Les butter boards, on adhère ou pas?

10 ans d'écart - Notre avis sur les butter boards DR Vif Weekend
Kathleen Wuyard
Kathleen Wuyard Journaliste

23, 33, 43, 53 ans: voit-on forcément la vie autrement avec (plusieurs fois) dix ans d’écart ? Positionnés chacun dans une décennie différente, nos journalistes confrontent chaque vendredi leurs points de vue en débattant des sujets dont tout le monde a parlé lors de la semaine écoulée. Cette semaine : les butter boards.

Appartenant respectivement aux générations Z, Millenial et X, Thibault Dejace, Kathleen Wuyard, Nicolas Balmet et Nathalie Le Blanc confrontent leurs points de vue sur le buzz du moment dans notre chronique « 10 ans d’écart ». Le sujet de la semaine?

Les butter boards

Soit une version simplifiée (mais certainement pas light) du plateau de fromage, apparues sur TikTok où une influenceuse, inspirée par une recette de l’auteur de livres de cuisine, Joshua McFadden leur a offert une visibilité virale.

@naughtyfork

Butter board is my new fvaorite thing. Idea by @Justine Doiron !! #fyp #butterboard #foryou #tiktokfood #viral

♬ Chill Day – LAKEY INSPIRED

Appétissant ou affligeant, cette planche de bois sur laquelle on étale généreusement du beurre, qu’on saupoudre ensuite d’une variété de condiments choisis avant tout pour leur élément esthétique? Le verdict avec 10 ans d’écart.

© Thomas Sweertvaegher

Thibault, 23 ans : « L’estomac dans les talons, et la peau plus luisante qu’avant »

Il y a des moment qui définissent très clairement votre arrivée à l’âge adulte. Recevoir une invitation à une soirée « Cheese & Wine » pour l’inauguration de l’appartement d’amis en fait certainement partie. Par un (mal)heureux concours de circonstances, le plateau de fromage s’est métamorphosé en « Butter Board ». « Mais tracasse, je l’ai vu sur TikTok, tu vas voir c’est génial » m’annonce mon l’amie fraîchement déménagée en question, un grand sourire aux lèvres face à ma mine déconfite. Visiblement, la table des grands ne m’est pas encore réservée.

Mais soit, haut les cœurs, si ces fameuses planches de beurre dont l’esthétique léchée s’est frayée jusqu’à mon tableau Pinterest sont aussi bonnes que la recette TikTok de la Baked Feta, on va se régaler. Spoiler alert : après avoir passé une bonne demi-heure à étaler du beurre demi-sel sur des planches en bois et les avoir parsemées de diverses graines et autres aromates, que l’on a aussitôt engloutis en deux temps, trois mouvements, force est de constater que je suis rentré chez moi l’estomac dans les talons. Et la peau étrangement plus luisante. Bref, au moins j’ai eu des jolies photos. Do it for the Gram’, parait-il.

© Clément Jadot

Kathleen, 33 ans : « L’esthétique aux dépens du plaisir gustatif »

Est-ce que l’arrivée du pain, et du beurre qui l’accompagne immanquablement (et est de préférence ou salé, ou assaisonné en pommade) est un des moments les plus réjouissants de tout repas au restaurant ? On ne parle pas la bouche pleine, mais les hochements enthousiastes de ma tête aux joues remplies de pain beurré indiquent clairement que « oui ». Ce qui ne m’empêche pas d’aborder l’arrivée des butter boards, ou littéralement, « planches de beurre », avec perplexité.

Déjà, parce que même si le COVID, ce n’est plus ce que c’était, à l’aube de la saison des grippes et autres gastros, trempoter à plusieurs dans la même assiette me semble plutôt audacieux. Ensuite parce que le ratio effort-effet paraît déséquilibré : passer une demi-heure à étaler du beurre de manière artistique avant de le saupoudrer d’un éventail ruineux de graines, pousses et autres fleurs comestibles, tout ça pour qu’il soit englouti en deux coups de tartine ? Pardon, mais la perspective a de quoi couper l’appétit. Tout comme celle de devoir dégraisser le réceptacle utilisé pour cette tendance food qui semble clairement privilégier l’esthétique au plaisir gustatif. Butter boards ? Butter bored, plutôt. Allez, passez-moi les crackers et la tapenade !

© Thomas Sweertvaegher

Nicolas, 43 ans : « Pourquoi renier les classiques? »

Butter board ? Vaguement entendu parler, un jour, de loin. Et après une brève papote avec mon ami Google, je comprends pourquoi le terme ne s’est pas attardé dans mon esprit : il viendrait de TikTok. Attention, ne me faites pas dire ce que j’ai à peine suggéré : je n’ai rien contre TikTok. Mais disons que les « phénomènes » qui y apparaissent fondent aussi vite qu’un pot de beurre dans un four à pizzas. Et justement, cette planche de beurre mou remplie d’herbes et d’épices, personnellement, je m’en méfie un peu. En cause : un article me la décrivant comme « une tendance qui bousculerait l’apéro en mettant du plomb dans l’aile de nos assiettes de charcuterie et de fromage ».

En fait, ce qui m’écoeure d’avance, c’est cette façon d’affirmer qu’une tendance s’apprête à supplanter une coutume ancestrale. Or, je suis un fervent défenseur de la cohabitation. La butter board peut s’inviter sur ma table, à condition qu’elle laisse les chips tranquilles. Elle peut provoquer des « ah ouais, c’est pas mal » ou même des « j’adore », du moment que les saucisses Zwan ne se sentent pas exclues. On vit une époque déjà suffisamment austère. Acceptons donc de faire une petite place à tout le monde. Et pour prouver ma bonne foi, je serai le premier à préparer une butter board à mon prochain apéro. Ce soir, donc.

© Thomas Sweertvaegher

Nathalie, 53 ans : « Ça va à l’encontre de mes principes »

Que ce soit bien clair: le beurre, c’est la vie. Un bout de bon pain, une lichette de beurre et un peu de sel, il n’y a rien de tel. Et je trouve ça tout aussi délicieux quand c’est plus audacieux : mélanger le beurre à de la pâte du miso et du citron ? Alléchant. Du miel et de la cannelle ? Prometteur. C’est que le beurre est un peu l’homme à tout faire des ingrédients, tout à la fois délicieux canevas pour un éventail de saveurs auxquelles il se marie à merveille et exhausteur de tous les goûts qu’il touche. Un rôle dont il se passerait bien, par contre ? Faire la planche.

Parce que comme pour la majorité des tendances food venues des réseaux sociaux, il en va avant tout de l’esthétique, et non du goût. Une focaccia qui ressemble à un Van Gogh, des pâtes en sauce préparées dans un seul contenant : la raison d’être de ces recettes n’est pas qu’elles sont plus savoureuses que celles qui les ont précédées mais bien tout simplement qu’elles rendent mieux à l’écran. Et il en va de même du beurre agrémenté de trop de condiments pour les compter et tartiné sur une planche en bois. Certes, on mange d’abord avec les yeux, mais en tant que gourmet, j’exige que le plaisir gustatif soit à la hauteur, sinon, cela va à l’encontre de mes principes.

Lire aussi: La butter board, star de l’apéro… et des réseaux sociaux

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