Zagreb: un « Tito tour » pour un plongeon dans l’Histoire

A Zagreb, nulle rue, nulle statue ne porte son nom. Mais un nouveau « Tito tour » ambitionne de retracer et d’expliquer l’héritage de l’ex-patron de la Yougoslavie, toujours controversé des décennies après sa mort.

Adoré par les uns pour son charisme unificateur, haï par les autres pour son autoritarisme, Josip Broz Tito reste un personnage clivant dans les anciennes Républiques yougoslaves.

Danijela Matijevic

Danijela Matijevic,  organisatrice de la tournée, explique en avoir eu l’idée en 2017 quand les autorités municipales ont rebaptisé la place Tito de la capitale.

Décision qui ne faisait que confirmer une tendance des autorités à vouloir effacer le passé yougoslave de la Croatie, où pourtant Tito est né d’un père croate et d’une mère slovène. Plaques et monuments volatilisés,  noms de rue changés au profit d’autres figures historiques ou de personnages nationalistes.

Danijela Matijevic

Mais pour Danijela Matijevic, 39 ans, l’Histoire a toujours un sens.

« Tito fut sans conteste l’un des géants politiques du XXe siècle », dit-elle à l’AFP.

La tournée « Marche avec Tito », lancée voici un an, emmène les visiteurs dans huit sites du centre de Zagreb ayant un rapport avec l’ex-leader et ses partisans, le mouvement anti-fasciste fondé au début de la Seconde guerre mondiale.

Danijela Matijevic

La visite passe par l’ancienne place Tito, la principale gare d’où le régime oustachi pro-nazi déportait des gens vers des camps de concentration ou les statues de deux soeurs héroïnes de la résistance. Capturées et torturées par les oustachis, l’une mourut et l’autre se suicida.

« Frissons »

« La seule chose qu’elles révélèrent à leurs tortionnaires fut leur nom », raconte la guide à un groupe de quatre femmes devant les bustes des soeurs Bakovic. « J’ai toujours des frissons ici ».

Les touristes sont invités à se pencher sur les succès du dirigeant yougoslave comme sur les maux de l’ex-Yougoslavie.

Celui-ci est connu dans le monde pour son refus de s’aligner sur l’Est ou l’Ouest durant la Guerre froide, devenant l’un des pères fondateurs du Mouvement des non-alignés. Ce positionnement permit au pays de rester à l’écart du chaos de cette période et de développer une certaine prospérité.

Danijela Matijevic

« Tito avait des bonnes relations avec l’Ouest mais ne négligeait pas non plus ses relations avec l’Est, plaçant la Yougoslavie quelque part au milieu, profitant des deux camps », souligne l’historien Hrvoje Klasic.

Mais beaucoup d’anciens Yougoslaves se souviennent aussi que Tito avait réprimé d’une main de fer toutes les oppositions et tous les nationalismes.

Après sa mort en 1980, la mosaïque de peuples et de religions qui constituaient la Fédération yougoslave n’a résisté qu’une décennie avant d’exploser en une série de guerres qui ont fait plus de 130.000 morts.

Danijela Matijevic

Après l’indépendance en 1991, la Croatie a tourné le dos à son passé yougoslave présenté comme une aberration.

Danijela Matijevic, dont deux grands-parents ont combattu dans les rangs des partisans, a vécu deux ans en Allemagne.

L’exemple allemand

Elle est admirative de la façon dont ce pays a confronté son passé, ce qui a inspiré son projet.

« (J’ai été) éblouie par la manière dont les Allemands ont géré leur histoire », dit-elle.

Mais tout ne va pas sans heurts. Depuis qu’elle a commencé ses « Tito tour », la guide est la cible de messages haineux sur les réseaux sociaux et a également été menacée de violences, ce qui a déclenché l’ouverture d’une enquête des autorités.

En décembre, un conseiller municipal de droite s’était insurgé contre l’office du tourisme de Zagreb pour avoir inclus des informations sur la visite dans ses brochures.

« C’est absolument insupportable, (…), une provocation idéologique et une honte pour Zagreb », avait lancé Igor Peternel.

Un avis que ne partagent pas ceux qui ont fait le parcours.

Vedrana Basic, une économiste, s’est dite heureuse « d’apprendre quelque chose de nouveau », disant qu’il était difficile « d’entendre quoi que ce soit sur Tito à Zagreb ».

Tanja Simic, journaliste retraitée, est d’accord.

« On doit capitaliser sur notre histoire dans un but touristique, quoi qu’on pense de certains aspects de celle-ci ».

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