Parmi les privilèges du métier de journaliste, il y a les invitations à découvrir les coulisses de certaines marques prestigieuses. Conviée par la plus ancienne maison de champagne à passer une journée exclusive dans leurs vignes et leurs caves, j’ai réalisé que celui-ci risquait de disparaître. Parmi les quarante participants sélectionnés, une large majorité étaient des instagrammeurs à l’e-popularité importante. En communication, ils sont clairement devenus des incontournables, pour ne pas dire des cibles très convoitées. Notamment, leurs 150 000 à 500 000 followers. Même si de nombreux profils sont faux – car dorénavant, sur le Net, on achète des followers, comme on achète de la musique : en un clic – à côté, les quelques milliers de lecteurs de mon format papier semblent dérisoires. Pourtant, et je l’ignorais jusqu’ici, il y a une autre différence notoire dans nos profils : les instagrammeurs monnayent leurs photos. Et plutôt bien : entre 5 000 et 10 000 euros les quatre clichés ! Raison, sans doute, pour laquelle nos méthodes de travail diffèrent : alors qu’ils posent dans les vignes, moi, je pose… des questions ! Toute la journée, j’ai griffonné dans mon carnet. Une méthode jugée vintage, puisque l’un d’entre eux m’a très sérieusement demandé pourquoi je prenais note. Leur talent est ailleurs : ils ont l’oeil affûté pour repérer immédiatement la meilleure prise de vue et l’art de se mettre en scène pour sublimer la réalité. Ils offrent du rêve.  » Nous sommes dans l’émotion pure  » admettra l’une d’elles. Leur point commun ? Ils sont beaux (ou en tous cas particulièrement photogéniques) et ont décidé d’en tirer profit. Pourquoi leur donner tort ? Ils sont invités, en couple, aux quatre coins du monde et les marques se disputent pour leur offrir bijoux, vêtements et produits de beauté. Leur unique mission ? Faire envie. C’est plutôt réussi à en juger le résultat : @mrandmrsmonnet (couple franco-espagnol bling-bling vivant à Hong Kong), @elensham (douce architecte londonienne), @theballoondiary (élégante Australienne débarquée à Paris, ayant épousé un beau Frenchie)… distillent chaque jour un instantané ultraléché de leur vie. Une mise en scène qui leur demande jusqu’à… 14 heures par jour ! Soit un job à part entière. Or tout travail mérite salaire. Et si les conditions de travail sont idylliques, elles sont aussi précaires…

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VALENTINE VAN GESTEL

 » UNE MISE EN SCÈNE ULTRALÉCHÉE DE LEUR VIE QUOTIDIENNE.  »

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