Petits soucis techniques continus, ou à l’inverse, batteries totalement à plat, la thérapie de couple a pour mission de rallumer le contact dans les ménages en crise. Une solution de plus en plus en vogue à l’heure des divorces express.

« Certes, il peut y avoir des accidents dans le couple, mais ce n’est pas parce qu’on crève un jour qu’il faut jeter la voiture « , philosophait Jacques Dutronc… marié depuis vingt-sept ans à Françoise Hardy. Pourtant dans notre société  » Kleenex  » le divorce se banalise. À ce rythme d’ailleurs, les couples fêtant leurs noces de diamant pourront bientôt se compter sur les doigts d’une main… Chacun cherche le bonheur à tout prix tout en exigeant son droit à l’épanouissement personnel, et essaie rarement la voie du compromis. Face aux tensions et aux disputes de plus en plus fréquentes dans le couple, la séparation apparaît rapidement comme la seule issue possible. Trop rapidement. Mais comment distinguer une panne sèche d’un sinistre total ? En confiant sa berline à des pros.

 » Un thérapeute de couple est neutre, souligne Florence Nolf, psychologue depuis quatorze ans et thérapeute de couple depuis huit ans. Contrairement aux proches, il ne prend ni parti pour l’un ni pour l’autre. Il ne juge pas, n’est pas lié affectivement à l’un des deux conjoints et est formé pour les entendre.  » Ce qui permet au couple en crise de se dégager d’un terrain où il s’embourbe, d’éviter les jugements hâtifs et les reproches incessants, et surtout de renouer le dialogue. Les accrocs les plus souvent exposés en séance ? Les problèmes de communication, de sexualité et de confiance en l’autre (à cause d’un adultère).  » Au début, les couples sont souvent tendus, épingle Florence Nolf. Lors des premiers entretiens, il y a beaucoup d’émotion : certains pleurent, d’autres crient. C’est très éprouvant émotionnellement.  » Mais peu à peu les tensions se dissipent, et le cabinet devient un refuge où l’on peut déposer les armes en toute sécurité.

 » J’avais envie de conseils, de directives à suivre, de quelque chose de pratique « , confie Camille, 32 ans, mariée depuis sept ans, qui a participé à trois consultations. Finalement, cela n’a rien à voir avec ce que j’attendais. Pour l’instant, nous n’avons fait qu’exprimer notre ranc£ur. Faire sortir ce qui devait sortir. Heureusement, la thérapeute nous guide pour mieux parler. Elle tente de nous montrer les convergences entre nos reproches.  » D’un côté une attitude trop  » je m’en foutiste « , de l’autre un ton rigide et castrateur, au centre un manque de respect ressenti par les deux partis. Bardaf, c’est l’embardée.  » La projection sur l’autre est un problème récurrent : on attend de lui qu’il réagisse comme on le ferait soi-même, explique Florence Nolf. La thérapie de couple permet d’accepter que l’autre fonctionne différemment.  » Retour au point mort.

Révision générale

Chaque couple est unique. Il n’existe donc pas de réponse toute faite, de technique prête à l’emploi ou de solution en kit. C’est grâce à leurs ressources personnelles stimulées par des jeux de rôle, des questions pertinentes et un temps de parole respecté que le couple trouvera lui-même les solutions à ses problèmes. Mais pour que cela marche, il faut le vouloir. Que chacun des partenaires partage l’envie de sauver son couple et soit prêt à faire des efforts. Pour changer.  » C’est un peu comme une auberge espagnole : on reçoit ce qu’on apporte, poursuit Camille. Le problème, c’est que c’était mon idée d’y aller. Mon mari est venu pour  » me faire plaisir . » Il craignait ne pas savoir parler à une inconnue de ses sentiments, mais dès la première séance, il a su s’exprimer. Maintenant, le problème, c’est plutôt qu’il pense que cela ne sert pas à grand-chose… « 

