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Comment déjouer les pièges des fêtes © Getty Images

Guide de survie pour les réveillons

Kathleen Wuyard

Après deux hivers de mesures sanitaires, le réveillon est de retour sans restrictions. Avec sa flopée d’angoisses qui menacent de gâcher les festivités. Pas de panique: nos experts vous font le cadeau de conseils pour une fin décembre avec bûche, mais sans embûches.

Du (maudit) cadeau de cacahuète à la course d’obstacles connue sous le nom de « soirée de Noël de la boîte » en passant par le périlleux exercice de jonglerie qu’impliquent les (res)sentiments de chacun durant les Fêtes, un panel d’experts donne ses conseils pour déjouer les embûches saisonnières, une question pressante à la fois.

Comment dénicher un cadeau de cacahuète pour quelqu’un qu’on ne connaît pas bien?

Rien de tel pour avoir envie de se transformer en Grinch que la perspective de devoir acheter un cadeau pour quelqu’un dont on ne connaît pas les préférences. Surtout quand ne pas se tromper est de la plus haute importance, par exemple si le destinataire est un membre de la famille de votre nouvel amour ou bien, pire encore, un de vos supérieurs au boulot. La solution selon Catherine Fourneaux, dont Le Petit Grand Bazar liégeois regorge d’idées de cadeaux atypiques? «Les confiseries artisanales rencontrent toujours un franc succès, surtout si vous optez pour des bonbons d’antan, dont le côté régressif offre un savoureux retour en enfance.» Une valeur sûre aussi, si l’organisation de cette distribution prévoit un budget rikiki imposé. Même si, pour Catherine, «en dessous de 5 euros, c’est difficile d’offrir quelque chose qui fasse vraiment plaisir. Le budget idéal oscillera plutôt entre 10 et 20 euros». La règle d’or? «Penser à un présent qui a un petit truc en plus, un effet «waouh» qui va susciter la surprise. En choisissant un objet inattendu, c’est garanti de marquer les esprits. Par contre, on gardera les cadeaux kitsch et/ou humoristiques pour les personnes dont on sait qu’elles adhèrent à ce genre de blagues, sinon, c’est le flop assuré.»

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Que faire si des propos racistes, sexistes ou autres paroles déplacées s’invitent à votre repas de fête?

«On ne choisit pas sa famille, laquelle a tendance à être plus diverse que notre groupe d’amis, mais donc aussi à compter des personnes dont on ne partage pas du tout le point de vue», rappelle le philosophe Ruben Mersch. Avec le risque d’aller au clash si l’une d’entre elles tient des propos que l’on considère comme irrecevables. C’est comme ça qu’un repas de fête peut vite se transformer en débat aussi enflammé que stérile. Que faire alors? «Même si vous êtes convaincu d’être dans le bon, votre oncle sexiste ou votre tante raciste a probablement autant d’arguments que vous pour étayer ses propos, et monter le ton ne fait qu’empirer la situation, alerte notre expert. Malheureusement, il faut parfois accepter que vous ne pourrez pas convaincre tout le monde tout le temps de la justesse de votre opinion. Par contre, si vous ne pouvez vraiment pas laisser passer une remarque, demandez à l’autre sur quoi il se base pour affirmer ça. Cette question permet souvent aux gens de réaliser qu’ils ne connaissent pas si bien le sujet, et d’en parler de manière plus modérée.» Affirmer détenir la vérité absolue, ou avoir un point de vue supérieur à celui des autres, ne contribuera jamais à les convaincre.

© LENAH DE WIT

Comment initier la conversation à une soirée où vous ne connaissez personne?

Quelle pire manière de terminer l’année (et d’entamer la prochaine) qu’en étant coincé à un réveillon où vous ne connaissez personne et où vous décomptez en silence, non pas les minutes jusque minuit, mais bien celles jusqu’au premier moment acceptable pour partir sans être impoli? Afin d’éviter cette situation gênante à souhait, rien de tel que de mettre à l’épreuve les conseils rassemblés par les coachs d’Ithaque Coaching pour initier la conversation avec des inconnus. Leur premier truc, à tester avant la soirée? «Visualisez-vous parlant avec vos proches. Observez vos gestes, votre posture, le ton de votre voix, votre façon de vous exprimer. Imaginez-vous ensuite en grande conversation avec un inconnu, avec la même aisance. Plus vous en aurez conscience, plus il vous sera possible de le reproduire dans une situation plus anxiogène.» Voilà pour le comment, mais une fois sur place, on parle de quoi? «Observez autour de vous: décoration, photos, objets… Quels sont ceux qui suscitent votre intérêt et permettraient d’entrer en conversation? Observez aussi les personnes présentes: quels sont les détails (vêtement, bijou, insigne…) qui vous permettront d’entamer la discussion, par exemple en posant une question ou en faisant un compliment?» Et surtout, souriez: «Si nous sourions en regardant une personne, nous lui témoignons immédiatement de l’intérêt et suscitons le sien.»

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Comment laisser une place au deuil dans un contexte festif?

«La plupart des gens se disent que le mieux est de ne pas parler de la personne décédée, affirme l’expert en deuil Manu Keirse. Ils se disent que l’heure est à la fête, et que ce n’est pas le moment de replonger dans la tristesse du deuil. Sauf que pour les personnes qui ont perdu un être aimé, c’est la double peine, car non seulement ils ressentent le manque de cette personne, mais ils se sentent aussi isolés des conversations.» Et ce, alors même qu’il suffit de pas grand-chose pour adoucir leur deuil en cette période particulière. «Les laisser simplement parler de leurs proches fait déjà le plus grand bien. Si vous ne savez pas comment lancer le sujet, demandez-leur simplement comment ils ont abordé les dernières semaines, ce qui leur laisse la possibilité de choisir de quoi ils veulent parler. Vous pouvez également rendre hommage à la personne défunte à l’aide de petites touches symboliques, en allumant une bougie spéciale sur votre table de fêtes, par exemple, ou en offrant à votre proche en souffrance une carte avec un message de soutien à l’intérieur. Chaque petit geste compte.»

