Le secret est bien gardé : en se baladant dans cette belle avenue bruxelloise que le propriétaire préfère ne pas nommer, devant cette façade datant de 1912 sagement liftée, on ne peut deviner ce qui se trame à l'intérieur. Pourtant, une fois la porte d'entrée en fer forgé franchie, le ton est donné. Un immense voile en béton brut se dresse devant le visiteur et laisse entrevoir, de part et d'autre, le soleil qui pénètre abondamment dans la demeure par l'arrière. Autour de cet axe vertical minéral et épuré - qui cerne en réalité un ascenseur en verre -, serpente l'escalier en métal noir menant jusqu'au sommet de l'habitation. " Il est découpé au laser, c'est un travail artisanal formidable, nous fait remarquer Guy Melviez, l'architecte du lieu et notre guide du jour. Chaque marche est traitée de la même manière au-dessus et en-dessous, ce qui fait penser à l'escalier sans fin d'Escher. C'est par ailleurs un tampon visuel avant d'arriver dans la zone privée proprement dite.
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Le secret est bien gardé : en se baladant dans cette belle avenue bruxelloise que le propriétaire préfère ne pas nommer, devant cette façade datant de 1912 sagement liftée, on ne peut deviner ce qui se trame à l'intérieur. Pourtant, une fois la porte d'entrée en fer forgé franchie, le ton est donné. Un immense voile en béton brut se dresse devant le visiteur et laisse entrevoir, de part et d'autre, le soleil qui pénètre abondamment dans la demeure par l'arrière. Autour de cet axe vertical minéral et épuré - qui cerne en réalité un ascenseur en verre -, serpente l'escalier en métal noir menant jusqu'au sommet de l'habitation. " Il est découpé au laser, c'est un travail artisanal formidable, nous fait remarquer Guy Melviez, l'architecte du lieu et notre guide du jour. Chaque marche est traitée de la même manière au-dessus et en-dessous, ce qui fait penser à l'escalier sans fin d'Escher. C'est par ailleurs un tampon visuel avant d'arriver dans la zone privée proprement dite.Derrière ce qui sert ainsi de colonne vertébrale et contrevente la structure du bâtiment, on pénètre dans le salon, complètement vitré. Et d'un coup, en levant la tête, on prend la mesure de l'endroit. La maison est composée d'un mécano de plans verticaux et horizontaux glissant savamment les uns sur les autres, sur 16 mètres de hauteur, pour former un espace très ouvert qui dévoile des vues dérobées dans toutes les directions. Au centre, un patio décoré d'un palmier âgé d'une centaine d'années - amené à la fin du chantier par grue - apporte encore davantage de clarté à l'ensemble. " Le maître d'ouvrage avait acquis le premier bâtiment et, en cours de route, il a acheté le voisin. Alors que le gros oeuvre était presque terminé, le concept a donc fortement évolué et on a déplacé une partie des fonctions vers cette deuxième entité, comme la grande salle de réception et les chambres d'amis. " En sortant dans le jardin, cette même imbrication de volumes, avec des boîtes qui se chevauchent, saute également aux yeux en façade. A une différence près : alors qu'intérieurement, tout est blanc, ici, les plaques de parement et les châssis sont foncés - " le client désirait du noir, on a finalement opté pour un brun, plus doux ", précise le concepteur. Les toits plats sont par ailleurs couverts de verdure, en prolongation des terrasses, ce qui amène un peu de nature au coeur de ce site urbain. L'ensemble a été dessiné avec minutie, afin que l'ouvrage soit parfaitement exécuté par les corps de métier. " Ce qui fait la beauté d'un projet, c'est que tous les détails en ont été étudiés à l'avance : que l'on ait défini, dans un plan de calepinage, où l'on désire mettre les joints pour qu'ils ne soient pas interrompus, où doivent tomber les luminaires, etc. Si cela n'est pas anticipé et qu'on laisse libre cours à l'entrepreneur, on n'aura pas forcément le résultat escompté. " Pour accéder à la piscine, en contre-bas de cet espace vert, on emprunte un élégant escalier et un