Il n’est pas rare que certains couples n’aillent pas jusqu’au bout de leur thérapie. En principe, quelques séances suffisent pour obtenir les premiers résultats, mais une thérapie de couple dure en moyenne dix à vingt séances.  » Mais si l’un des deux seulement désire suivre la thérapie, et que l’autre n’en a pas envie parce qu’il ne le sent pas, que cela coûte trop cher ou qu’il pense que cela ne sert à rien, la thérapie est souvent vouée à l’échec, souligne Florence Nolf. Tout comme ceux qui résistent de façon consciente ou inconsciente au changement. Il faut être créatif pour trouver un nouveau mode de fonctionnement. » Une thérapie de couple, si elle apparaît souvent comme un dernier recours, n’a donc rien d’une solution miracle. Le couple n’a aucune certitude de repartir main dans la main. Mais il peut bénéficier de sérieux airbags.  » J’ai gagné un bon divorce ! affirme Patrick, 44 ans, divorcé depuis quatre ans. Notre thérapeute nous avait averti d’emblée :  » Je ne suis pas un sauveur. Soit je vous aide à retrouver l’étincelle, soit je vous aide à bien vous séparer . » Au bout de quelques séances, on ne s’engueulait plus, mais on n’a jamais réussi à retrouver le sentiment amoureux… « 

Difficile de mettre fin à quinze ans de vie commune. D’autant plus quand on a des enfants : beaucoup de culpabilité et un deuil à réaliser par rapport à ses rêves de famille unie.  » Mais à 40 ans, je ne voulais pas me résoudre à vivre ma vie avec quelqu’un que je respectais, mais dont je n’avais plus envie, enchaîne Patrick. J’avais besoin de plus. Aujourd’hui, notre relation est pleine de complicité. Quand elle a une bonne nouvelle à partager, je suis le premier qu’elle appelle ! C’est une belle réussite. Parce que le divorce ne sonne plus comme un échec…  » Rassurant aussi pour les enfants de voir que le dialogue entre les parents est toujours présent.  » La thérapie de couple permet de se regarder dans le miroir et de se dire qu’on a tout fait, tout essayé pour sauver son couple, insiste Florence Nolf. Face aux enfants, pouvoir dire qu’on s’est battu, c’est important. « 

C’est reparti pour un tour

Heureusement, les réparations à succès existent. C’est le cas de Jean et Catherine, la quarantaine, qui s’étaient séparés au bout de dix-huit ans de vie commune.  » Mais après deux ans de séparation, nous nous aimions encore…, s’émeut Catherine. Nous avions décidé de nous remettre en couple, mais je ne voulais pas reproduire les mêmes erreurs. Je lui ai proposé d’aller chez des thérapeutes qui recevaient en couple.  » Un homme et une femme thérapeutes pour respecter la parité et le genre. Personne ainsi ne se sent lésé ou incompris. Il est d’ailleurs conseillé de réaliser, comme Catherine, une thérapie individuelle en parallèle à celle de couple, afin de résoudre des problèmes plus personnels.  » Mon conjoint avait un manque évident de maturité. Mais moi aussi, j’avais mes torts : quand notre fille est née, je me suis trop consacrée à elle… Et lui à son boulot. En fait, nous n’avions plus suffisamment de moment à deux.  » Un des exercices pratiques fut de s’accorder un soir par semaine rien que pour le couple (cinéma, resto, expo…).

Cela marche-t-il ?  » Aujourd’hui, nous avons une deuxième petite fille ! s’enthousiasme Catherine. Ce n’est pas évident de garder le cap des sorties, mais on essaie de prendre une baby-sitter régulièrement. Un couple, c’est comme une entreprise, cela se gère au quotidien. Nous avions tous les deux nos torts, aujourd’hui, nous faisons tous les deux des efforts. Ce n’est pas parfait tous les jours, mais on essaie de remédier à nos problèmes plus rapidement… « 

Valentine Van Gestel

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