L’éventail, cet inconnu, se dévoile à Bordeaux

Si, pour d’agréables courants d’air, l’éventail retrouve chaque été le creux de notre main, cela n’a pas toujours été sa seule utilité. Jusqu’en novembre, le Musée d’Aquitaine de Bordeaux consacre une exposition à cet objet empreint d’histoire, jadis accessoire de mode, mais pas que cela.

Depuis le 16 juin, « L’air du temps » offre aux visiteurs un parcours inédit à travers des constellations d’éventails du XVIIe au XXIe siècle, une palette de près de 1.000 pièces qui doit en grande partie son étendue aux collectionneurs bordelais Jean Suire et Patrick Lorient. Selon Geneviève Dupuis-Sabron, commissaire de l’exposition et conservatrice en chef, les 2.600 éventails que contient leur collection complète font de cette dernière « l’une des plus importantes d’Europe ».

« C’est un objet familier, mais totalement méconnu en réalité », avance Mme Dupuis-Sabron. Sobre ou farfelu, miniature ou monumental, fait de fine dentelle, peau, plumes, tulle ou organza, à monture de bois, d’os, de nacre ou d’ivoire incrusté d’écailles, doré à la feuille d’or ou d’argent, brodé de paillettes ou cousu de sequins…

L’éventail, dont la fonction originelle était d’attiser le feu ou éloigner les insectes, se retrouve jusque dans l’Antiquité, par exemple chez les anciens Égyptiens. Importé de Chine par les Portugais à la Renaissance, il fut particulièrement en vogue chez les femmes européennes au XVIIIe siècle. « À cette époque, l’éventail était un accessoire de costume, de parure ou de séduction très prisé par la noblesse ou l’aristocratie, et pouvait être une véritable œuvre d’art », explique à l’AFP Geneviève Dupuis-Sabron. « Il était signe de raffinement, de luxe et de distinction sociale, reflétait les goûts de la personne, mais possédait aussi sa propre histoire… on trouvait par exemple des éventails de fiançailles, de mariage ou encore de deuil ».

Familier, mais méconnu

Au fil des siècles, l’éventail imprime courants artistiques successifs et aspects changeants de la mode, « mais il a aussi été un reflet de l’histoire et des opinions du temps. Il pouvait représenter des faits d’actualité, et même faire acte de prosélytisme« , détaille Mme Dupuis-Sabron. À la manière des toiles d’artistes peintres, certains modèles illustrent des événements marquants tels que le premier vol en ballon à gaz en 1783, la prise de la Bastille en 1789, des victoires militaires ou encore l’alliance franco-russe fin XIXe.

Au premier étage de l’exposition, un festival coloré d’éventails estampillés d’images publicitaires. Ces derniers fleurissent dès la fin du XIXe siècle, et surtout après la Seconde Guerre mondiale, pour « promouvoir un produit ou une marque » au détriment des éventails dits « d’apparat », dit-elle. Comme sur les affiches d’antan, des campagnes pour des cigarettes, bières, liqueurs et boissons non-alcoolisées, confiseries, chocolats et autres produits d’épicerie, des restaurants, stations touristiques, grands magasins ou encore compagnies ferroviaires, maritimes ou aériennes.

Depuis 2020, le savoir-faire des éventaillistes est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Quelques maisons historiques, comme Duvelleroy à Paris, demeurent. Passé de mode, il connaît pourtant un certain regain d’intérêt esthétique. « Et puis, avec des temps comme ça, c’est sûrement la façon la plus écologique de se rafraîchir…« , plaisante Mme Dupuis-Sabron.

Les portes de cette exposition sont ouvertes jusqu’au 20 novembre, avant que les propriétaires de la collection n’en fassent en partie don au Musée d’Aquitaine.

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