jeu de pas japonais. Une pool house semi-couverte a été aménagée, avec une cuisine d'appoint, et une cascade faite de feuilles de cuivre anime le bassin extérieur. Celui-ci se prolonge dans le bâtiment et une paroi amovible permet, par beau temps, d'unir les deux parties de la cuve. L'ensemble a été réalisé en pierre de Vals, à l'instar des thermes de l'architecte Peter Zumthor, un bâtiment iconique de l'architecture contemporaine érigé dans ce petite village d'altitude, en Suisse : " Mon client les avait visités et voulait le même matériau chez lui, mis en oeuvre de cette même façon très horizontale ", souligne le concepteur. Dans cette pièce dédiée à la nage, des failles lumineuses ont été découpées dans le plafond. " Comme on est au niveau - 1, il n'y avait pas assez de lumière naturelle, précise l'architecte. Ces percements en longueur donnent une impression de journée, même s'il fait sombre. " Ce mini-centre balnéo est complété par un hammam, avec voûte étoilée en fibre optique. " Dans ce type de commandes, on n'a pas de limites. Il n'y en a pas beaucoup dans la carrière d'un architecte, mais c'est très intéressant et motivant, avoue Guy Melviez qui, pour ce dossier, a collaboré avec un décorateur parisien, Pierre Yovanovitch. J'ai fait quelques esquisses et, à part un ou deux points, le client m'a donné carte blanche. On avait une envie contemporaine commune, c'était la base. " L'ascenseur, coincé dans son monolithe en béton, permet de remonter directement dans les espaces de vie et la zone de nuit. Tout au-dessus, au quatrième étage, se trouve la salle de fitness qui bénéficie d'une belle vue sur les toitures des habitations voisines puisque la bâtisse domine l'îlot. C'est aussi à ce niveau qu'on retrouve la partie technique du bâtiment. " Comme la maison est très ouverte, avec peu de cloisonnement, on a fait attention à ce que ces locaux de maintenance soient bien isolés acoustiquement ", relève notre guide. Aux deuxième et troisième, la chambre des parents et celle de leur fille sont de véritables suites, bénéficiant chacune d'un dressing et d'une magnifique salle de bains. " Dans les pièces d'eau, le lavabo, le meuble à tiroirs qui l'entoure et même les prises sont en marbre. Autour de la baignoire, on a encore utilisé ce matériau avec une pose à " livre ouvert " où les veines se prolongent d'une plaque à l'autre ", fait remarquer Guy Melviez. Le sol, lui, est en chêne, certaines lattes de parquet faisant 7 mètres de longueur, pour éviter la multiplication des joints ! Au premier enfin, on trouve la bibliothèque, le bureau, le salon télévision, qui surplombe le jardin dans une boîte de verre, ainsi qu'une salle de massage qui a été laissée " dans son jus ", c'est-à-dire dans le style de l'ancienne demeure du début du xxe siècle. Et le contraste est saisissant. " Elle a été entièrement restaurée, toutes les boiseries ont été déposées, et on a tout reproduit à l'identique. On a d'ailleurs fait la même chose au rez-de-chaussée, avec le vestiaire. " Le tour de la propriété se termine au rez-de-chaussée, où l'on accède à la partie " invités ", dans la bâtisse voisine : la salle de réception y est particulièrement impressionnante, les hautes parois immaculées étant couvertes de tableaux et d'installations artistiques. " Les pièces ont été dessinées avant de décider quelles oeuvres on y mettrait, mais je savais que le maître d'ouvrage était un grand collectionneur et il fallait prévoir beaucoup de pans de mur vierges, lisses, sans ressaut. L'emplacement de chaque oeuvre a été choisi en fonction de l'architecture. " Au sol, un revêtement en Pastellone, un produit naturel à base de chaux, de poudre de marbre et d'autres minéraux, inspiré des sols antiques vénitiens, termine cette composition épurée. La visite s'achève, retour dans le hall, avant de refranchir l'arche de l'entrée. Un dernier regard vers la façade à rue : il n'y a décidément aucun indice de l'explosion de créativité qui règne à l'intérieur. Pas de doute, le secret est intact.