Femmes-objets-sujets

© Sandro Miller_Tadi Joburg

Longtemps, l’histoire de l’art a été pensée et faite par les hommes. Portrait of a Lady, la nouvelle expo de la Fondation Boghossian, cartographie la représentation de la femme de la préhistoire à nos jours. Tout est toujours une question de regard.

Puisqu’il lui fallait un point départ, pour mieux se lancer dans ce projet qui voit grand – « illustrer la représentation de la femme à travers 85 oeuvres d’artistes majeurs de la préhistoire jusqu’à aujourd’hui » -, Louma Salamé, commissaire de Portrait of a Lady, s’est appuyée sur une toile « déterminante », la seule qui n’est pas un portrait de femme, justement. Il s’agit de L’antiquaire, peint par James Ensor, daté de 1902 et qui place Paul Bueso en majesté, au coeur d’une espèce de panthéon féminin, parfait résumé de ce que l’art exige depuis toujours des femmes-objets. « C’est très éloquent, on y lit tout ce spectre des possibles, commente-t-elle. On y voit l’amateur d’art entouré de toiles à vendre et d’autant de représentations de femmes: une Lucrèce Borgia en train de se poignarder, une Cléopâtre en espèce d’Eve nue, une petite statuette antique où les critères de beauté ont été équilibrés entre la géométrie et l’érotisme, et une Vierge. Cet ensemble illustre parfaitement le fait qu’à partir de l’Antiquité, l’histoire de l’art est pensée, faite, diffusée, par les hommes et pour les hommes. Que, conséquemment, l’image de la femme est essentiellement le fait d’un produit masculin et que pendant des siècles, elle sera cantonnée à ces différentes représentations. Cette toile le raconte de manière éloquente. »

De là, la curatrice tire les fils narratifs de son expo. Au fil des pièces et des chambres de la sublissime villa bruxelloise, elle propose un parcours en cinq chapitres titrés « A l’Origine », « Femmes dans un intérieur », « Nue: modèle, muse », « Portraits et autoportraits » et « La question du genre ». L’occasion de rappeler que s’il y eut bien, à Bologne, une école d’art qui s’ouvrit aux femmes en 1660, longtemps, elles sont restées à la marge. Pour une Berthe Morisot ou une Mary Cassatt, combien de sacrifiées? Et encore, si ces deux artistes firent partie des impressionnistes, elles n’eurent pas le droit de concourir, furent interdites de devenir « peintre d’histoire », reléguées au genre « peintres de ménage ».

Ce voyage condensé dans l’espace et le temps permet aussi de prendre la mesure du chemin parcouru. « Après les années 60, on assiste à la transformation du discours, à une démultiplication des regards et sujets. Et l’émancipation des femmes se traduit dans les arts visuels de manière évidente. L’autoportrait, notamment, leur permet de créer des fictions en utilisant leur corps comme outil de travail. » Voilà pourquoi la création contemporaine au féminin trouve ici sa place. Le tout sous-tendu par un élan de joie positive. « Sans aucun doute, ce qui m’a le plus marquée, surligne Louma Salamé, c’est de voir que les carcans des clichés, les critères de beauté imposés sont dépassés et ce, dans tous les pays du monde. » Il advient que parfois les choses aillent dans le bon sens.

Portrait of a Lady, Fondation Boghossian, à 1050 Bruxelles. boghossianfoundation.be

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