Jérôme Mardaga: Neil Young, ours polaire

28/10/10 à 15:49 - Mise à jour à 15:49

Source: Weekend

Tous les quinze jours, Jérôme Mardaga nous parle d'un des musiciens qui a marqué sa carrière.

Ecrire ces chroniques est un véritable calvaire. Évoquer des monuments en seulement quelques mots, vraiment quelle injustice monumentale. Tous ces anges de la foudre et du tonnerre, gardiens d'un son en passe de disparaître, me donnent tellement que je crains de les décevoir avec ma pauvre prose. Et je sais, ben tiens, qu'un artiste déteste les raccourcis, les jolies phrases pas trop longues un peu choc, un peu toc, comme celles du journal du matin, identiques à celles des bannières publicitaires qui peuplent l'écran de votre calculateur personnel. Neil, en tout cas, me haïra pour cela. Lui qui a fracturé à grand coups de distorsion et de douceur les cloisons factices qui séparent les genres et les générations. De plus, je m'y prends comme un manche, comme une clinche : choisir des monstres à propos desquels tout a été dit et continuer le bavardage... Neil va me tuer pour ça. Au fur et à mesure des lignes, je me sens de plus en plus vieux alors que ces monstres seront éternellement jeunes. Peut-être Neil m'expliquera tout cela un jour, de l'autre côté du ciel. En attendant Neil est bien vivant. Il vient tout juste de sortir un album fracassant, Le Noise, secondé par le père Lanois dont je vous ai parlé il y a quelques semaines (lire Le Vif Weekend du 20 août dernier). On y entend la guitare de Neil, immense et forestière, minérale comme une autoroute à sept bandes. On y entend sa voix, complainte océanique qui raconte la guerre et l'amour, la drogue, la route et les amis perdus. Sans batterie, sans synthétiseurs, ni filles nues dans le clip vidéo. Car Neil déteste les bavardages. Et je suis là à ergoter le nez dans le vent, la tête empoussiérée, auto-stoppeur malchanceux. Pourvu qu'il me pardonne une fois de l'autre côté du ciel. Pourvu qu'il ne lise jamais ceci.

Jérôme Mardaga

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