En 1851, Félix Tournachon, dit Nadar, décide de s'embarquer dans un projet de longue haleine. L'homme, qui n'est pas encore le photographe passé à la postérité, s'adonne alors à la caricature. Il entend " dessiner le portrait des plus grandes gloires du moment et les regrouper en quatre feuillets panoramiques ". Aidé de plusieurs collaborateurs, il ne ménage pas sa peine afin de réaliser ce Musée des gloires contemporaines, soit 1 000 vignettes qui rassemblent plus de trois cents grands hommes de l'époque. Sur les quatre feuillets prévus, un seul paraît, sous le nom de Panthéon Nadar. Il suffira à lui apporter la notoriété. Quelque 170 ans plus tard, le photographe chinois Zhong Weixing (1962, Chengdu) marche sur les traces de cet illustre prédécesseur. Depuis 2015, il s'est mis en tête d'immortaliser systématiquement les photographes les plus renommés de la planète. En toute logique, il a choisi de faire de ce travail un défi formel : il est question pour lui de renouveler le genre du portrait. Sa méthode consiste à s'immerger totalement dans l'oeuvre de celui qui est en face de lui et de mettre au jour non pas la personne derrière le personnage, mais plutôt " le photographe derrière la personne ". Pour ce faire, sa méthode est rigoureuse. Il travaille en studio, utilise un fond noir, une lumière diffuse et shoote son modèle de manière frontale. Dès le 8 novembre prochain, il débarque à la Maison européenne de la photographie avec, sous le bras, ce très magnétique " panorama de la photographie contemporaine ", comme l'a écrit Jean-Luc Monterosso, le directeur de l'institution parisienne. Le tout pour un album de famille dans lequel on reconnaîtra entre autres William Klein, Sebastião Salgado, Robert Frank, JR, Françoise Huguier, Vik Muniz, Martin Parr, Bernard Faucon (photo) ou Alain Fleischer.

Face à face, Zhong Weixing, Maison européenne de la photographie, 5/7, rue de Fourcy, à 75004 Paris. www.mep-fr.org Du 8 novembre jusqu'au 7 janvier prochains.

M.V.