Pour éviter les malentendus, on rappellera qu'il ne s'agit pas des "meilleurs restaurants de Belgique" mais bien des enseignes marquantes, tous genres confondus (avec un goût prononcé pour les registres modestes), parmi celles où la subjectivité, le bouche-à-oreille et parfois un soupçon de hasard nous ont conduit durant l'année écoulée. Rien d'universel, rien de prétentieux, ni de gravé dans le marbre - la plupart des adresses n'ayant été visitée qu'une seule fois (ce qui on en convient est incroyablement injuste mais à comprendre au regard des conditions matérielles d'existence d'une profession fragilisée par une nouvelle donne médiatique) - juste un classement modeste et jouette donc opéré de manière conforme aux règles de déontologie les plus élémentaires à nos yeux : travailler le plus possible dans l'anonymat et, à tout le moins, payer ses additions.

10 > Manolo Bocata

© Michel Verlinden

Manolo Bocata, cantine où l'on peut à peine manger sur place, encorne sans façon le déjeuner dans un décor nu où les tapas du moment s'écrivent noir sur carrelages blancs. Cette arène de poche fait poser les genoux dans le sable en raison de ses bocadillos (8€), des sandwichs hésitant entre la foccacia et la pitta servis chauds et envoyés par une femme-torero. Fourrés de joue de cochon mijotée avec du piment, de pluma cuit minute, de chair de chorizo, de crème de manchego, voire de sauce tomate, ces délices de rue assènent le coup de grâce.

14, rue du Bailly, à 5000 Namur. Tél. : 0477 90 61 01.

9 > Beaucoup Fish

© Michel Verlinden

Parmi les genres à réinventer, le restaurant dédié au poisson fait figure de priorité. Une cuisine de la mer doit réveiller un imaginaire d'embruns, d'iode et de fraîcheur. Le coup de génie de ce Beaucoup Fish qui coche toutes les cases de l'adresse en phase avec le goût du jour ? Proposer une "catch of the day", comprendre un poisson dégoté quasi au cul du bateau. Comme cette plie meunière (29 euros). Arrosée de citron et parsemé de persil, la préparation fond dans la bouche. Il reste que c'est l'accompagnement choisi qui rend l'expérience inoubliable : un confit de carottes (7 euros) que relève des rondelles de citron tout aussi confites, ainsi qu'une crème et des graines de sésame.

2, rue Van Gaver, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 218 64 20.

8 > Nabu

Nabu © MV

Un esprit de "comptoir de copains", le sous-titre revendiqué par le lieu, pour cette adresse faisant la part belle aux vins nature. A cela, il faut ajouter un tableau noir émaillé d'excellents grignotages : chips nori (4 euros), amandes grillées fumées (5 euros), burrata bio (15 euros)... "Et la viande ?", entend-on déjà hurler. Pas de panique, on en trouve mais elle ne prend pas toute la place - un duo de charcuterie (10 euros), voire un roastbeef à 12 euros - et provient d'un boucher consciencieux (Wesley's à Schaerbeek). Autre bonne nouvelle, on peut également déjeuner sur place à l'image de ce mémorable fenouil mariné servi avec une burratina, une crème de carottes, du sarrasin et des lentilles. Pour 12 euros, ce délice arrosé d'huile au basilic et de cerfeuil musqué déploie toute la délicatesse d'une assiette végétarienne.

33-35, avenue Albert-Elisabeth, à 1200 Bruxelles. Tél. : 02 479 68 87.

7 > Le Bain des Dames

Bain des Dames © MV

Autoproclamé "snack de terroir", Le Bain des Dames invite un peu de Marseille à Bruxelles. En guise de carte, un tableau aligne des propositions à partager qui changent au fil des semaines. Celles-ci flairent bon le sud de la France : panisses (5 euros), potimarron (8 euros) accompagné d'une moelleuse crème de pecorino et des noisettes, ou encore "mange-tout" (5 euros), ces très gourmandes fritures d'éperlan. Il y a aussi une pissaladière (9 euros). Proposée avec de la roquette et de fines tranches de radis fraîches, cette tarte se découvre croquante comme il se doit. Côté boisson, le Bain des Dames fait la part belle aux étiquettes naturelles - dont les excellents vins espagnols du domaine Partida Creus -, sans négliger les bières locales (Cantillon, Brasserie Ermitage...) et les raretés - une eau-de-vie de syrah dans une dame-jeanne que l'on doit au distillateur d'exception Laurent Cazottes.

186, chaussée de Vleurgat, à 1050 Bruxelles. Tél. : 02 512 67 26.

