivent se renouveler. Alors, comme on a pu dire un jour que Brad Pitt était le nouveau Redford, il se murmurait dans les allées de le Fiera que Myto, la chaise de Plank développée par Konstantin Grcic (2) à partir d’un plastique spécialement mis au point par BASF, serait la nouvelle Panton, version light, puisqu’elle ne pèse que 5,6 kilos. Le classique de Vitra ne risque en tout cas pas d’être détrôné par les chaises Him & Her de Fabio Novembre pour Casamania (1). Le designer, que l’on a connu mieux inspiré, n’a pas hésité à doter cette chaise iconique qu’il qualifie d’hermaphrodite, de formes masculines ou féminines, se référant, pour justifier son acte, à la Genèse. Preuve s’il en est que le créationnisme est décidément une théorie bien fumeuse. Et que, dans l’écrasante majorité des cas, un produit dérivé ne remplacera jamais l’original.

<< Le bois

Parce qu’il était omniprésent – surtout sous des dehors bruts, non teintés,  » naturel  » jusqu’à l’outrance -, et qu’il incarne le mantra récité par tous les acteurs du secteur du meuble aux quatre coins du salon : le design de demain sera durable ou ne sera pas. Dans cet esprit, Artek poursuit l’extension de sa gamme Bambu en y adjoignant une table d’appoint en bambou naturel (1), William Sawaya présentait la chaise Allwood chez Sawaya & Moroni. Quant à Jean-Marie Massaud, chez B&B Italia, il signe Seven (3) – une icône en puissance -, élégante table en bois aux pieds métalliques  » 6+1  » capable d’accueillir confortablement jusqu’à sept convives. Chez DePadova, Paolo Pallucco proposait une table de salon modulable (2) dont la surface crantée rappelle les sillons d’un champ tout juste labouré.

Isabelle Willot

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