© LENAH DE WIT

Comment signifier subtilement que le budget cadeaux convenu est au-dessus de vos moyens?

Dire des fêtes de fin d’année qu’il s’agit d’une période coûteuse est un euphémisme. Et en 2022, plus que jamais, ça fait mal au budget. «Parler d’argent reste tabou, donc forcément, ce n’est pas simple de confier à ses proches qu’on a un budget cadeaux moins conséquent», concède Anne Abbenes, chargée de cours en psychologie financière au UCLL. «D’autant qu’à la réticence générale à parler d’argent se superpose la crainte d’être marginalisé au sein de son cercle rapproché.» Une peur qu’il est important d’explorer: quelle réaction craignez-vous? «Si vous y pensez à tête reposée, c’est évident que vos amis et votre famille ne vont pas vous rejeter parce que vous êtes moins à l’aise financièrement. Réfléchissez aussi à la manière dont vous abordez le sujet. Plutôt que d’accuser en mode «vous voulez toujours des cadeaux chers», parlez plutôt en «je» et faites part de vos sentiments. Surtout, rappelez-vous que le plus important n’est pas ce que vous offrez mais bien le fait de passer du temps avec les personnes qui vous sont chères.» D’ailleurs, à ce titre, Anne Abbenes rappelle que le plus beau cadeau que vous puissiez offrir, c’est votre temps et votre attention. «Cela peut être un bon pour un repas cuisiné par vos soins, ou bien un objet fabriqué de vos mains… Si vos proches voient l’effort que vous avez consacré à leur cadeau, cela vaut plus qu’une babiole hors de prix mais sans vraie valeur.»

Comment échapper à une conversation piégeuse avec votre boss lors du pot de fin d’année?

«Lors des fêtes de fin d’année, on a tendance à se relâcher un peu et à vouloir passer un bon moment sans parler de travail avec ses collègues et/ou sa direction. Mais attention toutefois à ne pas tomber dans le travers de l’informalité extrême: il s’agit toujours d’une fête organisée par votre société et non du contexte privé», met en garde Thomas Vieuxjean, Senior Consultant pour le spécialiste en recrutement Robert Walters. Autrement dit, «les discussions avec vos collègues directs seront sûrement très sympathiques, mais cela peut être plus subtil et plus risqué de sympathiser avec sa direction dans un tel contexte». Envie d’éviter le dérapage? «Si votre supérieur vient vous parler, n’hésitez pas à aborder directement un sujet professionnel: un dossier en cours, une réunion à laquelle vous avez pris part récemment… De cette manière, vous communiquerez une attitude toujours professionnelle et responsable, même en contexte festif, et il sera facile de clôturer rapidement la conversation sur un «on en rediscute lundi» plutôt que celle-ci ne s’éternise.»

© LENAH DE WIT

Comment éviter les réunions de famille électriques si on vient tout juste de se disputer avec un des invités?

Petit rappel: «Une fête rassemblant beaucoup d’invités n’est pas le contexte idéal pour aplanir un conflit», souligne la journaliste flamande Selma Franssen, autrice d’un livre (pas encore traduit) dédié à l’amitié. «Surtout si tout le monde a bu un coup et que les risques de dire des choses qu’on regrettera par la suite sont encore plus élevés, poursuit-elle. L’idéal est donc de mettre le contentieux de côté le temps du réveillon en attendant de pouvoir en parler au calme entre quatre yeux. Si la tension est trop élevée, rien n’empêche d’organiser cette conversation avant la fin décembre.» Mais si vous êtes trop énervé ou blessé pour pouvoir rétablir le dialogue, quid alors? «Les fêtes de fin d’année sont supposées être une période joyeuse. Cela veut dire qu’il faut aussi vous autoriser à penser à vous, conseille Selma Franssen. N’hésitez pas à vous entourer de gens qui vous rendent heureux, et à faire part de vos angoisses éventuelles à vos proches, pour qu’ils puissent vous éviter une confrontation douloureuse le jour J.»

Marre d’organiser la Noël chaque année mais pas envie de passer pour le Grinch, que faire?

Parce qu’il n’y a pas pire comme cadeau de Noël qu’une montagne de vaisselle sale et une tache de vin rouge incrustée dans le canapé, cette fois, c’est décidé, vous passez votre tour. Mais vous n’avez pas envie de gâcher l’ambiance pour autant, alors comment éviter la situation de crise? Pour la thérapeute familiale Kim Peters, il s’agit d’abord de bien choisir son moment, et d’éviter de balancer une bombe dans le groupe WhatsApp familial. Surtout, il est important de se demander pourquoi c’est toujours à vous qu’incombe cette responsabilité. Parce que vous cuisinez bien? Parce que vous avez plus d’espace ou de temps que les autres membres de la famille? Une fois que vous mettez le doigt dessus, il est plus aisé de proposer des alternatives. Rappelez-vous bien d’adopter une communication positive, en demandant chez qui on fait la Noël cette année, plutôt que d’annoncer de but en blanc que ce ne sera plus chez vous, et en proposant de répartir les tâches.

Et quoi qu’il arrive, rappelez-vous que même en cumulant les réunions de famille, Noël et Nouvel an ne représentent jamais que quatre ou cinq jours tout au plus par an: il vous en reste 360 pour célébrer l’esprit des Fêtes.

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