6 > PastaMadre

À Bruxelles, la guerre pour la meilleure pizza fait rage. Chacun doit désormais choisir son camp. On a le nôtre : c'est Pasta Madre sans hésiter. Le lieu, qui prend place au rez-de-chaussée du plus ancien hôtel de la capitale, se découvre plutôt effervescent, bruyant et convivial, en phase avec une vision contemporaine de la pizza. La carte est unique, elle se découpe en trois sections : les variations autour de la margherita ; les traditionnelles (marinara et vesuviana) ; ainsi que les "gourmets" qui sont redoutables. Les prix s'échelonnent sagement entre 9 et 15 euros.

10, place Rouppe, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 644 48 34. www.pastamadre.be

5 > Anarchy

© Diane Hendrikx

Céline Woltèche, en salle, et Sébastien Van der Beeten, en cuisine, ont mis tout leur coeur dans cet endroit. Le tout pour une assiette juteuse et convaincante. Tout y est, de l'acidité au croquant. Le temps fort est à chercher du côté d'une pintade des landes farcie cuite à basse température. Cette bénédiction est flanquée de courgettes, d'une raviole et de ricotta. Menu 4 services à 50 euros.

151, Steenokkerzeelstraat, à 1930 Zaventem. Tél. : 02 721 00 81. www.anarchy.restaurant

4 > Nénu

Le restaurant de Tutu Pham prouve toute la vitalité retrouvée de la cuisine asiatique à Bruxelles. La démarche est articulée autour d'un concept appelé "anh nhau", c'est-à-dire une culture culinaire vietnamienne qui invite les convives à se partager la nourriture. Du coup, la carte se présente sous la forme d'une quinzaine de propositions expédiant la distinction entrée-plat aux oubliettes de la chose culinaire. Verdict ? Du krupuk offert en guise de mise en bouche jusqu'au dessert, un délicieux yaourt glacé "sua chua" (8 euros), c'est parfait : pas la moindre fausse note. Les temps forts ? L'imparable goût d'épices des palourdes servies avec du lait de coco et du combava (14 euros) ; le caractère affirmé du boeuf maturé proposé avec de la citronnelle et du piment (33 euros) ; voire le côté régressif d'un os à moëlle agrémenté d'une épaisse sauce barbecue hoisin (12 euros).

21, rue Dejoncker, à 1060 Bruxelles. Pas de réservation.

3 > Barge

© Michel Verlinden

Barbara Hoornaert et Grégoire Gillard, deux têtes chercheuses bardées de diplômes (L'Air du temps, L'Eau Vive, Le Coq aux champs...) ont posé flacons et casseroles dans une artère délaissée, gastronomiquement s'entend, de la capitale. Avec bon goût, le duo a su inventer un décor, ainsi qu'une démarche, juste. Il est difficile de penser qu'ils ne sont pas à l'image du tandem : c'est-à-dire libre et pas prétentieux. On en prend la mesure le temps d'un menu unique 4 services à 44 euros. Il réserve l'une des compositions les plus intéressantes parmi celles que l'on a pu tester en 2019. Une belle audace revisitant la banale "tomate-crevettes", à la faveur de crustacés dont la cuisson permet de les manger non épluchés. Le tout est cerné de tomates, de tagettes et relevé d'un jus lacto-fermenté.

33, boulevard d'Ypres, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 425 73 60. www.bargerestaurant.be

2 > Toshiro

Ancien bras droit de "San" Degeimbre, Toshiro Fuji s'est vu ouvrir les portes du paradis gastronomique en ayant l'opportunité de reprendre une enseigne bruxelloise mythique : Inada. Tout comme l'ancien maître des lieux, Toshiro a le Japon pour ADN. Le soir, deux formules de menu unique s'offrent aux alpinistes de la chose gourmande, soit 5 services (70 euros), soit 7 services (90 euros. Verdict ? Fulgurant autant que bouleversant.

73, rue de la source, à 1060 Bruxelles. Tél. : 02 245 09 55. www.toshiro.be

And the winner is...

1 > Fauvette

© Michel Verlinden

Dans un décor pictural comme une nature morte de Fragonard - l'alignement sur le mur des poêlons en cuivre est imparable - Damien Bouchery, Romina Büx et Joël Geismar créent la surprise à mi-chemin entre la tradition française et l'épure scandinave. A la fois bar à vins, dépôt où acheter le pain quotidien et restaurant en bonne et due forme, cette adresse a tout compris. Non seulement l'endroit ne se contente pas de casser les codes en cours - une fluidité inédite entre la salle et la cuisine -, il mise de plus sur des préparations resuscitant un imaginaire gourmand intemporel et fumant : coq au vin, paleron de boeuf ultra-mijoté, pâté en croûte, gougères... Le tout s'accompagne d'une mise en scène gourmande à l'envi : une imposante braisière posée sur une petite desserte depuis laquelle on garnit l'assiette. Compter environ 45 euros le couvert pour cette expérience qui renouvelle le plaisir d'être à table.

