« Juste un verre », le poids de la pression sociale sur la consommation d’alcool

La pression sociale pèse lourd sur la consommation d'alcool DR Weekend Getty Images
Kathleen Wuyard
Kathleen Wuyard Journaliste

« Allez, juste un verre! »… Entre injonctions qui se veulent conviviales et conviction persistante que sans alcool, la fête est plus molle, la pression sociale pèse parfois (très) lourd sur la consommation de boissons alcoolisées. Laquelle peut finir par répondre à une volonté de s’intégrer plutôt qu’à une envie véritable.

« En réalité, je ne suis pas vraiment un alcoolique réformé ». La confession, faite à l’abri des oreilles indiscrètes, vient d’un des auteurs les plus courus du moment. Lequel, après avoir refusé un cocktail sous prétexte d’un « problème d’alcool » et d’une sobriété complète nécessaire pour y remédier, se livre sur les raisons de cette approche radicale une fois la glace quelque peu brisée. En l’occurence: une tournée minérale aux effets enthousiasmants, la volonté de continuer sur cette lancée, et la réalisation rapide qu’il allait falloir plus que de la volonté pour y arriver.

« Dans notre société, à moins d’être enceinte ou alcoolique, c’est comme si on refusait d’admettre que des personnes puissent choisir de ne pas boire, sauf peut-être pour raisons religieuses, et encore. Les gens refusent de prendre en compte ce refus, ils insistent, parfois de manière franchement lourdingue, et si on s’obstine, on passe pour l’emmerdeur de service » regrette notre auteur anonyme.

Qui a donc trouvé une solution de fortune, et fait désormais référence à une accoutumance imaginaire mais réellement efficace pour couper court aux injonctions à boire. Radical? Peut-être, mais les grands maux nécessitent de grands remèdes, et la pression à boire pèse suffisamment lourd pour vouloir l’alléger de n’importe quelle manière.

Sans alcool, la fête est moins drôle?

C’est qu’à l’heure actuelle, et malgré une croissance exponentielle du marché des spiritueux sans alcool, le « personne te pousse à boire » que répondent les choeurs au « quelle pression dans les bars » du « Chacun fait (c’qui lui plaît) » de Chagrin d’amour sonne plus faux que jamais. Un bref sondage du cercle proche pour les besoins de ce reportage révèle ainsi un « oui » unanime en réponse à notre « et toi, tu t’es déjà senti forcé à boire? ».

L’une évoque la pression de ses amis, dont certains lui ont déjà renvoyé, de manière frontale ou détournée, qu’elle n’était « pas drôle » si elle se cantonnait aux softs en soirée. L’autre confie éviter les restaurants lors de son désormais annuel rendez-vous avec la tournée minérale, assurant se sentir « jugé » voire « poussé vers la sortie » quand il accompagne sa commande d’eau plutôt que de vin ou de bière. Le ressenti, lui, est universel: à moins d’avoir ce que la société considère comme « une bonne raison » pour le faire, refuser de boire de l’alcool sans aliéner personne relève souvent de la mission impossible.

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À l’été 2022, une étude réalisée par l’Agence wallonne pour la sécurité routière révélait qu’un tiers des Wallons boivent plus d’alcool sous la pression de l’effet de groupe. Et les 2.400 conducteurs sondés de s’accorder sur le fait que « ne pas boire d’alcool lors d’un événement festif est mal perçu dans notre société ». Dont acte: d’après l’étude, en Wallonie, la proportion des 18-34 ans que l’effet de groupe pousse à consommer des boissons alcoolisées est de 40%, tandis que 25% des Wallons avouent boire « à contrecoeur », sous la pression de leur entourage.

Une pression qui influencerait à la hausse la consommation d’un Wallon sur trois tout de même. Mais comment y faire face, autrement qu’en prétextant une raison « acceptée » de ne pas boire, et sachant qu’inventer une grossesse juste pour transformer le vin en eau ne risque pas de vous faire gagner en popularité une fois la ruse dévoilée?

Pour la plateforme belge Aide Alcool, la meilleure manière de faire baisser la pression est de s’y préparer. Comment? En réfléchissant au préalable aux « situations et aux personnes avec qui on y sera confronté. Essayez de vous les imaginer et entraînez-vous alors à répondre ». Des réponses qui commencent toutes idéalement par un « non merci » ferme, accompagné ou non d’une raison: « Non merci… J’ai déjà assez bu/Je veux avoir les idées claires demain/Je me sens mieux quand je ne bois pas/… ». Plus simple à dire qu’à faire?

Une fois le verre refusé, changez de sujet de conversation pour éviter d’entrer dans une discussion à ce propos. Et entraînez-vous régulièrement à dire «non» dans différentes situations. Nous vous conseillons de commencer par les situations les plus faciles avant de vous attarder sur les autres, par exemple, avec un ami qui, à coup sûr, va insister » recommande Aide Alcool.

Qui met également en garde contre la « pression sociale subtile », rappelant que dans un groupe, ce sont les consommateurs rapides qui déterminent le rythme de consommation de la majorité des personnes présentes. Autrement dit, « il suffit d’inclure un buveur rapide dans un groupe et l’on voit augmenter automatiquement le rythme des tournées ». La parade? Outre les réponses de refus évoquées ci-dessus, rien n’empêche d’opter pour une consommation non-alcoolisée lors de la prochaine tournée. Même si cela reste encore difficile à avaler pour certains.

Lors de la sortie de leur ouvrage « Tournée générale -La France et l’alcool », les journalistes Victor Le Grand et Thomas Pitrel regrettaient le fait que cela reste « très difficile de ne pas boire d’alcool. Soit vous êtes jugés comme étant rabat-joie, soit on considère que vous avez un problème. Ne pas boire de la vodka ou de la bière passe encore. Mais refuser un verre de vin ou de champagne, ce serait inconsciemment refuser de faire un effort d’assimilation ». De quoi expliquer pourquoi certaines des personnes sondées pour cet article confient avoir trouvé un compromis comme solution: accepter un verre, et profiter de la distraction inhérente à un contexte festif pour ne pas le consommer, avant d’enchaîner ensuite sur un soft sans se faire taxer de trouble-fête. Une interprétation du verre à moitié plein qui rappelle à quel point la pression sociale peut être saoulante.

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