"Lors d'une discussion virtuelle plutôt sympa, je me suis soudain retrouvée face au cliché d'un pénis dans toute la gloire de son érection. J'étais abasourdie. Je ne l'avais vraiment pas vu venir! Quand j'ai demandé à mon interlocuteur quelle réaction il espérait obtenir, il m'a répondu qu'il pensait que j'apprécierais. Eh bien... non! Je lui ai fait savoir sèchement que je n'étais pas du tout amusée, ni même particulièrement impressionnée. Puis je l'ai bloqué", raconte Elise. Depuis qu'elle est célibataire, la trentenaire a déjà reçu (trop) souvent des photos du genre... et elle est loin d'être la seule. Pour toutes les aventurières en quête de rencontres en ligne, c'est presque un passage obligé. D'après une enquête réalisée en 2018 par YouGov, 53% des femmes de 18 à 36 ans et 35% des 35-54 ans auraient déjà reçu un "dick pic". Au-delà de 55 ans, cette proportion chute à 8%. Certes, une femme sur dix a elle-même demandé à recevoir une image coquine, mais l'immense majorité n'a rien sollicité. Les hommes, eux, sont 27% à admettre avoir déjà baissé leur pantalon. "Vraiment, je ne comprends pas, soupire Marie. Comme si j'allais être excitée par ce genre de truc... Je me demande ce qui leur prend."
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"Lors d'une discussion virtuelle plutôt sympa, je me suis soudain retrouvée face au cliché d'un pénis dans toute la gloire de son érection. J'étais abasourdie. Je ne l'avais vraiment pas vu venir! Quand j'ai demandé à mon interlocuteur quelle réaction il espérait obtenir, il m'a répondu qu'il pensait que j'apprécierais. Eh bien... non! Je lui ai fait savoir sèchement que je n'étais pas du tout amusée, ni même particulièrement impressionnée. Puis je l'ai bloqué", raconte Elise. Depuis qu'elle est célibataire, la trentenaire a déjà reçu (trop) souvent des photos du genre... et elle est loin d'être la seule. Pour toutes les aventurières en quête de rencontres en ligne, c'est presque un passage obligé. D'après une enquête réalisée en 2018 par YouGov, 53% des femmes de 18 à 36 ans et 35% des 35-54 ans auraient déjà reçu un "dick pic". Au-delà de 55 ans, cette proportion chute à 8%. Certes, une femme sur dix a elle-même demandé à recevoir une image coquine, mais l'immense majorité n'a rien sollicité. Les hommes, eux, sont 27% à admettre avoir déjà baissé leur pantalon. "Vraiment, je ne comprends pas, soupire Marie. Comme si j'allais être excitée par ce genre de truc... Je me demande ce qui leur prend." La journaliste britannique Moya Sarner s'est posé la même question. En 2018, elle a créé un compte Reddit pour demander l'avis des autres utilisateurs... et les réactions (anonymes) ont été tellement nombreuses que la plate-forme a fini par supprimer le fil de discussion. Dans un article publié dans The Guardian, elle en conclut que cet exhibitionnisme virtuel découle de motivations très diverses. Certains hommes avouent être complexés et espèrent être rassurés. D'autres cherchent à pimenter une discussion un peu trop sage. D'autres encore brandiraient leur membre avec l'espoir - même peu probable - de récolter une réaction favorable ou même une photo explicite de leur interlocutrice. Et enfin, certains affirment le faire simplement... pour le fun. Quoi qu'il en soit, le geste peut coûter très cher: en France, l'affaire Benjamin Griveaux, qui a animé ce début d'année, est encore dans les esprits. Le candidat à la mairie de Paris a dû se retirer de la course suite à la divulgation de vidéos intimes réalisées par le politicien avec son portable. "Les hommes adorent exhiber leurs attributs, explique Jasmine Steurbaut, psychologue et sexologue. Traditionnellement, on attend d'eux qu'ils épatent la galerie et plus particulièrement le sexe opposé. C'est de là que vient cette image des mâles qui comparent la taille de leur engin sous la douche. Certains sont vraiment très fiers de leur zizi, qui devient pour eux un objet de vantardise." Ainsi, l'experte n'est pas particulièrement étonnée par le phénomène des "dick pic", selfies libidineux des temps