17, rue de la Fauvette, à 1180 Bruxelles. Tél. : 0477 66 67 27. www.fauvette-restaurant.be

Pour éviter les malentendus, on rappellera qu'il ne s'agit pas des "meilleurs restaurants de Belgique" mais bien des enseignes marquantes, tous genres confondus (avec un goût prononcé pour les registres modestes), parmi celles où la subjectivité, le bouche-à-oreille et parfois un soupçon de hasard nous ont conduit durant l'année écoulée. Rien d'universel, rien de prétentieux, ni de gravé dans le marbre - la plupart des adresses n'ayant été visitée qu'une seule fois (ce qui on en convient est incroyablement injuste mais à comprendre au regard des conditions matérielles d'existence d'une profession fragilisée par une nouvelle donne médiatique) - juste un classement modeste et jouette donc opéré de manière conforme aux règles de déontologie les plus élémentaires à nos yeux : travailler le plus possible dans l'anonymat et, à tout le moins, payer ses additions. Manolo Bocata, cantine où l'on peut à peine manger sur place, encorne sans façon le déjeuner dans un décor nu où les tapas du moment s'écrivent noir sur carrelages blancs. Cette arène de poche fait poser les genoux dans le sable en raison de ses bocadillos (8€), des sandwichs hésitant entre la foccacia et la pitta servis chauds et envoyés par une femme-torero. Fourrés de joue de cochon mijotée avec du piment, de pluma cuit minute, de chair de chorizo, de crème de manchego, voire de sauce tomate, ces délices de rue assènent le coup de grâce. 14, rue du Bailly, à 5000 Namur. Tél. : 0477 90 61 01.Parmi les genres à réinventer, le restaurant dédié au poisson fait figure de priorité. Une cuisine de la mer doit réveiller un imaginaire d'embruns, d'iode et de fraîcheur. Le coup de génie de ce Beaucoup Fish qui coche toutes les cases de l'adresse en phase avec le goût du jour ? Proposer une "catch of the day", comprendre un poisson dégoté quasi au cul du bateau. Comme cette plie meunière (29 euros). Arrosée de citron et parsemé de persil, la préparation fond dans la bouche. Il reste que c'est l'accompagnement choisi qui rend l'expérience inoubliable : un confit de carottes (7 euros) que relève des rondelles de citron tout aussi confites, ainsi qu'une crème et des graines de sésame.2, rue Van Gaver, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 218 64 20. Un esprit de "comptoir de copains", le sous-titre revendiqué par le lieu, pour cette adresse faisant la part belle aux vins nature. A cela, il faut ajouter un tableau noir émaillé d'excellents grignotages : chips nori (4 euros), amandes grillées fumées (5 euros), burrata bio (15 euros)... "Et la viande ?", entend-on déjà hurler. Pas de panique, on en trouve mais elle ne prend pas toute la place - un duo de charcuterie (10 euros), voire un roastbeef à 12 euros - et provient d'un boucher consciencieux (Wesley's à Schaerbeek). Autre bonne nouvelle, on peut également déjeuner sur place à l'image de ce mémorable fenouil mariné servi avec une burratina, une crème de carottes, du sarrasin et des lentilles. Pour 12 euros, ce délice arrosé d'huile au basilic et de cerfeuil musqué déploie toute la délicatesse d'une assiette végétarienne.33-35, avenue Albert-Elisabeth, à 1200 Bruxelles. Tél. : 02 479 68 87.Autoproclamé "snack de terroir", Le Bain des Dames invite un peu de Marseille à Bruxelles. En guise de carte, un tableau aligne des propositions à partager qui changent au fil des semaines. Celles-ci flairent bon le sud de la France : panisses (5 euros), potimarron (8 euros) accompagné d'une moelleuse crème de pecorino et des noisettes, ou encore "mange-tout" (5 euros), ces très gourmandes fritures d'éperlan. Il y a aussi une pissaladière (9 euros). Proposée avec de la roquette et de fines tranches de radis fraîches, cette tarte se découvre croquante comme il se doit. Côté boisson, le Bain des Dames fait la part belle aux étiquettes naturelles - dont les excellents vins espagnols du domaine Partida Creus -, sans négliger les bières locales (Cantillon, Brasserie Ermitage...) et les raretés - une eau-de-vie de syrah dans une dame-jeanne que l'on doit au distillateur d'exception Laurent Cazottes. 186, chaussée de Vleurgat, à 1050 Bruxelles. Tél. : 02 512 67 26.À Bruxelles, la guerre pour la meilleure pizza fait rage. Chacun doit désormais choisir son camp. On a le nôtre : c'est Pasta Madre sans hésiter. Le lieu, qui prend place au rez-de-chaussée du plus ancien hôtel de la capitale, se découvre plutôt effervescent, bruyant et convivial, en phase avec une vision contemporaine de la pizza. La carte est unique, elle se découpe en trois sections : les variations autour de la margherita ; les traditionnelles (marinara et vesuviana) ; ainsi que les "gourmets" qui sont redoutables. Les prix s'échelonnent sagement entre 9 et 15 euros. 10, place Rouppe, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 644 48 34. www.pastamadre.be Céline Woltèche, en salle, et Sébastien Van der Beeten, en cuisine, ont mis tout leur coeur dans cet endroit. Le tout pour une assiette juteuse et convaincante. Tout y est, de l'acidité au croquant. Le temps fort est à chercher du côté d'une pintade des landes farcie cuite à basse température. Cette bénédiction est flanquée de courgettes, d'une raviole et de ricotta. Menu 4 services à 50 euros. 151, Steenokkerzeelstraat, à 1930 Zaventem. Tél. : 02 721 00 81. www.anarchy.restaurantLe restaurant de Tutu Pham prouve toute la vitalité retrouvée de la cuisine asiatique à Bruxelles. La démarche est articulée autour d'un concept appelé "anh nhau", c'est-à-dire une culture culinaire vietnamienne qui invite les convives à se partager la nourriture. Du coup, la carte se présente sous la forme d'une quinzaine de propositions expédiant la distinction entrée-plat aux oubliettes de la chose culinaire. Verdict ? Du krupuk offert en guise de mise en bouche jusqu'au dessert, un délicieux yaourt glacé "sua chua" (8 euros), c'est parfait : pas la moindre fausse note. Les temps forts ? L'imparable goût d'épices des palourdes servies avec du lait de coco et du combava (14 euros) ; le caractère affirmé du boeuf maturé proposé avec de la citronnelle et du piment (33 euros) ; voire le côté régressif d'un os à moëlle agrémenté d'une épaisse sauce barbecue hoisin (12 euros).21, rue Dejoncker, à 1060 Bruxelles. Pas de réservation. Barbara Hoornaert et Grégoire Gillard, deux têtes chercheuses bardées de diplômes (L'Air du temps, L'Eau Vive, Le Coq aux champs...) ont posé flacons et casseroles dans une artère délaissée, gastronomiquement s'entend, de la capitale. Avec bon goût, le duo a su inventer un décor, ainsi qu'une démarche, juste. Il est difficile de penser qu'ils ne sont pas à l'image du tandem : c'est-à-dire libre et pas prétentieux. On en prend la mesure le temps d'un menu unique 4 services à 44 euros. Il réserve l'une des compositions les plus intéressantes parmi celles que l'on a pu tester en 2019. Une belle audace revisitant la banale "tomate-crevettes", à la faveur de crustacés dont la cuisson permet de les manger non épluchés. Le tout est cerné de tomates, de tagettes et relevé d'un jus lacto-fermenté.33, boulevard d'Ypres, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 425 73 60. www.bargerestaurant.be Ancien bras droit de "San" Degeimbre, Toshiro Fuji s'est vu ouvrir les portes du paradis gastronomique en ayant l'opportunité de reprendre une enseigne bruxelloise mythique : Inada. Tout comme l'ancien maître des lieux, Toshiro a le Japon pour ADN. Le soir, deux formules de menu unique s'offrent aux alpinistes de la chose gourmande, soit 5 services (70 euros), soit 7 services (90 euros. Verdict ? Fulgurant autant que bouleversant. 73, rue de la source, à 1060 Bruxelles. Tél. : 02 245 09 55. www.toshiro.beAnd the winner is...Dans un décor pictural comme une nature morte de Fragonard - l'alignement sur le mur des poêlons en cuivre est imparable - Damien Bouchery, Romina Büx et Joël Geismar créent la surprise à mi-chemin entre la tradition française et l'épure scandinave. A la fois bar à vins, dépôt où acheter le pain quotidien et restaurant en bonne et due forme, cette adresse a tout compris. Non seulement l'endroit ne se contente pas de casser les codes en cours - une fluidité inédite entre la salle et la cuisine -, il mise de plus sur des préparations resuscitant un imaginaire gourmand intemporel et fumant : coq au vin, paleron de boeuf ultra-mijoté, pâté en croûte, gougères... Le tout s'accompagne d'une mise en scène gourmande à l'envi : une imposante braisière posée sur une petite desserte depuis laquelle on garnit l'assiette. Compter environ 45 euros le couvert pour cette expérience qui renouvelle le plaisir d'être à table. 17, rue de la Fauvette, à 1180 Bruxelles. Tél. : 0477 66 67 27. www.fauvette-restaurant.be