modernes. "Ces messieurs s'imaginent à tort que ces photos excitent l'autre personne, alors que c'est tout le contraire. Cela s'appelle de la "surperception sexuelle": bien des hommes surestiment leur propre attrait, ce qui les pousse à mal interpréter les signaux de l'autre sexe." Une parole aimable ou un sourire poli peut alors suffire pour qu'ils s'imaginent que leur interlocutrice est totalement sous le charme... et ils sortent alors leur petit oiseau. Ce mécanisme explique pourquoi les femmes tombent souvent des nues en recevant ces clichés. Elles n'ont pas du tout conscience qu'elles sont face à un homme convaincu qu'elles cherchent à le séduire... et dont l'imagination a déjà une belle longueur d'avance. Bien sûr, la volonté de s'exhiber peut aussi être un simple divertissement, aussi curieux soit-il. "Les hommes ont souvent un côté exhibitionniste", commente Jasmine Steurbaut.Un phénomène relativement nouveau consiste à utiliser la fonction AirDrop d'Apple pour envoyer une photo explicite à une femme qui se trouve à proximité, juste pour provoquer une réaction. La victime est installée dans le train, au cinéma ou sur un banc public et reçoit soudain un message lui demandant d'accepter un AirDrop. Si elle dit oui, elle recevra la photo du sexe d'un parfait inconnu. Le comportement de ces "cyberflashers", comme on les appelle, est ni plus ni moins l'équivalent virtuel de l'exhibitionnisme. La majorité des femmes que nous avons interrogées ont toutefois tendance à relativiser. "On les bloque, et voilà", résume l'une d'elles. N'oublions pas, néanmoins, qu'il s'agit bien d'une forme de harcèlement sexuel. "Et son impact peut être très variable, souligne Jasmine Steurbaut. Certaines vont en rire, d'autres le vivront pratiquement comme un traumatisme. Ne sous-estimez jamais l'effet de ce type de photo."Parmi les gens ayant réagi sur le fameux compte Reddit évoqué ci-dessus, un homme repenti témoigne: "Sur Internet, on se permet des choses qu'on n'oserait jamais faire dans la vie réelle. Du coup, certains oublient de réfléchir à la manière dont leurs actes seront perçus. Personnellement, j'ai aujourd'hui pris conscience que c'était grossier, idiot et vide de sens."Dans l'enquête de YouGov, environ 10% des personnes ayant reçu des photos "érotiques" (les guillemets sont importants) déclarent les avoir demandées. Conclusion: tout le monde n'est pas contre. Mais avant de dégainer, mieux vaut s'en assurer! Et Jasmine Steurbaut de préciser: "Rien ne s'oppose à ce genre d'envoi si les circonstances sont propices et que les deux parties sont consentantes... mais uniquement à ces conditions! Le sexting peut être une manière de tâter le terrain." Autre manière de procéder, même si cela relève du bon sens: attendre un accord. "Pourquoi ne pas simplement poser la question?, se questionne une demoiselle de Reddit. Si vous lui plaisez vraiment, cela ne lui posera aucun problème de vous voir nu. Mais par pitié, cessez de partir du principe qu'une attirance est forcément réciproque. Peut-être qu'un jour, vous avez rencontré une femme qui aimait cela, mais une interlocutrice n'est pas l'autre!" De son côté, la justice n'a pas encore vraiment choisi son camp. Or, selon Joris Van Ouytsel, chercheur à l'université d'Anvers, une réflexion et un cadre légal seraient plus que nécessaires. Car chez les plus jeunes, c'est parfois la confusion qui règne. "Des études ont démontré que, s'il s'agit souvent chez les adultes d'un premier pas pour exprimer un intérêt sexuel, la génération actuelle a plutôt tendance à s'y adonner dans le contexte d'une relation romantique ou d'une histoire d'amour. Il existe déjà des lois prohibant l'envoi de telles photos à des tiers sans autorisation. Mais à mon sens, le simple fait d'envoyer un dick pic à quelqu'un qui n'a rien demandé devrait également être interdit. C'est une forme d'intimidation sexuelle qui peut créer un sentiment d'insécurité." Morale de l'histoire? Si l'acte reste fun et consenti, amusez-vous. Mais en cas de doute, chers messieurs, sortez couverts!